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Chypre menace de bloquer le projet d'accord UE-Turquie sur les migrants


Le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, à gauche, parle avec Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, à droite, et Donald Tusk, président du Conseil européen, au centre, après une conférence de presse lors d'un sommet européen à Bruxelles, en Belgique, 8 mars 2016.

Le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, à gauche, parle avec Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, à droite, et Donald Tusk, président du Conseil européen, au centre, après une conférence de presse lors d'un sommet européen à Bruxelles, en Belgique, 8 mars 2016.

En visite à Nicosie, le président du Conseil européen Donald Tusk s'est heurté aux fortes réticences des autorités chypriotes sur l'accord de principe établi la semaine dernière entre Européens et Turcs.

Deux jours avant un nouveau sommet UE-Turquie, Chypre menace de torpiller le projet d'accord entre les 28 et Ankara pour tenter de stopper l'afflux de migrants, qui provoque de nouvelles tensions à la frontière entre la Grèce et la Macédoine.

Le président Nicos Anastasadies lui a réaffirmé que son pays n'avait "pas l'intention d'approuver l'ouverture de nouveaux chapitres" dans les négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne (UE) si Ankara ne respectait "pas ses obligations".

Or cette relance des négociations d'adhésion est l'une des contreparties accordées par Bruxelles à la Turquie pour que cette dernière accepte l'accord.

"Il est déplacé, contre-productif, pour ne pas dire inacceptable de déplacer le poids de la responsabilité de la crise des migrants sur mes épaules ou sur celles de la République de Chypre", a déclaré M. Anastasiades après sa rencontre avec M. Tusk.

Le président du Conseil européen, attendu à Ankara mardi après-midi, a reconnu qu'il restait du travail avant le nouveau sommet prévu jeudi et vendredi à Bruxelles au cours duquel Européens et Turc doivent tenter de finaliser leur projet d'accord.

"L'objectif est de conclure les négociations jeudi ou vendredi mais nous n'en sommes pas encore là. L'un des points problématiques est de résoudre la question clé de la légalité", a déclaré M. Tusk.

"La proposition turque établie avec l'Allemagne demande encore à être rééquilibrée, afin qu'elle puisse être acceptée par les 28 Etats membres et les institutions européennes", a-t-il ajouté.

Le plan prévoit la réadmission en Turquie de tous les migrants arrivés clandestinement en Grèce, y compris les demandeurs d'asile syriens fuyant la guerre dans leur pays. En échange, les Européens s'engageraient, pour chaque Syrien renvoyé en Turquie, à accepter un demandeur d'asile syrien sur leur territoire.

La Turquie exige par ailleurs trois milliards d'euros d'aide supplémentaire d'ici à 2018 et un régime sans visa pour ses ressortissants voulant voyager dans l'UE dès fin juin, en plus de l'ouverture rapide de négociations sur cinq nouveaux chapitres d'adhésion.

Le casse-tête chypriote

Les relations entre l'UE et la Turquie sont perturbées depuis longtemps par la question de Chypre, divisée en deux depuis l'invasion de la partie nord par la Turquie en 1974 en réaction à un coup d'Etat nationaliste qui visait à rattacher l'île à la Grèce.

La République de Chypre, membre de l'UE mais non reconnue par Ankara, a bloqué six chapitres clés de ces négociations depuis 2009, gelant de facto le processus d'adhésion de la Turquie à l'UE.

De son côté, Ankara interdit ses ports et aéroports aux navires et avions en provenance directe de la partie sud de Chypre.

Les espoirs de parvenir à un accord de paix ont cependant grandi ces derniers mois depuis la reprise des négociations entre dirigeants chypriotes grecs et turcs en mai 2015 sous l'égide de l'ONU.

Le projet d'accord sur les migrants suscite de nombreux doutes, non seulement auprès des organisations de défense des droits de l'Homme, mais aussi parmi des pays européens méfiants face à un gouvernement turc soupçonné par certains de dérive autoritaire.

La France défendra au sommet de Bruxelles une "coopération efficace" avec Ankara, mais "il ne peut y avoir le moindre chantage" de la Turquie, a affirmé mardi le Premier ministre Manuel Valls.

En attendant, la crise des migrants se poursuit, notamment à la frontière gréco-macédonienne.

Quelque 1.500 réfugiés et migrants qui avaient réussi lundi à franchir cette frontière close depuis une semaine ont été renvoyés en Grèce, selon les autorités macédoniennes.

Ces renvois ont manifestement surpris la Grèce, dont le Premier ministre Alexis Tsipras a qualifié de "criminelle" l'attitude des personnes ayant orchestré la tentative de passage de lundi.

"Nous estimons qu'il est exclu que la route des Balkans rouvre", a-t-il prévenu, en appelant les quelque 12.000 réfugiés et migrants massés dans le camp de fortune d'Idomeni à en prendre acte.

Avec AFP

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