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Modibo Keïta à VOA Afrique : « Il faut renforcer la Minusma face au terrorisme » au Mali


Le chef du gouvernement malien, Modibo Keïta

Le chef du gouvernement malien, Modibo Keïta

Le chef du gouvernement malien, Modibo Keïta, a accordé un entretien à VOA Afrique vendredi, au lendemain de sa mission au siège des Nations Unies à New York. Il a demandé au Conseil de sécurité de l’ONU de renforcer la capacité opérationnelle de la Minusma pour permettre à cette force onusienne au Mali de faire face à l’avancée du terrorisme.

M. le Premier ministre, vous vous êtes adressé jeudi au Conseil de Sécurité. Vous avez dit avoir pris note de la volonté onusienne d'envoyer 2.500 hommes en renfort aux 12.000 Casques bleus déjà sur place au Mali. Plus de Casques bleus, est-ce la solution?

Vous posez une question très importante. La solution n’est pas dans le nombre. Pas dans la quantité mais dans la qualité. Nous avons, en nous adressant au Conseil de sécurité après des constats de la crise malienne, fait trois recommandations. L’une de ces recommandations c’était de renforcer la capacité opérationnelle de la Minusma en lui donnant des moyens adéquats, des moyens appropriés, permettant de faire face à l’avancée du terrorisme. Alors il ne s’agissait pas pour nous de demander le nombre seulement mais de faire sorte que la Minusma soit mieux équipée, et que son mandant puisse subir des transformations. Malheureusement il y a une force qui a émergé qui s’attaque sans cesse aux populations, aux civils, aux forces armées, que ce soit les forces armées maliennes, de la Minusma, de Barkhane. Nous avons donc demandé que le mandat puisse subir une mutation pour permettre à la Minusma de participer à la lutte contre le terrorisme. La deuxième demande, je leur ai dit que l’avenir réside dans la formation appropriée des forces maliennes elles-mêmes. Et la troisième, en raison du caractère tout à fait complexe aujourd’hui du terrorisme, nous avons souhaité qu’avant d’aller très loin, il faut que la région puisse disposer d’une force d’intervention.

Venir faire un tel plaidoyer aux Nations Unis, est-ce un aveu d'impuissance du gouvernement malien face aux djihadistes?

Ce n’est pas un aveu d’impuissance. C’est le résultat d’un constat et de l’accumulation d’une certaine expérience. C’est au contraire l’affirmation de notre volonté d’aller de l’avant mais dans les meilleures conditions, dans la toute souveraineté du Mali.

Comment le Mali travaille avec ses voisins, alliés ou autres pour prévenir d'autres attaques? Le gouvernement est-il préoccupé par une autre attaque comme celle contre le Radisson Blu?

Quel est le pays aujourd’hui qui n’est pas préoccupé par une attaque ? A des milliers de kilomètres du Mali, les attaques se produisent tous les jours, que ce soit en Afrique, que ce soit en Europe, que ce soit en Amérique. Nous devons faire en sorte que cette éventualité puisse être réduite à sa plus simple expression.

Un chef d'état-major de la garde nationale vient d'être limogé parce que des armes ont été volées dans un ou des dépôts d'armes. Est-ce que les armes volées ont été retrouvées? N'est-ce pas là une autre révélation prouvant que le terrorisme a de l'avenir au Mali?

Si le terrorisme a de l’avenir au Mali, ça veut dire qu’il a de l’avenir dans le monde. Le vol des armes, c’est une opération à laquelle nous sommes habitués, surtout que dans notre cas, dans la perspective de certaines opérations comme le DDR (Désarmement, démobilisation et réintégration), il y a des citoyens désireux de faire partie des forces armées qui souhaitent avoir une arme d’une façon ou d’une autre. En tout cas, c’était un signe qu’il fallait absolument maîtriser. Oui, on a pu retracer ces armes-là et certaines ont été retrouvées.

L'accord de paix d'Alger, un an après sa signature, connaît un début d'application (avec le texte sur les nouvelles autorités dans les nouvelles régions du Nord)... Quelles seront les prochaines étapes?

Une fois qu’on aura mise en places les autorités intérimaires, c’est au niveau des collectivités qu’il faut faire la part des choses, et les autorités administratives et les autorités des collectivités. Il s’agira maintenant de préparer les prochaines élections prévues pour septembre. Ensuite, il faut préparer le retour des services de base dans ces régions. Il faut préparer le retour de l’administration dans ces régions, et le déploiement de l’armée malienne sur l’étendue du territoire du Mali.

Peut-on avoir la paix au Mali sans Iyad Ag Ghali?

Je ne réponds pas à cette question.

Pourquoi ?

Je [demande] à la communauté internationale d’assumer ses responsabilités. Le Mali assumera les siennes.

Des voix comme celle de l’Amenokal pour dire que les Américains ont discuté avec les talibans demandent des discussions avec Iyad Ag Ghali? Est-ce que le gouvernement a entendu ces appels? Et que faire avec Iyad Ag Ghali?

Ce que l’Amenokal a dit n’engage que lui. Nous, nous ne pouvons pas nous associer à tout ce qui soutient le terrorisme.

Vous êtes catégorique ?

Absolument ! Notre accord a dit : tous ceux qui se démarqueront du terrorisme pourront avoir des entrées et sorties avec le gouvernement du Mali. Les mouvements ont été invités à se démarquer du terrorisme. C’est clair.

C’est donc clair comme l’eau de roche : aucune négociation en vue avec Iyad Ag Ghali ?

Si c’est clair comme l’eau de roche, ça peut être aussi clair comme l’eau des dunes, du sable !

Des propos recueillis par Jacques Aristide (VOA Afrique, New York)

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