Liens d'accessibilité

Recul en vue pour l'ANC de Zuma aux municipales en Afrique du Sud


Un homme vote lors des élections municipales à Vuwani, dans le nord de l'Afrique du sud, le 3 août 2016.

Un homme vote lors des élections municipales à Vuwani, dans le nord de l'Afrique du sud, le 3 août 2016.

Les résultats partiels des élections municipales sud-africaines montraient jeudi un recul du parti au pouvoir de l'ANC, tant au niveau national que dans plusieurs grandes métropoles où la principale formation d'opposition pourrait gouverner grâce au jeu des coalitions.

Au niveau national, jeudi soir, plus de 80% des bulletins avaient été dépouillés, plaçant le Congrès national africain en tête avec 53,6% des voix (contre 61,9% en 2011) devant les opposants de l'Alliance démocratique (DA) avec 27,4% (contre 24% en 2011).

Si la suprématie de l'ANC n'est pas menacée dans la plupart des agglomérations, le parti au pouvoir est au coude à coude avec l'opposition dans trois grandes villes: la capitale Pretoria, la métropole la plus peuplée Johannesburg et la cité industrielle de Port Elizabeth, sur l'Océan Indien.

La perte d'une ou plusieurs de ces villes constituerait un revers historique pour le parti créé par Nelson Mandela, au pouvoir depuis la fin du régime ségrégationniste de l'apartheid, en 1994.

A Tshwane, la métropole qui englobe Pretoria, où un peu plus de la moitié des bulletins ont été comptabilisés, DA et ANC font jeu égal avec 43% des voix et plusieurs analystes estiment qu'aucun des deux partis ne remportera la majorité absolue.

A Johannesburg, plus grande ville du pays, après le dépouillement de près de la moitié des bulletins, le scénario est identique avec les deux partis à égalité (42%).

"C'est la première fois que (l'ANC) va batailler pour obtenir une majorité absolue, ça devrait leur servir d'alerte", note Ralph Mathekga, analyste politique indépendant.

Et l'ANC ne devrait pas réussir à conserver Nelson Mandela Bay, la métropole industrielle qui englobe Port Elizabeth (sud-est), où près de 90% des votes ont été comptabilisés et où, avec 49% des voix (contre 39% au parti de Zuma), la DA est bien partie pour gagner.

La formation d'opposition va aussi conserver avec une large majorité absolue la ville du Cap qu'elle détient depuis 2006.

Malema en faiseur de roi

Sur l'ensemble du pays, la progression de la DA reste toutefois modérée par rapport aux municipales de 2011 et la perte de terrain de l'ANC s'explique aussi par l'arrivée d'un nouvel acteur dans le jeu politique: les Combattants pour la liberté économique (EFF).

Créé en 2013 par le leader populiste Julius Malema, un exclu de l'ANC, l'EFF participe à ses premières élections et ses bons scores à Johannesburg et Tshwane (au-dessus de 10%, jeudi soir) devraient faire de lui le faiseur de roi du scrutin.

"La création de l'EFF est un problème qui affecte le leadership de l'ANC en termes d'électorat", explique à l'AFP Shadrack Gutto , directeur des études sur la renaissance africaine à l'Université d'Afrique du Sud de Pretoria.

"(Notre score) nous donne davantage de poids dans les négociations pour le pouvoir. Nous ne sommes pas opposés à des coalitions, sauf avec le parti majoritaire", l'ANC, a expliqué Mandisa Mashego, la leader de l'EFF dans la province de Johannesburg et Pretoria, sur la chaîne publique SABC.

Un point de vue partagé par Mmusi Maimane, le leader de la DA qui a également exclu toute coalition avec l'ANC, laissant la porte ouverte à une alliance de circonstances entre son parti à tendance libérale et les radicaux de gauche de l'EFF.

Les résultats peuvent encore évoluer d'ici vendredi, compte tenu des bulletins qu'il reste à dépouiller dans certaines métropoles.

"Notre démocratie mûrit, donc il va y avoir (...) une dispersion et pas forcément une fort soutien derrière un seul parti", a tenté d'expliquer jeudi le trésorier de l'ANC, Zweli Mkhize.

Mais le recul dans les urnes qui se profile pour l'ANC est un coup dur pour le président Jacob Zuma dans la perspective des élections générales de 2019.

Depuis sa réélection en mai 2014, les nuages s'amoncellent au-dessus de lui, entre crise économique et scandales.

Récemment contraint par la justice à rembourser d'ici mi-septembre 500.000 dollars d'argent public utilisés pour rénover sa résidence privée, il risque aussi la réouverture prochaine de poursuites pour corruption dans une affaire de contrat d'armement.

Et il ne peut même pas s'appuyer sur la croissance - 0% prévu par la banque centrale cette année - pour tenir ses promesses de faire baisser un chômage record (26,7%) et réduire les inégalités.

Le scrutin de mercredi, où 26 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes, s'est déroulé sans incident majeur, selon la Commission électorale.

La compilation des résultats devrait s'achever vendredi matin.

Avec AFP

XS
SM
MD
LG