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Les ambiguités de l'accord UE-Turquie bloquent des milliers de migrants en Grèce


Un couple évacue les inondations dans un camp de réfugiés à Idomeni, en Grèce, le 21 mai 2016.

Un couple évacue les inondations dans un camp de réfugiés à Idomeni, en Grèce, le 21 mai 2016.

La mise en oeuvre de l'accord UE-Ankara stagne, même si Athènes affiche sa volonté de s'y tenir, engendrant des tensions sur les îles situées face à la Turquie où s'entassent des migrants qui continuent à arriver, même à flux réduit.

A l'approche de la saison touristique, et avec des capacités d'accueil insuffisantes (7.500 places officiellement), les réfugiés et migrants sont près de 8.500 à être bloqués principalement à Samos, Chios, Leros, Kos et Lesbos, où des affrontements dans le camp de Moria ont fait trois blessés graves dans la nuit de mercredi à jeudi.

Cet accord passé entre l'UE et la Turquie prévoit le renvoi de tous les migrants et demandeurs d'asile, y compris les réfugiés syriens, arrivés en Grèce depuis le 20 mars.

Mais depuis son entrée en vigueur, seules 411 personnes ont été renvoyées en Turquie, en majorité des Pakistanais, qui n'avaient pas fait de demande d'asile.

Le volet le plus controversé de l'accord qui prévoit le renvoi des demandeurs d'asile vers la Turquie pose problème.

Les services des demandes d'asile sont débordés par la multiplication des dossiers qui leur sont soumis. La plupart des migrants arrivés depuis le 20 mars déposent des demandes d'asile pour tenter d'éviter ou au moins retarder leur renvoi vers la Turquie.

D'autant qu'à la mi-mai, moins de la moitié des quelque 800 experts et interprètes promis en renfort par l'UE étaient à pied-d'oeuvre.

La Grèce a décidé d'étudier chaque demande d'asile au cas par cas car Athènes a refusé de reconnaître a priori à la Turquie le statut de pays tiers sûr. La commission européenne avait pourtant plaidé pour cette option qui aurait permis des renvois rapides et massifs.

Sur 878 demandes officiellement déposées à la mi-mai, dont 770 par des Syriens, seuls deux dossiers ont été examinés jusqu'au bout, selon une source gouvernementale.

Dans l'un des cas rendu public, le demandeur syrien a décroché l'asile en appel, et évité le renvoi, au motif que la Turquie n'était "pas un pays sûr pour lui".

L'ONG Pro Asyl a affirmé jeudi que dix décisions similaires avaient déjà été rendues, au vu des déficiences turques en matière de protection des réfugiés.

Athènes réfute toutefois une remise en cause de l'accord qui semble par ailleurs en péril.

Ankara s'oppose en effet à un assouplissement de sa loi antiterroriste, l'une des conditions posées par Bruxelles pour ouvrir l'espace Schengen aux Turcs en échange de l'accueil par la Turquie des migrants arrivés en Grèce. Par ailleurs, la reconnaissance jeudi du génocide arménien par l'Allemagne a provoqué la colère d'Ankara qui a rappelé son ambassadeur.

"Exercice d'équilibre"

"Les dossiers sont traités au cas par cas", a commenté pour l'AFP une source gouvernementale, "la Turquie peut ne pas être jugée sûre pour un Syrien, mais l'être pour un autre dont par exemple la famille y réside".

Elle a également souligné que le gouvernement grec de gauche est contraint à un "exercice d'équilibre" entre les défenseurs des droits des réfugiés et ces partenaires européens.

Les militants promettent pour leur part un combat juridique auprès des commissions d'appel, dont l'indépendance est garantie par une loi de 2011, sur des cas d'asile refusés.

En attendant, les migrants n'ont pas le droit de quitter les îles, même s'ils peuvent y circuler librement après une première période de rétention de 25 jours.

La nuit dernière, une dizaine de migrants ont été blessés lors de rixes entre Pakistanais et Afghans dans le principal camp de migrants de l'île grecque de Lesbos. Des centaines de personnes, notamment des familles, ont été évacuées dans la nuit.

"Après la signature de l'accord UE-Turquie, nous avons observé une recrudescence de ce type de bagarres, les réfugiés et migrants étant exaspérés et anxieux", a expliqué Le porte-parole du Haut Commissariat aux réfugiés de l'ONU Boris Cheshirkov.

A Lesbos, Chios ou Kos, les humanitaires s'inquiètent de l'insécurité pour les femmes et les enfants. Des tentatives de suicide et des grèves de la faim y sont régulièrement signalées. Les conditions de d'hygiène et la qualité de la nourriture sont également montrés du doigt.

Spyros Gallinos, le maire de Lesbos, vient lui aussi de tirer la sonnette d'alarme signalant que des migrants ont "commencé à se tourner vers la délinquance".

Le gouvernement met toutefois en avant le tarissement des arrivées. Dans le sillage de l'accord, mais aussi de la fermeture début mars de la route des Balkans, elles varient de zéro à quelques dizaines par jours, contre plusieurs milliers l'été dernier.

Avec AFP

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