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Russ Feingold : "L’heure est venue d’apporter la paix dans la région"


Russ Feingold, le 2 novembre 2013

Russ Feingold, le 2 novembre 2013

L'envoyé spécial des Etats-Unis pour la région des Grands Lacs et la République Démocratique du Congo se confie à la Voix de l'Amérique.

Après votre tournée dans la région, force est de constater que malgré l’accord d’Addis-Abebapuis l’ultimatum de la CIRGL, rien n’a changé dans l’Est de la RDC. Quelle est votre analyse de la situation ?

Russ Feingold : "Il faut reconnaître l’énorme complexité et l’ancienneté du problème. Depuis près de vingt ans, plus de cinq millions de personnes sont mortes dans la région. C’est plus que n’importe quelle tragédie récente dans le reste du monde. Sans parler de la violence, des enfants soldats et des violences sexuelles. Cela nécessite l’attention des pays africains et de la communauté internationale. L’heure est venue d’apporter la paix et le développement économique dans la région."

Pourquoi cette fois-ci serait différente ?

Russ Feingold : "Beaucoup de choses sont différentes. L’accord d’Addis a été signé par onze pays africains avec le soutien de l’Union africaine et des Nations Unies. C’est un engagement de la communauté internationale qui n’existait pas avant. Le président de la Banque Mondiale a aussi promis une aide d’un milliard de dollars si l’accord de paix fonctionne. Il y a enfin un engagement sans précèdent la Monusco. Avec la brigade d’intervention, on a les moyens de lutter contre les groupes armés illégaux dans la région."

Le M23 doit-il réintégrer l’armée congolaise ?

Russ Feingold : "Non, pas le M23 dans son ensemble. Certains peuvent réintégrer au cas par cas. Dans le passé, on a autorisé des groupes armés à réintégrer leurs unités, à garder leur organisation en tant qu’entité distincte sous contrôle des FARDC. C'est ce qui a permis au M23 de se créer."

Il n’y a pourtant aucun signe d’un prochain accord à Kampala entre le gouvernement congolais et le M23. Les Etats-Unis peuvent-ils faire plus ? Certains demandent plus de pression sur le Rwanda, accusé de soutenir les rebelles.

Russ Feingold : "C’est déjà ce que nous faisons. Nous avons été à Kampala et demandé exactement ce dont vous parlez. Suite à la réunion de la CIRGL, nous avons appelé à un accord de paix où le M23 cesse de fonctionner en tant que groupe illégal. Nous espérons que les discussions de Kampala vont aboutir. Mais l’accord d’Addis est plus global puisqu’il concerne tous les groupes armés. Il y en a actuellement entre 40 et 45. Ces violences doivent cesser. L’Est du Congo doit être gouverné de façon efficace et l’armée doit être opérationnelle."

La politique américaine envers Kigali est-elle la bonne ?

Russ Feingold : "Les Etats-Unis ont été très fermes avec tous les pays impliqués dont le Rwanda. Nous avons discuté avec le président et les dirigeants rwandais à New-York et à Kigali. Notre préoccupation est qu’il n’y ait aucun soutien du Rwanda au M23 ou tout autre groupe armé. Nous avons délivré le même message aux autorités congolaises. Nous ne sommes pas timides sur le sujet. Je suis même fier car, depuis plusieurs mois, nous nous assurons que tous les pays de la région comprennent que les Etats-Unis condamnent tout soutien aux groupes armés. C’est une constance dans la politique américaine. Dans le passé, certains ont peut-être eu le sentiment que les Etats-Unis n’étaient pas clairs sur le sujet. Nous sommes très clairs aujourd’hui."

Les élections contestées de novembre en 2011 en RDC ne constituent-elles pas un autre problème ?

Russ Feingold : "Ça n’a pas vraiment aidé. Après le scrutin relativement reconnu de 2006, les élections de 2011 en RDC n’ont pas reçu et n’auraient pas dû recevoir la même appréciation. Il est essentiel que les prochaines élections locales soient plus crédibles. Les gens doivent sentir que leur gouvernement et les personnes qui les représentent sont légitimes. Sinon, il ne sera pas facile d’entreprendre toutes les réformes."

Quel est votre message au peuple congolais qui souffre depuis toutes ces années ?

Russ Feingold : "Je dirais aux Congolais, en particulier ceux qui vivent dans l’Est, qu’ils ont été exploités depuis près d’un siècle. Cela doit cesser. La communauté internationale fait preuve d’un nouvel engagement. Les pays voisins de la RDC doivent respecter sa souveraineté territoriale. Pour que cela fonctionne, les Congolais doivent demander à leur propre gouvernement de mener des réformes démocratiques et la réforme de l’armée. Sinon, ils n’auront pas le pays qu’ils méritent et ne profiteront pas des énormes ressources dont ils disposent. Les Congolais doivent être les premiers à profiter de leurs richesses naturelles."

Propos recueillis par Nicolas Pinault
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