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Tchad : une victime présumée de l'Agence nationale de sécurité témoigne


Militaires tchadiens à N'djamena le 9 mars 2015.

Militaires tchadiens à N'djamena le 9 mars 2015.

Dans un entretien avec Timothée Donangmaye, M. Dionheur explique qu'il est toujours en traitement à l'hôpital régional de Moundou, dans le sud du pays, à la suite, dit-il, des tortures subies durant plusieurs jours de détention par les agents de l'ANS l’ayant enlevé le 20 avril dernier.

Cinq des six candidats contestant la victoire du président tchadien Idriss Deby Itno à la présidentielle du 10 avril ont tenu une conférence de presse le 12 mai 2016 pour dénoncer « l'omniprésence » de l'Agence nationale de sécurité (ANS), ainsi que les arrestations arbitraires auxquelles procéderait cette structure chargée, en principe, du contre-espionnage.

En avril, l'un des candidats malheureux, Laoukein Kourayo, maire de Moundou et leader de la Convention tchadienne pour la paix et le développement (CTPD), avait fait état de l'arrestation de deux de ses partisans, à savoir Idriss Ramadan de la ligue des jeunes de la CTPD, et Dionadji Dionheur, directeur départemental de campagne du parti.

Dans un entretien avec Timothée Donangmaye, M. Dionheur explique qu'il est toujours en traitement à l'hôpital régional de Moundou, dans le sud du pays, à la suite, dit-il, des tortures subies durant plusieurs jours de détention par les agents de l'ANS l’ayant enlevé le 20 avril 2016.

« J'ai subi toutes les formes de torture » a-t-il révélé, expliquant qu'on lui avait notamment attaché les avant-bras et les pieds dans le dos, une méthode dite « Arbatachar » connue des Tchadiens pour avoir été souvent utilisée par la Direction de la sécurité et de la documentation (DDS), la police politique de l'ex-président Hissène Habré.

Dionadji Dionheur rapporte avoir été bastonné à maintes reprises. « J'ai compté nommément 307 coups au niveau du dos, également au niveau des cuisses et pieds, j'ai reçu de 97 coups de matraque, et (…) il y a des fois où j'étais dans un état d'inconscience, donc je n'arrivais pas à compter » , a-t-il témoigné, ajoutant qu'il a aussi été plongé dans un fût d'eau, dans un simulacre de noyade.

L'interrogatoire portait notamment sur « les noms des proches collaborateurs du président national de la CTPD », a expliqué Dionadji Dionheur, ajoutant avoir été également sommé de fournir « les noms des musulmans » membres de la CTPD.

Remis par l’ANS à la justice, Dionadji Dionheur affirme avoir été libéré sur intervention de son avocat pour des soins intensifs à l'hôpital régional de Moundou. Il affirme souffrir de « blessures partout » au niveau du dos, ainsi que de douleurs aux cuisses, si bien qu'il dit éprouver du mal à se déplacer.

Dionadji Dionheur accuse les autorités régionales d'être « des complices » de l'ANS. Il affirme que le gouverneur de la région et le procureur de Moundou ont été saisis dès son arrestation. M. Dionheur dit espérer que la justice sera en mesure de lui expliquer pourquoi il a dû endurer toutes ces tortures.

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