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Le pape met en garde contre l'"expédient" des crédits-carbone


(AP Photo/Matthew Brown, File)

(AP Photo/Matthew Brown, File)

Les systèmes d'achat et de vente de crédits-carbone, au lieu de réduire les émissions des différents gaz à effet de serre (GES), pourraient n'être qu'un écran de fumée, redoute le pape.

LONDRES/WASHINGTON (Reuters) - Dans son encyclique sur le climat publiée jeudi, le pape François s'en prend à une des grandes initiatives prises dans la lutte contre le réchauffement climatique, les droits à polluer, estimant que les échanges de crédits-carbone risquent de ne servir qu'à rémunérer les spéculateurs.

Le souverain pontife estime que les systèmes d'achat et de vente de crédits-carbone, au lieu de réduire effectivement les émissions des différents gaz à effet de serre (GES), pourraient être qu'un écran de fumée permettant aux grands émetteurs de gaz carbonique et autres GES des pays riches de continuer à polluer.

"Ce système semble être une solution rapide et facile, sous l'apparence d'un certain engagement pour l'environnement, mais qui n'implique, en aucune manière, de changement radical à la hauteur des circonstances", lit-on au paragraphe 171 de l'encyclique "Laudato si". "Au contraire, poursuit Jorge Mario Bergoglio, il peut devenir un expédient qui permet de soutenir la sur-consommation de certains pays et secteurs."

La Commission européenne n'a pas répondu aux commentaires du pape, mais l'International Emissions Trading Association (IETA), qui sert de lobby au secteur, a publié un communiqué décrivant la position du pape "déconnectée de ce que pensent la plupart des économistes et des analystes".

Les marchés du carbone "contiennent des garde-fous contre la spéculation excessive contre laquelle l'encyclique met en garde", affirme l'IETA. "Elle passe à côté d'un point plus important, à savoir que les mécanismes du marché peuvent continuer à maintenir les coûts en baisse pour les producteurs, comme pour les consommateurs."

Selon Ottmar Edenhofer, économiste à l'Institut de Postdam pour la recherche sur l'impact climatique et consultant pour le Vatican, les propos du pape ne doivent pas être considérés comme un rejet pur et simple des marchés d'échanges de crédit-carbone. "Le pape demande plus ou moins aux scientifiques de vérifier si c'est un instrument qui fournira une solution", a déclaré Ottmar Edenhofer à Reuters. A son avis, le pape a mentionné ce point dans l'encyclique pour répondre aux inquiétudes des pays d'Amérique latine sur les marchés de droits à polluer.

Un bloc de pays d'Amérique latine comprenant le Venezuela, la Bolivie et l'Equateur, s'est dit hostile au rôle des marchés du carbone dans le cadre de la conclusion d'un accord universel sur le changement climatique. Ils estiment que ce système risque de permettre aux pays riches d'échapper aux objectifs de réduction des émissions tout en n'assurant pas la justice climatique pour les pauvres.

D'autres situent les propos du pape dans le contexte global de sa préoccupation du sort des pays pauvres. L'encyclique mentionne spécifiquement les évêques de Bolivie qui ont demandé aux pays industrialisés d'assumer une partie plus importante de la lutte contre le changement climatique.

"Les pays pauvres doivent avoir comme priorité l'éradication de la misère et le développement social de leurs habitants; bien qu'ils doivent analyser le niveau de consommation scandaleux de certains secteurs privilégiés de leur population et contrôler la corruption", écrit le pape au paragraphe suivant. "Il est vrai aussi qu'ils doivent développer des formes moins polluantes de production d'énergie, mais pour cela ils doivent pouvoir compter sur l'aide des pays qui ont connu une forte croissance au prix de la pollution actuelle de la planète."

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