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Droits humains

Exécutions extrajudiciaires: l'ONU accuse les armées malienne et burkinabé

Des troupes de l'armée malienne patrouillent dans l'ancienne ville de Djenné, dans le centre du Mali, le 28 février 2020. (AP Photo)

Les forces de sécurité maliennes ont commis 94 exécutions extrajudiciaires entre le 1er avril et le 30 juin, a affirmé jeudi la Mission de l'ONU au Mali (Minusma). Elle accuse également l'armée burkinabé de 50 exécutions extrajudiciaires sur le territoire malien pendant la même période.

La division des droits de l'homme de la Minusma, dans sa note trimestrielle publiée jeudi, s'inquiète d'une "augmentation des violations graves des droits de l'homme imputables aux forces de sécurité maliennes".

L'ONU, qui avait déjà accusé début avril l'armée malienne d'exactions, a "documenté" 94 cas d'exécutions extrajudiciaires pour lesquels l'armée malienne est impliquée, "particulièrement" dans les cercles de Koro (Mopti) et de Niono (Ségou).

Les accusations d'exactions des forces de sécurité se sont multipliées ces derniers mois au Sahel. A plusieurs reprises, les partenaires internationaux des pays sahéliens ont réclamé enquêtes et sanctions.

Le Mali, avec qui l'ONU indique avoir "formellement partagé" cette note, a annoncé lors de précédentes accusations avoir lancé des enquêtes pour situer les responsabilités.

Dans le centre malien, l'armée a été la cible de nombreuses attaques par des éléments de groupes jihadistes (la dernière en date, dimanche dans le cercle de Niono, 5 morts). Alors, des opérations militaires "se sont parfois apparentées à des opérations de représailles contre les populations civiles" accusées de soutenir les jihadistes, selon l'ONU jeudi.

La Minusma se dit également "préoccupée" par la multiplication des "opérations conduites (par l'armée malienne) avec l'appui des chasseurs dozo".

Ces chasseurs traditionnels, réunis pour beaucoup sous la même bannière d'une milice officiellement dissoute mais qui continue d'opérer, ont été à plusieurs reprises accusés par le passé d'exactions.

Toujours dans le centre du Mali, l'ONU a documenté 50 cas d'exécutions extrajudiciaires commises "entre le 26 et le 28 mai" par l'armée burkinabé, "notamment dans le village de Boulkessi et les campements environnants", zone située à la frontière avec le Burkina Faso.

Cette région du centre du Mali, depuis l'apparition en 2015 d'un groupe jihadiste affilié à Al-Qaïda, connait une multiplication des violences jihadistes, de milices, intercommunautaires ou liés au brigandage, souvent entremêlées.

Les groupes jihadistes évoluant au Mali se sont eux rendus coupables, entre autres attaques contre des postes de contrôle et camps militaires, de 43 meurtres, 25 enlèvements, des attaques contre des écoles et des humanitaires entre avril et juin, selon l'ONU.

Egalement, six cas de violence sexuelle "imputables aux éléments armés extrémistes" ont été documentés par l'ONU dans le centre du Mali (cercle de Douentza).

Obsèques à Paris de la féministe franco-tunisienne Gisèle Halimi

Gisèle Halimi, le 14 september 2008 à la Fête de l'Humanité à Paris. L'avocate féministe franco-tunisienne est décédée le 28 juillet 2020 à l'âge de 93 ans. (Wikipedia-Oliver Tetard)

Les obsèques de l'avocate féministe Gisèle Halimi, décédée le 28 juillet à 93 ans, ont été célébrées jeudi à Paris en présence de centaines de personnes, au son de "l'Hymne des femmes". Une place sera baptisée de son nom à Tunis et à la Goulette, son lieu de naissance.

Un grand portrait souriant de la défunte a été exposé devant son cercueil, lors de cette cérémonie laïque organisé au crématorium du Père-Lachaise, où ses cendres reposeront aux côtés de celles de son mari.

Gisèle Halimi "fait partie de ces personnes assez rares qui nous réveillent", lui a rendu hommage l'écrivain Régis Debray, confiant avoir "compris grâce à elle" que le combat pour l'émancipation des femmes et celui pour l'émancipation des peuples ne faisaient qu'un. "Elle mérite de rester parmi nous comme un défi à toutes les convenances, les défis et les paresses", a-t-il estimé.

