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Incertitude sur l'intérim de Bouteflika

L' ex-président algérien Abdelaziz Bouteflika à Zeralda, le 10 avril 2016.

Qui assurera l'intérim du président démissionnaire Abdelaziz Bouteflika en Algérie ? Le Parlement doit entériner le processus mardi, mais le remplaçant désigné par la Constitution, Abdelkader Bensalah, incarnation d'un "système" dont les Algériens veulent se débarrasser, devrait passer la main.

Après plus d'un mois de contestation massive et inédite à travers ce pays d'Afrique du Nord, M. Bouteflika a finalement démissionné le 2 avril sous la pression conjuguée de la rue et de l'armée qui a menacé de ne plus reconnaître son autorité.

Agé de 82 ans, affaibli par un accident vasculaire cérébral depuis 2013, M. Bouteflika était chef de l'Etat depuis 20 ans, mais son souhait de briguer un cinquième mandat à la présidentielle prévue en avril a provoqué de gigantesques manifestations.

Une semaine après sa démission, les parlementaires de l'Assemblée populaire nationale (APN, chambre basse) et du Conseil de la Nation (chambre haute) sont convoqués ensemble mardi matin pour acter la "vacance" à la tête de l'Etat.

Ils doivent ensuite charger, conformément à la Constitution, le président de la chambre haute, poste occupé actuellement par M. Bensalah, d'assurer l'intérim à la tête de l'Etat pendant 90 jours.

- Hommes du système contestés -

Mais vendredi --premier jour de manifestations hebdomadaires depuis l'annonce du départ de M. Bouteflika--, les Algériens ont à nouveau défilé en masse pour exiger que soient exclus du processus de transition les hommes-clés de l'appareil mis en place par ce dernier.

Un trio a été particulièrement visé: M. Bensalah, le président du Conseil constitutionnel Tayeb Belaïz et le Premier ministre Noureddine Bedoui.

Le Mouvement de la société pour la paix (MSP, 34 députés sur 462), principal parti islamiste et longtemps soutien du camp Bouteflika avant de rompre en 2012, a indiqué qu'il boycotterait mardi la session parlementaire, refusant de "valider la désignation d'Abdelkader Bensalah comme chef de l'Etat par intérim" car "contraire aux revendications du peuple".

L'appel des manifestants semble avoir été entendu, puisque dimanche, l'éditorial du quotidien gouvernemental El Moudjahid, traditionnel vecteur de messages du pouvoir en Algérie, a suggéré d'écarter M. Bensalah de la présidence par intérim en lui trouvant un remplaçant pour présider la Chambre haute.

"Il faudrait trouver le plus tôt possible une solution à la question de la présidence du Conseil de la Nation, du moment que l'actuelle figure ne semble pas être tolérée par le mouvement citoyen", a prôné El Moudjahid.

Le journal a suggéré de trouver "un homme consensuel qui ait l'étoffe et le sens de l'Etat", mais sans s'avancer sur un nom.

Problème: le chef d'état-major de l'armée, le général Ahmed Gaïd Salah, de facto le nouvel homme fort du pays, exige que la succession de M. Bouteflika se fasse dans le strict cadre de la Constitution.

Celle-ci prévoit que le président du Conseil de la Nation transmette le pouvoir avant l'expiration du délai de 90 jours à un nouveau chef de l'Etat élu lors d'une présidentielle.

Le mouvement de contestation réclame lui de sortir de ce cadre pour mettre sur pied des institutions de transition permettant d'engager des réformes profondes et d'organiser des élections libres.

En cas de retrait, de plus en plus probable, de M. Bensalah, ce serait son successeur à la tête du Conseil de la Nation qui prendra l'intérim.

- "Vrai problème" –

Mais "lui ou toute autre personne issue du Conseil de la Nation sera rejetée par la rue", souligne Rachid Grim, enseignant en Sciences politiques à l'Institut supérieur de gestion et de planification (ISGP) d'Alger, interrogé par l'AFP.

