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Iran : Washington considère toutes les options selon les experts


L’Iran continue à défier le Conseil de Sécurité de l’Onu en enrichissant de l’uranium, un processus qui pourrait aboutir à la fabrication d’armes nucléaires. La communauté internationale tente de trouver les moyens d’arrêter ce processus, et le Conseil de sécurité pourrait bien envisager la prise de sanctions contre Téhéran quand il se réunira le 28 avril. La semaine dernière, le président iranien Ahmedinejad a annoncé au monde que son pays avait réussi à enrichir de l’uranium à l’usine de Natanz. L’Iran a toujours soutenu que son programme nucléaire n’était pas à des fins militaires, mais les Etats-Unis et l’Europe ne semblent pas impressionnés outre mesure par de telles assurances. Pour les experts, l’annonce des nouveaux développements à Natanz constitue un défi clair au Conseil de sécurité de l’Onu, et à son appel à l’Iran pour qu’il suspende toute activité d’enrichissement de l’uranium.

Simultanément, des articles parus dans la presse américaine ont conduit à un débat ici à Washington sur de prétendus préparatifs d’un éventuel recours à la force, y compris des frappes nucléaires américaines sur des usines nucléaires iraniennes. Qualifiant de tels articles de « pure oeuvre de fantaisie, » le président Bush a précisé: « Nous voulons trouver une solution diplomatique à cette question, et nous déployons de gros efforts à cette fin. » Le président n’en souligne pas moins qu’il n’exclut aucune option. Et, lors de son briefing du 13 avril, le porte parole de la Maison Blanche, Scott McCellan, a dit que M. Bush « est sceptique » quant à un éventuel règlement pacifique de la confrontation entre l’Iran et la communauté internationale.

Pour Joseph Cirincione du Conseil des relations extérieures, qui cite des sources au Pentagone, « de hauts responsables de l’administration ont déjà décidé qu’il fallait attaquer l’Iran, que l’objectif final, c’est le renversement du régime iranien. Pour eux, la question nucléaire pourrait n’être qu’un des problèmes à invoquer pour justifier une intervention militaire. » « A leurs yeux, poursuit Cirincione, il s’agit de continuer le processus de changement de régime qu’ils croient avoir commencé en Irak. Je ne pense pas qu’il y ait consensus à ce propos au sein de l’administration. Le débat se poursuit. Mais je ne vois aucun haut fonctionnaire qui milite énergiquement en faveur de la négociation. Et c’est ce qui m’inquiète, » conclut l’expert américain.

Un autre analyste, Paul Rogers de Bradford University, en Grande Bretagne, est encore plus précis: « On aurait probablement entre un et quatre jours de raids. Les premiers, sans doute les plus intenses, viseraient les systèmes de défense anti-aérienne ainsi que les sites nucléaires. » Selon M. Rogers, il faudrait s’attendre à des raids aériens, des tirs de missiles, dont des missiles de croisière, ainsi que l’utilisation des bombardiers du type B-2 Stealth ou avions fantômes pour éviter les risques de pertes d’avions.

Paul Rogers précise que pour détruire complètement le programme nucléaire iranien, il faudrait cibler plus que des bâtiments ou usines. Il faudrait, selon lui, essayer de tuer aussi le plus grand nombre possible de scientifiques, techniciens, ingénieurs et mathématiciens impliqués dans le programme. Les analystes militaires se demandent également si les Etats-Unis devraient utiliser ou non des armes nucléaires tactiques, le genre de bombes qui peuvent pénétrer les bunkers. C’est une possibilité examinée par les stratèges, mais cela ne signifie pas automatiquement que des armes nucléaires seront utilisées, disent plusieurs experts.

Ivan Oerlich de la Fédération des Scientifiques américains estime qu’il ne faudrait même pas envisager une telle éventualité. « On a toujours dit ‘eh bien, ne voulez-vous pas donner des options au président en temps de crise?’ Mais en réalité, il y a des options qu’on ne donne pas au président. Nous ne donnons pas au président l’option chimique. Nous avons déjà décidé que nous n’utiliserons pas d’armes chimiques. Nous ne donnons pas non plus au président l’option « armes biologiques ». C’est pourquoi je ne pense pas que l’on devrait donner l’option nucléaire au président - même si les préparatifs dont parle la presse sont seulement des hypothèses, ou ne sont que de simples exercices de routine, » a dit Ivan Oerlich. Une chose est cependant claire: les analystes s’accordent sur le fait que l’option militaire constitue le dernier recours, quand tout effort diplomatique aura échoué.

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