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La France veut accélérer le démantèlement de la "Jungle" de Calais


La "Jungle" de Calais, dans le nord de la France où vivent quelque 4.000 migrants et demandeurs d'asile en provenance d'Irak, du Kurdistan, d'Iran et de Syrie, le 3 février 2016. (REUTERS/Yves Herman - RTX25BI2)

La "Jungle" de Calais, dans le nord de la France où vivent quelque 4.000 migrants et demandeurs d'asile en provenance d'Irak, du Kurdistan, d'Iran et de Syrie, le 3 février 2016. (REUTERS/Yves Herman - RTX25BI2)

Les autorités ont annoncé une nouvelle étape dans le démantèlement du plus grand bidonville de France où vivent quelque 4.000 migrants rêvant d'un passage vers l'Angleterre, sur fond de montée des tensions dans ce secteur.

Après avoir fait évacuer fin janvier pour raison de sécurité environ 600 migrants qui campaient près d'habitations des riverains, elles souhaitent désormais vider "la moitié" de la superficie de la "Jungle".

"Le temps est venu de passer à une autre étape", "plus personne ne doit vivre sur (la) partie sud du camp (...), tout le monde doit quitter cette partie-là", a déclaré devant la presse la préfète du Pas-de-Calais Fabienne Buccio, estimant que "800 à 1.000 personnes" y vivent aujourd'hui.

Les associations parlent cependant de 2.000 personnes.

Objectif des autorités à terme, sans calendrier fixé officiellement: "arriver à 2.000 personnes" dans la "Jungle" et "que plus personne ne dorme dehors", ce qui passera par le démantèlement de "l'autre partie" du bidonville.

La préfecture a laissé une semaine aux migrants du secteur sud pour partir et "occuper les places mises à leur disposition", soit dans le Centre d'accueil provisoire (CAP) en conteneurs ouvert en janvier, capable d'accueillir 1.500 personnes, soit dans les différents centres d'accueil et d'orientation (CAO) de France, ralliés par 2.600 migrants de Calais depuis fin octobre, selon elle.

"Si un vrai mouvement se crée, on laissera plus de temps", a souligné Mme Buccio.

Alors que le camp comptait plus de 6.000 candidats au passage illégal vers l'Angleterre en octobre, ce chiffre est descendu à environ 4.000 aujourd'hui - 3.700 selon la préfecture, 4.500 disent les associations.

Parmi eux, près de 500 femmes et enfants sont accueillis dans le centre Jules Ferry qui leur est spécialement dédié et environ 850 personnes se trouvent déjà dans le CAP.

"Désormais à Calais, nous pouvons recevoir 2.000 personnes dans des conditions dignes. Nous avons encore des personnes qui vivent dans des conditions qui ne sont pas dignes, ça ne peut pas durer, et en plus ça donne une très mauvaise image de la région", a ajouté la préfète.

- 'Mépris total pour les réfugiés de guerre' -

Si elle assure vouloir s'appuyer sur les associations oeuvrant dans la "Jungle", les échanges risquent d'être crispés.

"C'est un terrible retour en arrière! Où vont aller les 2.000 personnes qui n'auront pas de place dans le CAP ou à Jules Ferry? S'ils n'ont pas de solution d'accueil, ils repartiront en ville. Et les faire bouger en pleine période hivernale, c'est un mépris total pour les réfugiés de guerre" nombreux parmi les occupants du camp, s'emporte ainsi Christian Salomé, président de l'Auberge des migrants, "surpris" par cette annonce "violente".

A l'inverse, la maire de Calais Natacha Bouchart s'est dite "satisfaite" sur Twitter, espérant "que cette déclaration soit appliquée dans les meilleurs délais".

Cette annonce survient au moment où les tensions à Calais et dans sa région sont exacerbées.

Mi-janvier, une manifestation pro-migrants avait dégénéré avec la montée illicite de migrants à bord d'un ferry. Le lendemain une contre-manifestation avait rassemblé de nombreux socio-professionnels dénonçant l'impact économique de la crise migratoire sur leur activité.

Samedi, une manifestation hostile aux clandestins et interdite par les autorités avait attiré entre 100 et 150 personnes, entraînant l'arrestation de vingt personnes, dont un général en retraite.

Plusieurs enquêtes ont en outre été ouvertes pour violences sur des migrants. Isabelle Bruand, coordinatrice régionale de Médecins du monde (MDM), constate ainsi une "recrudescence" des agressions depuis le début de l'année. Sept hommes ont été interpellés dans la nuit de mercredi à jeudi, soupçonnés d'avoir agressé cinq migrants près de Dunkerque.

Par ailleurs 24 migrants érythréens, dont onze femmes, ont été découverts dans un camion frigorifique danois transportant du fromage jeudi matin près de Calais, a-t-on appris vendredi auprès de la préfecture.

Avec AFP

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