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La Grèce, dotée d'un gouvernement anti-austérité


Alexis Tsipras a vu dimanche le triomphe de son parti anti-austérité, Syriza (Reuters)

Alexis Tsipras a vu dimanche le triomphe de son parti anti-austérité, Syriza (Reuters)

Le nouveau gouvernement devra trouver un compromis avec la troïka pour débloquer le paiement de 7 milliards d'euros d'aide en suspens, le plan de financement actuel expirant le 28 février.

ATHENES (Reuters) - Quelques heures seulement après sa très nette victoire aux législatives en Grèce, le parti de gauche anti-austérité Syriza a conclu lundi un accord de gouvernement avec le mouvement des Grecs indépendants, ce qui lui permettra d'entamer rapidement les négociations avec les créanciers internationaux d'Athènes.

"Je veux annoncer qu'à partir de ce moment, la Grèce dispose d'un gouvernement", a déclaré Panos Kammenos, le chef de file des Grecs indépendants, une petite formation de droite, à l'issue de sa rencontre avec Alexis Tsipras au siège de Syriza à Athènes.

"Les Grecs indépendants voteront la confiance au Premier ministre Alexis Tsipras. Il y a un accord de principe", a-t-il ajouté.

"Le Premier ministre verra dans la journée le président pour sa prestation de serment et annoncera la composition du gouvernement auquel les Grecs indépendants participeront", a précisé Kammenos.

Syriza a obtenu dimanche 36,3% des voix selon des résultats quasi définitifs, mais avec 149 députés, il lui manque deux sièges pour décrocher la majorité absolue.

L'accord conclu avec les Grecs indépendants, crédités de 13 sièges, donne naissance à une alliance gauche-droite inhabituelle mais soudée par l'opposition aux conditions dont dépend l'aide financière de la "troïka" (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international).

"La Grèce laisse derrière elle une austérité catastrophique, elle laisse derrière elle la peur et l'autoritarisme, elle laisse derrière elle cinq années d'humiliation et d'angoisse", a affirmé dimanche soir Alexis Tsipras, le poing levé, devant plusieurs milliers de ses supporters réunis à Athènes.

Les marchés financiers ont réagi avec calme à la victoire de Syriza: la Bourse d'Athènes, après un accès de faiblesse dans les premiers échanges, réduisait ses pertes en fin de matinée et l'euro, tombé dans la nuit à 1,11 dollar, est remonté à 1,1250. Le rendement des obligations d'Etat grecques à 10 ans, lui, se tendait légèrement mais restait sous la barre de 9%.

LA BCE APPELLE TSIPRAS À RESPECTER "LES RÈGLES DU JEU"

Le gouvernement que s'apprête à former Alexis Tsipras sera le premier, dans la zone euro, élu sur un programme d'opposition aux politiques de rigueur budgétaire et d'austérité économique prônées par l'UE depuis le début de la crise et toujours défendu par plusieurs pays membres, Allemagne en tête.

Pour la première fois depuis 40 ans, ni les socialistes du Pasok, ni les conservateurs aujourd'hui regroupés dans Nouvelle Démocratie (ND), le parti du Premier ministre sortant Antonis Samaras, ne seront au pouvoir à Athènes.

Le mouvement des Grecs indépendants, né en 2012 d'une scission de ND, diffère de Syriza sur nombre de sujets de société, comme l'immigration illégale, qu'il veut réprimer, ou les liens entre l'Etat et l'Eglise orthodoxe, qu'il défend.

Mais les deux partis se retrouvent sur la même ligne dans leur rejet des contreparties liées aux 240 milliards d'euros des plans d'aide accordés à la Grèce par ses partenaires internationaux.

Les ministres des Finances de la zone euro devraient débattre de l'issue du scrutin grec lors de leur réunion mensuelle en fin de journée à Bruxelles.

Du côté de la BCE, Benoît Coeuré, l'un des six membres du directoire de l'institution, a d'ores et déjà exclu tout effacement, même partiel, de la dette grecque, sans pour autant fermer la porte à un rééchelonnement.

"Il y a une double responsabilité: il faut que l'Europe montre qu'elle peut s'adapter à un changement de gouvernement, même radical (...) et de l'autre côté il faut que M. Tsipras respecte les règles du jeu européen", a-t-il dit sur Europe 1.

Alexis Tsipras "doit payer, ce sont les règles du jeu européen, il n'y a pas de place pour un comportement unilatéral en Europe, cela n'exclut pas une discussion par exemple sur le rééchelonnement de cette dette", a-t-il ajouté.

La Grèce, dont la dette, à 321 milliards d'euros, représente 175% du produit intérieur brut, est incapable de se financer seule alors qu'elle devra faire face à environ 10 milliards d'euros d'échéances cet été.

Elle doit donc trouver un compromis avec la troïka pour débloquer le paiement des sept milliards d'euros d'aide en suspens, alors que le plan de financement en cours expire le 28 février.

Une suspension de six mois des échéances prévues pourrait donc être le premier sujet à l'ordre du jour des négociations.

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