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Dilma Rousseff lutte contre sa destitution et dénonce un "coup d'Etat".


Dilma Rousseff, Brasilia, 23 mars 2016

Dilma Rousseff, Brasilia, 23 mars 2016

La présidente brésilienne a fustigé un "coup d'Etat" de l'opposition qui veut la destituer tandis qu'en coulisses chaque camp menait une course effrénée pour rallier des députés avant un vote crucial sur cette question.

Cette procédure de destitution, "sans crime de responsabilité", "cela s'appelle un coup d'Etat", a-t-elle lancé au palais présidentiel, sous les vivats de ses partisans.

Malgré son ton combatif, la dirigeante de gauche de 68 ans est plus que jamais fragilisée après le divorce de son principal allié, le parti centriste PMDB du vice-président Michel Temer, impatient de la remplacer en cas d'impeachment.

Face à cette "instabilité politique", le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a appelé le géant d'Amérique latine à trouver "des solutions dans le calme et l'harmonie", dans un entretien au quotidien O Estado de Sao Paulo.

Dans un pays coupé en deux, chaque camp oeuvre en coulisses pour convaincre les députés un à un avant le vote prévu mi-avril.

L'opposition de droite doit réunir 342 députés sur 513 - deux tiers - pour que Mme Rousseff soit mise en accusation devant le Sénat, qui aura le dernier mot.

Le camp présidentiel mise sur les députés fidèles à la coalition menée par le Parti des travailleurs (PT, gauche) au pouvoir mais aussi sur l'abstention, pour empêcher les pro-impeachment de rassembler les votes nécessaires.

Sa méthode? Faire miroiter aux partis hésitants du "grand centre" mou les quelque 600 postes contrôlés jusque-là par le PMDB dans la machine gouvernementale.

Valse ministérielle

Il peut déjà offrir le ministère du Tourisme, lâché lundi par son titulaire Henrique Alves, et pourrait faire de même avec les six autres portefeuilles détenus par des membres du PMDB.

Un autre maroquin convoité est celui des Sports, à quatre mois des jeux Olympiques de Rio de Janeiro (5-21 août), après le départ mercredi de George Hilton, sur la sellette depuis que son ancien parti, le PRB, a quitté la coalition.

Selon Jaques Wagner, chef de cabinet de Mme Rousseff, ces tractations pourraient aboutir dès vendredi à un remaniement ministériel.

L'opposition de droite chasse elle aussi les voix, proposant les postes d'un futur gouvernement de transition dirigé par Michel Temer jusqu'aux prochaines élections prévues en 2018.

Les pro et anti-impeachment "sont tous la calculette à la main en train de compter les votes, de les négocier contre des postes et des ministères", explique à l'AFP Michael Mohallem, professeur de droit à la Fondation Getulio Vargas, à Rio de Janeiro.

"Le gouvernement, aujourd'hui, a encore les votes suffisants pour se sauver mais il est à la limite: entre 170 et 190, 200 si l'on est optimiste", évalue cet analyste.

Or "la situation est très instable" et le vent politique souffle contre la présidente, embourbée dans une crise politique historique, envenimée par le scandale de corruption Petrobras et la récession économique.

Selon un sondage de l'institut Ibope dévoilé mercredi, son gouvernement affiche le pire taux d'approbation depuis 25 ans, à 10%.

Manifestations pro-Dilma jeudi

Dilma Rousseff n'est pas visée directement par l'enquête Petrobras qui éclabousse son parti mais tout autant le PMDB.

Elle est toutefois accusée par l'opposition d'avoir fait supporter temporairement à des banques publiques des dépenses incombant au gouvernement, afin d'atténuer l'ampleur des déficits publics en 2014, année de sa réélection, et en 2015.

Elle aurait ainsi commis un "crime de responsabilité" administrative, prévu par la Constitution, ce qu'elle nie, arguant que tous ses prédécesseurs ont fait de même.

"Les crimes de responsabilité ne manquent pas", a rétorqué mercredi Janaina Pascoal, une des juristes à l'origine de la demande de destitution, intervenant, dans une ambiance houleuse, devant la commission parlementaire chargée de prononcer un premier avis.

Elle a cité l'article de loi disant que "le gouvernement ne peut emprunter de l'argent à des institutions financières qu'il contrôle".

Signe de la gravité de la situation, Mme Rousseff a annulé un voyage aux Etats-Unis, où elle devait participer jeudi et vendredi à un sommet sur la sécurité nucléaire, préférant rester à Brasilia.

C'est dans la capitale que son prédécesseur et mentor, Luiz Inacio Lula da Silva, prendra la tête jeudi d'une manifestation "en défense de la démocratie", le PT espérant mobiliser massivement dans 31 villes du pays pour faire pression sur les députés encore hésitants.

Icône de la gauche brésilienne, l´ancien chef de l´État (2003-2010) a lancé un appel sur Facebook, avec des vidéos de militants et d´autres hommes politiques exhortant leurs partisans à "lutter contre le coup d´État".

Avec AFP

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