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Jacob Zuma battu à Port Elizabeth, un revers historique pour l'ANC


Le président sud-africain Jacob Zuma, 14 juin 2005.

Le président sud-africain Jacob Zuma, 14 juin 2005.

Le parti au pouvoir en Afrique du Sud, l'ANC, a subi vendredi un revers historique en perdant sa majorité à Port Elizabeth, au profit de la DA, principale formation d'opposition qui peut espérer d'autres victoires à l'issue des élections municipales.

Selon les résultats mis en ligne par la Commission électorale à Nelson Mandela Bay qui englobe la ville industrielle de Port Elizabeth (sud-est), l'Alliance démocratique (DA) obtient 46,4% des voix contre 41% pour le Congrès national africain (ANC), après le dépouillement de 98% des bulletins.

"Nous acceptons que nous avons perdu", a reconnu vendredi Jackson Mthembu, le chef de l'ANC au Parlement.

La défaite à Port Elizabeth, sixième ville du pays et bastion historique de la lutte anti-apartheid, constitue un revers majeur pour le parti de Nelson Mandela, au pouvoir depuis la fin du régime ségrégationniste, en 1994.

Elle pourrait être suivie par d'autres échecs tout aussi symboliques à Johannesburg et à Tshwane, la métropole qui englobe la capitale Pretoria.

Un tiers des bulletins doivent encore être dépouillés dans ces villes, mais l'ANC subit déjà un fort recul, devancé de deux points par la DA à Tshwane et au coude à coude à Johannesburg, deux municipalités qu'elle gouvernait avec la majorité absolue jusqu'à présent.

Le principal parti d'opposition va également conserver, avec une majorité renforcée et plus de deux tiers des voix, la ville du Cap qu'elle détient depuis 2006.

Coalitions contre l'ANC

Malgré sa victoire historique, la DA devra néanmoins former une coalition pour gouverner à Nelson Mandela Bay.

Un troisième parti, les Combattants pour la liberté économique (EFF) pourrait jouer le rôle de faiseur de roi grâce à son score de 5%.

Ce parti de gauche radicale créé en 2013 par le leader populiste Julius Malema, un exclu de l'ANC, participe à ses premières élections et devrait également être courtisé pour des alliances à Johannesburg et Tshwane où il dépasse pour l'heure les 10%.

Notre score "nous donne davantage de poids dans les négociations pour le pouvoir. Nous ne sommes pas opposés à des coalitions, sauf avec le parti majoritaire", l'ANC, expliquait dès jeudi soir Mandisa Mashego, la leader de l'EFF dans la province de Johannesburg et Pretoria, sur la chaîne publique SABC.

Une alliance de circonstance avec les libéraux de la DA n'est donc pas à exclure pour mettre en minorité l'ANC dans les grandes villes disputées.

"L'EFF va pouvoir décider qui va gouverner dans certaines villes et je pense qu'ils vont travailler avec la DA", confirme l'analyste politique Somadoda Fikeni qui précise qu'une telle alliance ne reposerait sur aucune "idéologie politique commune" entre les deux partis.

Alors que 92% des bulletins ont été dépouillés sur l'ensemble du pays, l'ANC demeure tout de même le premier parti au niveau national avec 54,3% des voix mais recule de 7 points par rapport aux élections de 2011. Avec 26,3% des voix, la DA est en deuxième position en progression de deux points.

"C'est un déclin dramatique, dans des proportions jamais vues auparavant", note Somadoda Fikeni, interrogé par l'AFP.

L'ANC souffre notamment de la percée de l'EFF qui obtient près de 8% des suffrages au niveau national et qui grignote dans l'électorat déçu par les promesses non tenues du parti au pouvoir.

Ce recul dans les urnes risque de fragiliser un peu plus la position du président Jacob Zuma, dont le deuxième mandat entamé en mai 2014 est marqué par des scandales et par un contexte économique difficile.

Contraint par la justice à rembourser d'ici mi-septembre 500.000 dollars d'argent public utilisés pour rénover sa résidence privée, il risque aussi la réouverture prochaine de poursuites pour corruption dans une affaire de contrat d'armement.

Et il ne peut même pas s'appuyer sur la croissance - 0% prévu par la banque centrale cette année - pour tenir ses promesses de faire baisser un chômage record (26,7%) et de réduire les inégalités.

La question du soutien de l'ANC à son président devrait inévitablement se poser dans les prochaines semaines, à trois ans des élections générales de 2019 où un nouveau chef de l'Etat sera élu.

Le dépouillement et la compilation des résultats des municipales devait s'achever vendredi.

Avec AFP

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