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La poigne de fer de Yahya Jammeh sur la Gambie


Le Président Yahya Jammeh à Abuja pour le sommet de la CEDEAO le 16 décembre 2015

Le Président Yahya Jammeh à Abuja pour le sommet de la CEDEAO le 16 décembre 2015

Trois associations de défense des droits de l’homme réclament une enquête indépendante sur la mort en détention d’un opposant gambien .

Human Rights Watch, Amnesty International et ARTICLE 19 demandent au régime du Président Yahya Jammeh de garantir une enquête indépendante et impartiale sur la mort en détention de Solo Sandeng.

Ce dirigeant du principal parti d’opposition, le Parti démocratique unifié (UDP), a été arrêté le 14 avril 2016. Des membres de son parti affirment qu’il a été tué après avoir été torturé par des agents de l'Agence nationale de renseignement de Gambie et que deux autres membres de ce parti sont également morts en détention ces derniers jours.

Sandeng avait organisé une manifestation pacifique en faveur d’une réforme électorale dans la perspective des élections présidentielles de décembre 2016. Un groupe de manifestants pacifiques avait brandi des banderoles à Serekunda, une banlieue de Banjul la capitale. Les manifestants scandaient des slogans comme "nous avons besoin de réformes électorales et de liberté d’expression". Les forces de sécurité les ont dispersé de manière musclée et plusieurs participants ont été arrêtés.

Des membres du parti de l’UDP se sont de nouveau rassemblés le 16 avril pour réclamer justice et la libération des autres membres de leur parti. La police a fait usage de gaz lacrymogènes et a arrêté au moins cinq responsables de l’UDP, dont Ousainu Darboe et d’autres manifestants et des passants. Fatoumata Jawara, une jeune responsable de l’UDP, se trouve également en détention et aurait subi des blessures susceptibles de mettre sa vie en danger

Pour Human Rigths Watch la mort suspecte en détention de l’opposant Solo Sandeng et l’arrestation du dirigeant de son parti, Ousainu Darboe et d’autres membres du parti montrent la nature répressive du régime gambien.

"La mort insensée de Sandeng en détention semble être la plus récente d’une longue série d’exactions à l’encontre de l’opposition politique en Gambie", a indiqué Corinne Dufka directrice de recherches sur l’Afrique de l’Ouest à Human Rights Watch.

Une tâche noire dans le ventre du Sénégal

Selon Fatou Jagne Senghor de l’association ARTICLE 19 sur VOA Afrique "il est temps que la communauté internationale notamment africaine se saisissent de cette affaire de la Gambie pour que Yahya Jammeh soit rappelé à de meilleurs sentiments. Il bafoue toutes les règles. Au niveau de l’Afrique de l’Ouest, la Gambie reste vraiment la tâche noire et les répressions ne s’arrêtent pas du tout."

Des organisations de l’opposition très diverses réclament depuis longtemps une réforme électorale, notamment une commission électorale indépendante et une égalité d’accès aux médias publics.

Alhagie Ceesay, directeur de la station de radio privée Teranga FM, a été arrêté le 2 juillet 2015 par l'Agence nationale de renseignement. Il avait échangé par téléphone mobile une image représentant une arme pointée sur une photographie de Jammeh.

L’image avait circulé sur Internet et Ceesay n’était pas son auteur. Malgré sa mauvaise santé – il a été réadmis à l’hôpital le 13 avril pour la troisième fois depuis le début de l’année 2016 – Ceesay s'est vu refuser une libération sous caution à quatre reprises au moins. En mars 2016, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a publié un avis, adopté lors de sa dernière session en décembre 2015, selon lequel Ceesay avait été arbitrairement privé de liberté. Il a demandé à la Gambie de libérer Ceesay et d’abandonner toutes les charges pesant contre lui.

"Les charges contre Alhagie Ceesay sont infondées, et il n’aurait jamais dû être arrêté en premier lieu", a déclaré Fatou Jagne Senghor, directrice régionale de l’organisation ARTICLE 19. "La détérioration de l’état de santé de Ceesay rend sa libération d’autant plus urgente."

Depuis que Jammeh a pris le pouvoir, il a systématiquement et brutalement réprimés toutes les formes de dissidence. L’élection présidentielle de décembre sera la cinquième depuis que Jammeh a pris le pouvoir en 1994 lors d’un coup d'État sans effusion de sang. La Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a refusé d’envoyer des observateurs aux dernières élections en 2011, invoquant l’intimidation de l’opposition et des électeurs.

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