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Les Noirs davantage victimes d'erreurs judiciaires en Amérique

  • VOA Afrique

La prison de Cook County a Chicago, le 29 septembre 2011.

Migrant originaire de Trinité-et-Tobago, Ulysses Charles a été formellement identifié par trois femmes victimes de viols à Boston. Ce Noir a donc passé 20 ans en prison, avant d'être complètement mis hors de cause par des analyses ADN.

Aux Etats-Unis, les erreurs judiciaires ne sont pas que le fruit du hasard: les Afro-Américains en sont victimes nettement davantage que les Blancs et, avant d'être innocentés, ils passent des années supplémentaires derrière les barreaux, selon un rapport publié mardi.

Le cas de M. Charles, qui parle avec un fort accent des Caraïbes et porte une dent en or et des dreadlocks très reconnaissables, est typique des stéréotypes et du racisme plus ou moins conscients qui conduisent des plaignants, des policiers, des magistrats ou des jurés à déclarer coupables des Noirs innocents.

Les statistiques compilées par le National Registry of Exonerations sont éloquentes. Voici les plus marquantes:

- Les Noirs représentent 13% de la population américaine, mais comptent pour 47% des 1.900 déclarations d'innocence après des erreurs judiciaires depuis 1989.

- Les Noirs condamnés pour meurtre aux Etats-Unis ont 50% de chances de plus que les Blancs d'être innocents.

- Les Noirs innocents ont 12 fois plus de risques d'être injustement condamnés dans une affaire de stupéfiants que les Blancs innocents.

- Les Noirs innocents ont sept fois plus de risques d'être injustement condamnés pour meurtre que les Blancs innocents.

- Record -

L'année 2016 a vu un nombre record de déclarations d'innocence aux Etats-Unis, avec 166, dont 54 affaires d'homicides.

La tendance est à la hausse, ce qui peut être vu comme illustrant un système pénal rongé par l'arbitraire, ou au contraire comme dénotant un système pénal davantage prêt à reconnaître ses failles.

Les experts s'accordent toutefois sur le fait que seule est analysée la petite partie émergée d'un iceberg de taille inconnue.

Ainsi la "guerre contre les drogues", qui a fait littéralement exploser ces dernières décennies la population carcérale américaine, s'est accompagnée de vastes coups de filet parfois très critiqués.

"Nous avons connaissance de près de 1.700 cas de déclarations d'innocence groupées visant des ensembles de personnes qui ont été majoritairement piégées dans des affaires de stupéfiants", explique à l'AFP Samuel Gross, l'auteur du rapport.

"La plupart de ces accusés sont des Afro-Américains. Nous estimons qu'il en existe bien davantage dont nous n'avons pas connaissance, mais il nous est impossible de savoir combien", ajoute-t-il.

De façon paradoxale, de nombreux Noirs qui devraient n'avoir rien à se reprocher en viennent à plaider coupable de faits qu'ils n'ont pas commis, effrayés à l'idée d'écoper d'une peine plus sévère devant un jury. Ils se retrouvent avec des peines de plusieurs années de réclusion.

Déclaré innocent en 2016 et libéré après huit ans derrière les barreaux, Davontae Sanford avait avoué en 2008 aux policiers de Detroit son implication dans pas moins de quatre meurtres et une tentative de meurtre. Il n'avait alors que 14 ans.

Un mois seulement après sa condamnation, le vrai meurtrier --un tueur à gages-- avait pourtant avoué les crimes, fourni l'arme utilisée et dédouané Sanford.

"Les Noirs innocentés pour meurtre passent en moyenne trois années supplémentaires en prison que les Blancs innocentés pour meurtre. Et le délai est de quatre années supplémentaires pour ceux condamnés à la peine de mort", souligne l'étude, intitulée "Race et erreurs judiciaires aux Etats-Unis".

"Beaucoup des condamnations d'Afro-Américains innocentés pour meurtre ont été influencées par une vaste gamme de discriminations raciales, qui vont du préjugé inconscient au racisme explicite, en passant par la discrimination institutionnelle", relève le rapport.

Pour ce qui est des agressions sexuelles, les chercheurs ont conclu que "les méprises d'identification par les témoins" n'expliquaient "pas totalement" les erreurs judiciaires touchant de façon disproportionnée les Noirs.

Là aussi, notent-ils, des préjugés racistes plus ou moins déclarés sont à l'oeuvre.

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