Outre deux de ses trois fils, plusieurs personnalités se sont succédé pour évoquer la mémoire de cette inlassable combattante pour les droits des femmes, avocate engagée et figure de la cause anticoloniale, ancienne députée et autrice. Parmi elles, l'ambassadeur d'Algérie Salah Lebdioui et des militantes de l'association "Choisir la cause des femmes" qu'elle a fondée avec Simone de Beauvoir en 1971.

Née Gisèle Taïeb le 27 juillet 1927 dans une famille modeste à La Goulette, banlieue cosmopolite de la capitale tunisienne où elle a grandi, elle sera témoin, enfant, le 9 avril 1938, de la répression sanglante à Tunis d'une manifestation favorable à l'émancipation des Tunisiens, un épisode qui la marquera durablement. Elle deviendra ainsi plus tard une des avocates de la cause anticoloniale.

Gisèle Halimi est aussi connue pour avoir défendu en 1960 Djamila Boupacha, militante du Front algérien de libération nationale (FLN, indépendantiste) accusée d'avoir déposé une bombe à Alger, qui a été violée et torturée par des militaires français pour lui arracher des aveux.

La petite-fille de Djamila Boupacha a lu jeudi un message émouvant de sa grand-mère: "tu n'as pas seulement été mon avocate, mais une grande soeur".

Le président tunisien Kais Saied a transmis un message de sympathie, dans lequel il a évoqué notamment le lien "ombilical" de Gisèle Halimi avec son pays natal. Une place sera baptisée de son nom à Tunis ou à la Goulette, a précisé une diplomate tunisienne, présente à la cérémonie.

Le cercueil est sorti du crématorium sous les acclamations des proches et des anonymes, qui ont crié "merci" et même "Gisèle Halimi au Panthéon!".

L'Egypte ouvre une enquête sur des allégations de viol dans un palace du Caire

Un groupe de jeunes hommes égyptiens lançant des commentaires sexistes au passage de filles dans la rue au Caire, en Égypte, le 15 juin 2018. Le harcèlement sexuel et sexiste est courant dans le pays. (Hamada Elrasam/VOA).

Le parquet égyptien a annoncé l'ouverture d'une enquête sur des allégations de viol collectif dans un grand hôtel du Caire en 2014, apparues sur les réseaux sociaux le mois dernier.

Le parquet a indiqué dans un communiqué avoir "reçu une lettre du Conseil national des femmes, accompagnée d'une plainte déposée par une des femmes qui ont subi des agressions sexuelles de la part de plusieurs personnes au Fairmont Nile City Hotel du Caire en 2014".

Le communiqué fait aussi état de "témoignages de la part de personnes ayant connaissance" de cette affaire. Les résultats de l'enquête seront rendus publics "en temps voulu".

Une allégation de viol en réunion dans un hôtel cinq étoiles au Caire, apparue sur un compte très suivi sur les réseaux sociaux, a provoqué une nouvelle déferlante #MeToo en Egypte, pays très conservateur.

L'agression présumée a eu lieu en 2014 dans cet établissement, où un groupe de six hommes ont drogué et violé plusieurs victimes, selon le compte Assault Police.

Les noms et photos des mis en cause, tous issus de familles aisées, ont circulé en ligne. Le Fairmont Hotel a affirmé la semaine dernière avoir enquêté sur ces accusations.

"Nous pouvons confirmer qu'il n'a jamais été fait état de cet incident auprès de l'hôtel ou de la police du Tourisme", a affirmé Yara ElDouky, directrice de communication du Fairmont, ajoutant que le personnel se tenait à la disposition des enquêteurs.

Les violences en RDC ont fait plus de 1.300 morts au 1er semestre 2020

Un soldat armé du groupe rebelle UPC de la RDC monte la garde lors d'un rassemblement organisé par le chef rebelle Thomas Lubanga dans un village où se sont réfugiés les victimes des conflits Lundu-Hema, le 5 juin 2003. REUTERS / Antony Njuguna AN /

Plus de 1.300 personnes ont été tuées au premier semestre 2020 par des groupes armés en République démocratique du Congo. Ce chiffre est trois fois supérieur à celui de 2019 sur la même période, selon un rapport publié mercredi par les Nations unies.

Entre janvier et juin 2020, "les combattants de tous les groupes armés confondus (...) ont été responsables des exécutions sommaires d'au moins 1.315 personnes, dont 267 femmes et 165 enfants", a écrit le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l'homme (BCNUDH).

