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Les repentis de Boko Haram au Niger


Alors que la force régionale traque toujours les éléments djihadistes le long de la frontière entre le Niger et le Nigeria, jusqu’au lac Tchad, un centre pour ex-combattants de Boko Haram a ouvert ses portes depuis décembre dernier à Diffa. C’est là que s’est rendu Nicolas Pinault, l’envoyé spécial de VOA Afrique au Niger, pour une rencontre avec les repentis de Boko Haram.

Un peu à l’écart de la route principale, derrière la section antiterroriste de Diffa, trois bâtiments passeraient presque inaperçus mais les fils barbelés, qui les entourent, et les militaires armés de kalachnikovs à l’entrée donnent le ton : voici le centre de transition des repentis de Boko Haram.

150 personnes sont là dont des ex combattants, en majorité, et, à l’écart, leurs épouses et des enfants.

Le centre a ouvert en décembre dernier. Dans le bâtiment des hommes, quelques visages menaçants mais aussi des adolescents pas franchement combattants.

Ibrahim a 14 ans. Ce mineur a été kidnappé par Boko Haram pendant deux ans avant de réussir à s'enfuir, Diffa, Niger, le 17 avril 2017 (VOA/Nicolas Pinault)
Ibrahim a 14 ans. Ce mineur a été kidnappé par Boko Haram pendant deux ans avant de réussir à s'enfuir, Diffa, Niger, le 17 avril 2017 (VOA/Nicolas Pinault)

Ibrahim a été enlevé lorsqu’il avait 12 ans, il a passé deux ans à étudier le coran version Boko Haram avant de pouvoir s’enfuir.

"Un vendredi mon père m’a demandé d’aller aux champs et a dit qu’il me rejoindrait après la prière. Deux hommes en moto sont venus et m‘ont kidnappé en disant que je risquais de devenir un délinquant", explique le jeune homme à VOA Afrique.

Le Niger affirme que la victoire contre le groupe djihadiste ne peut se résoudre que par la voie militaire. Un centre permanent de déradicalisation doit ouvrir dans quelques semaines à Goudoumaria, dans la région de Diffa.

"On va fournir une formation professionnelle à ces jeunes et une réinsertion sociale", affirme à VOA Afrique le gouverneur de la région de Diffa. Selon Dan Dano Mahamadou Lawaly, le gouvernement du Niger a financé seul la construction de ce centre. Des imams devraient aussi intervenir sur la structure.

Les 150 personnes qui s’entassent dans le centre de transition déménageront bientôt vers Goudoumaria. Mais certaines ne demandent qu’à retrouver la liberté. Fatima Ibrahim a 20 ans. Elle a été kidnappée il y quatre ans dans la région de Maidugri au Nigeria : "Moi j’espère vite rentrer au Nigeria, j’ai été mariée de force à des combattants de Boko Haram et mes parents ne savent même pas que je suis là."

Beaucoup de ces ex-combattants nient leurs atrocités ou minimisent leur implication. Impossible de savoir qui dit la vérité. Malam Boucar Adam est un ancien enseignant ayant rallié Boko Haram. Il dit avoir été médecin pour le groupe djihadiste.

"J’ai quitté Boko Haram parce qu’il y a avait des dissensions : le groupe de Shekau et celui de Mamman Nur se sont battus six fois C’est une question d’idéologie. L’islam est une religion de paix, un bon musulman n’a pas à tuer les gens."

Beaucoup des repentis de Boko Haram décrivent un mouvement sur le déclin mais il faudra encore de longues années pour défaire l’idéologie que les djihadistes ont semé dans la région.

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