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A Brazzaville, après les joutes politiques, nécessité fait travailler les jours fériés


Quelques personnes contemplent, de la plage, un bateau qui passe sur le fleuve Congo, qui sépare Brazzaville et Kinshasa, à Kinshasa, RDC, 29 avril 2014.

Quelques personnes contemplent, de la plage, un bateau qui passe sur le fleuve Congo, qui sépare Brazzaville et Kinshasa, à Kinshasa, RDC, 29 avril 2014.

Après une semaine d'inactivité à la suite de l'élection présidentielle contestée du 20 mars qui a entraîné des tensions dans la capitale du Congo, il leur faut bien nourrir leur famille, alors que l'opposition appelle à la grève générale.

En cette fin de matinée du Lundi de Pâques, le soleil tape ardemment sur la rive du Congo en aval du "Pool Malebo", le grand bassin que forme le fleuve le plus puissant d'Afrique à l'est de Brazzaville et de Kinshasa, la capitale jumelle sur l'autre rive.

L'orage nocturne a chassé les nuages. Sur la plage, les ouvriers s'activent depuis plusieurs heures déjà. En slip, short ou boxeur, leurs corps musclés et luisants de sueur chargent de gros camions-bennes stationnés sur la berge.

A six par véhicule, ils emplissent de sable, pelletée après pelletée, des bennes de dix mètres cubes perchées au-dessus de leur tête.

Mis en musique par le bruissement des rapides qu'on aperçoit à quelques centaines de mètres, le ballet incessant des pelles montant vers le ciel semble ne jamais devoir s'arrêter : il faut aller vite. Payé à la tâche par l'employeur - le propriétaire du camion - chaque membre de l'équipe gagne 2.000 francs CFA (environ 3 euros) par benne.

"Une très bonne journée, on peut faire dix bennes", dit André, 23 ans, qui dit faire ce travail depuis cinq ans. Mais on n'est pas certain d'être embauché tous les jours.

L'activité dépend des commandes des clients du patron, qui vend son sable essentiellement à des particuliers pour la construction de maisons, explique Alfred Mabanza, le chef de la carrière, qui dispose d'une concession accordé par les autorités.

Travailler plutôt que voler

De plus, l'activité est saisonnière : on ne travaille que pendant la grande saison sèche (mi-mai à mi-septembre) et la petite saison sèche (janvier-février), qui traîne en longueur cette année.

Pendant la saison des pluies, il faut trouver autre chose. Alfred dit qu'il offre alors ses services de mécanicien à qui voudra bien l'employer. Dans ce petit pays pétrolier et forestier, la pauvreté est largement répandue, et le chômage frappe 40% de la population et 60% des jeunes, selon le Fonds monétaire international (FMI).

Alfred, lui, n'a qu'une préoccupation : avoir chaque jour 3.000 francs (4,5 euros) à donner à sa femme "pour qu'elle nourrisse la famille".

Glad, un de ses compagnons de labeur, dit se tuer à la tâche depuis 2004. "C'est un métier plus que difficile", dit-il, qu'il exerce "au lieu de voler". "Au Congo, il y a des métiers", mais ils sont réservés aux "Mbochi" (l'ethnie du président Denis Sassou Nguesso) et aux gens "du Nord", dit-il, reprenant une plainte récurrente de nombre d'habitants originaires du Sud du pays, qui a voté majoritairement pour des opposants au chef de l'Etat lors de la présidentielle du 20 mars.

Les autorités ont annoncé jeudi que M. Sassou Nguesso, qui cumule plus de 32 ans à la tête du Congo, avait été réélu au premier tour avec plus de 60% des voix, prouesse qu'une coalition de cinq candidats d'opposition a qualifiée de "forfaiture", appelant la population à contester la réélection du président par des voies légales et "pacifiques", en commençant par une journée de grève générale dans tout le pays mardi.

Entre le scrutin du 20 mars et la proclamation des résultats officiels, Brazzaville avait pris des allures de ville morte (boutiques fermées, marchés désertés), une grande partie de la population semblant redouter des violences post-électorales. Avant le long week-end pascal, la situation était encore loin d'être revenue à la normale vendredi.

Quand son patron est venu lui proposer du travail lundi matin, Alfred dit ne pas avoir hésité longtemps.

A Kombé, on extrait aussi de la roche que de petites mains concassent à longueur de journée en gravier, avec pour seul outil un burin cylindrique en métal qui tient dans la main.

Assise devant un tas de cailloux à l'ombre d'un pagne suspendu aux branches d'un palmier chétif, Léonie, la cinquantaine, explique n'être guère maîtresse de son destin : "Toujours il faut que tu forces pour venir travailler [...] Il n'y a pas de boulot, il n'y a pas d'autre chose à faire donc c'est mieux de venir ici."

Avec AFP

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