Ce bilan est "plus de trois fois le nombre enregistré au premier semestre 2019", qui était alors de 416.

Cette explosion est "indicative d'une détérioration de la situation des droits de l'homme dans les provinces en conflit, en particulier l'Ituri, le Sud-Kivu, le Tanganyika et le Nord-Kivu", a jugé le BCNUDH.

La façade orientale de la RDC est infestée depuis près de trois décennies par des dizaines de groupes armés.

Depuis décembre 2017, la région aurifère de l'Ituri a notamment renoué avec des violences évoquant un "crime contre l'humanité" d'après les Nations unies, avec des dizaines de milliers de civils déplacés.

Le conflit oppose deux communautés pour le contrôle des terres: les Lendu, majoritairement agriculteurs, et les Hema, éleveurs et commerçants.

Entre 1999 et 2003, un conflit entre ces deux groupes avait déjà fait plusieurs dizaines de milliers de victimes jusqu'à l'intervention d'une force européenne.

Comme en Ituri, les civils sont pris en étau dans des conflits qui les dépassent dans les provinces du Nord et Sud-Kivu (est) mais aussi dans celle de Tanganyika (sud-est).

Fin octobre 2019, l'armée a lancé des opérations contre tous les groupes armés dans la partie est du pays. Malgré ces offensives, les massacres des civils n'ont pas cessé.

Le rapport du BCNUDH note par ailleurs que "le nombre de violations commises par des agents de l'État a légèrement diminué (-3%)" pendant les six premiers mois de 2020.

Ces agents sont toutefois accusés d'avoir "été responsables des exécutions extrajudiciaires d'au moins 225 personnes, dont 33 femmes et 18 enfants, sur l'ensemble du territoire de la RDC", selon le document.

Des milliers de femmes manifestent contre les violences sexistes en Turquie

Manifestation de femmes turques pour empêcher le gouvernement de se retirer de la Convention d'Istambul de 2012 sur la lutte contre les violences sexistes. (Photo Murat Karabulut/VOA)

Plusieurs milliers de femmes ont manifesté mercredi à travers la Turquie pour demander au gouvernement de Recep Tayyip Erdogan de ne pas se retirer d'un traité international visant à lutter contre les violences domestiques, alors que les fémicides ont presque triplé dans le pays depuis 2010.

A Istanbul, elles étaient plusieurs centaines à s'être rassemblées en brandissant des pancartes proclamant que "les femmes ne pardonneront aucune violence", ou d'autres sur lesquelles étaient inscrits les noms de femmes tuées par des hommes.

"Ils sont en train d'attaquer les droits que les femmes ont gagnés en luttant. Mais nous sommes dans la rue, sur les places pour défendre nos droits. Nous ne lâcherons rien", a déclaré une manifestante, Sinem Ozkan, 31 ans.

D'autres rassemblements ont eu lieu dans les principales villes du pays, comme Ankara et Izmir, où une dizaine de manifestantes ont été interpellées par la police, selon l'association Femmes solidaires NAR.

Cette mobilisation vise à soutenir la Convention d'Istanbul, un traité adopté par en 2011 par le Conseil de l'Europe (qui rassemble 47 pays dont la Turquie) qui fixe des normes juridiquement contraignantes en vue de prévenir la violence sexiste.

Depuis plusieurs semaines, des associations et médias conservateurs exhortent M. Erdogan à retirer la Turquie de ce traité, estimant notamment qu'il "nuit aux valeurs familiales" et "banalise l'homosexualité".

Des responsables du parti islamo-conservateur de M. Erdogan, l'AKP, ont évoqué la possibilité d'un retrait, suscitant l'inquiétude de nombreuses associations. L'AKP doit prendre une décision la semaine prochaine, selon les médias.

Pour les militants des droits humains, un retrait de la Convention d'Istanbul affaiblirait la lutte contre les violences domestiques.

Ils accusent en outre les autorités de ne pas appliquer avec assez de fermeté les lois votées après la ratification du traité en 2012, ce qui explique selon elles la hausse du nombre de fémicides ces dernières années.

Selon la plateforme "Nous mettrons fin aux féminicides", 474 femmes ont été tuées en Turquie en 2019, contre 440 en 2018 et 180 en 2010.

"Toutes les femmes turques, sans distinction politique, ont besoin de cette convention", estime Benazir Coskun, 31 ans, venue manifester à Istanbul. "Nous sommes convaincues que si les femmes sont unies, nous parviendrons à empêcher ce retrait".

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