Si la présidence de la chambre haute était laissée vacante, la Constitution charge alors de l'intérim le président du Conseil constitutionnel, M. Belaiz, autre personnalité honnie par les manifestants.

"C'est là où il y a un vrai problème. L'armée tient à ce que cela (la transition) se fasse à l'intérieur de la Constitution et la rue veut que cela se fasse à l'extérieur de la Constitution. Si l'armée n'assouplit pas sa position, on va vers la rupture et la rue est difficile à maîtriser", s'inquiète M. Grim.

Lundi, l'éditorial d'El Moudjahid, passé au rythme des événements la semaine dernière de porte-voix de la présidence à celui de l'armée, a répété que la "réussite de la transition nécessite un passage en douceur, graduel, sans heurt, de l'actuel système à un système nouveau (...) afin d'éviter tout dérapage".

Le journal a toutefois évoqué une piste de compromis avec la création d'"une commission indépendante" qui serait chargée de tout le processus électoral.

"L'Armée nationale populaire ne tient pas du tout à jouer un quelconque rôle politique" dans la transition, souligne aussi le quotidien d'Etat.

Les manifestations persistent en Algérie

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Bouteflika parti, les Algériens dans la rue pour maintenir la pression

Manifestations à Alger le 2 avril 2019.

Une foule immense envahit de nouveau le centre d'Alger vendredi, le premier depuis le départ du président Abdelaziz Bouteflika après plus d'un mois de contestation, pour dire désormais leur refus de toute implication de ses anciens fidèles dans la transition politique.

Confronté à une contestation populaire inédite déclenchée le 22 février, M. Bouteflika, 82 ans et très affaibli depuis un AVC en 2013, a démissionné mardi après 20 ans passés au pouvoir.

Déterminés à se débarrasser du "système", les Algériens sont à nouveau descendus en nombre dans la rue, pour le septième vendredi consécutif.

D'imposants cortèges défilent aussi à Oran et Constantine, 2e et 3e villes du pays, ainsi qu'à Batna(300 km au sud-est d'Alger), selon des images de la télévision nationale.

Plusieurs médias privés font état d'une très forte mobilisation à Tizi-Ouzou, Béjaïa et Bouira, les principales villes de la région de Kabylie, à l'est d'Alger, mais aussi à Chlef, Sétif, Tlemcen ou M'sila, notamment.

"On ne pardonnera pas !", scandent notamment les manifestants, en référence à la lettre d'adieu mercredi du chef de l'Etat, dans laquelle il a demandé pardon aux Algériens.

Arrivé tôt le matin de Boumerdès près d'Alger, Said Wafi, 42 ans, employé d'une banque publique, voulait "être le premier manifestant contre le système. Le départ de Bouteflika ne veut rien dire si ses hommes continuent à gérer le pays".

"Bouteflika était très malade, il ne gouvernait pas en réalité et rien ne changera s'il part seul et laisse ses hommes", renchérit Samir Ouzine, un étudiant de 19 ans.

Avec sa démission, le néologisme "vendredire", inventé par les contestataires et signifiant "manifester joyeusement", a acquis sur les réseaux sociaux, un sens supplémentaire: "faire chuter un régime dictatorial pacifiquement".

Les manifestations continuent en Algérie malgré le départ de Bouteflika

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Bouteflika parti, les Algériens dans la rue pour un 7e vendredi consécutif

Récentes manifestations dans les rues d'Alger, le 26 mars 2019.

La démission d'Abdelaziz Bouteflika, arrachée dans la semaine, n'est qu'une "demi-victoire" pour les Algériens qui entendent manifester à nouveau en masse pour un septième vendredi consécutif.

Les algériens veulent notamment chasser le "système" du pouvoir et empêcher les anciens fidèles du président déchu de gérer la transition.

Sur les réseaux sociaux, depuis le départ de M. Bouteflika, le néologisme "vendredire", inventé par les contestataires et signifiant "manifester joyeusement", a acquis un sens supplémentaire: "faire chuter un régime dictatorial pacifiquement".

Les appels à "vendredire" n'y ont pas pour autant cessé avec un nouveau mot d'ordre: chasser les "3B", Abdelkader Bensalah, Tayeb Belaiz et Noureddine Bedoui, trois hommes-clés de l'appareil mis en place par Bouteflika et à qui la Constitution confie les rênes du processus d'intérim.

Président depuis plus de 16 ans du Conseil de la Nation (chambre haute) par la grâce de M. Bouteflika, Abdelkader Bensalah est chargé de le remplacer pour trois mois à la tête de l'Etat, le temps d'organiser une présidentielle.

Tayeb Belaiz, qui fut 16 ans ministre, quasiment sans interruption, préside --pour la deuxième fois de sa carrière-- le Conseil constitutionnel, chargé de contrôler la régularité du scrutin.

Le Premier ministre Noureddine Bedoui était jusqu'à sa nomination le 11 mars le très zélé ministre de l'Intérieur, "ingénieur en chef de la fraude électorale et ennemi des libertés", comme le qualifie le quotidien francophone El Watan jeudi.

- "Phase la plus délicate" -

Tous trois ont toujours servi fidèlement M. Bouteflika, rappellent leurs détracteurs.

"Notre victoire est partielle. Les Algériennes et les Algériens n'accepteront pas que des symboles du régime tels qu'Abdelkader Bensalah (...) ou le Premier ministre conduisent la période d'intérim et organisent les prochaines élections", a souligné dans une vidéo postée en ligne l'avocat Mustapha Bouchachi, une des voix de la contestation.

"Ces symboles du régime ne peuvent pas être une partie de la solution, et nous avons réclamé depuis le 22 février que tout le système, ses symboles et ses clientèles partent. La démission du président ne signifie pas qu'on a eu réellement gain de cause", a-t-il poursuivi.

Me Bouchachi a appelé les Algériens à "continuer" à manifester "jusqu'à leur départ à tous" ajoutant que "vendredi doit être un grand jour".

Jeudi, les bureaux des deux chambres du Parlement se sont réunis pour organiser la session parlementaire prévue par la Constitution dans la cadre de la mise en place de l'intérim. Mais aucune date n'était toujours fixée, plus de 48 heures après la démission du chef de l'Etat.

"S'en tenir à la Constitution" et confier l'intérim et l'organisation des élections à des hommes incarnant le système déchu, "va probablement susciter pas mal de protestations, les contestataires doutant que les élections soient équitables (...) et libres", estime Isabelle Werenfels, chercheuse associée à l'Institut allemand pour les Affaires internationales et de Sécurité (SWP).

Les contestataires réclament à la place la mise sur pied d'institutions de transition, à même de réformer le pays et d'organiser notamment un cadre juridique garantissant des élections libres.

Conscient, le gouvernement donne des gages. Il a notamment enjoint les citoyens à créer des partis et des associations, les invitant même à prendre rendez-vous par téléphone au ministère de l'Intérieur, quand ces mêmes partis et associations peinaient auparavant à obtenir les agréments indispensables.

"L'après Bouteflika n'est pas clair. La rue et les partis" d'opposition "appellent à une nouvelle Constitution, une nouvelle loi électorale", souligne Hamza Meddeb, chercheur sur le Moyen-Orient à l'Institut universitaire européen (EUI) de Florence.

L'Algérie entre dans "la phase la plus délicate, car la rue et les institutions risquent de se diviser", estime-t-il.

Grand vainqueur de son bras de fer avec l'entourage de Bouteflika, qu'il a contraint in fine à quitter le pouvoir, le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée, apparaît comme l'homme fort du pays actuellement.

- "Epreuve de la rue" -

Mais, souligne Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen à Genève, "la rue algérienne est devenue le nouvel acteur dans la vie politique algérienne" et "on ne connaît pas grand-chose des intentions de l'armée concernant la gestion de l'après Bouteflika".

D'autant que le général Gaïd Salah est lui aussi largement perçu par les manifestants comme un homme du "système" Bouteflika qu'il a fidèlement servi depuis sa nomination par le président à la tête de l'armée en 2004, avant de le lâcher ces derniers jours.

Avec AFP

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