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Nigeria

Boko Haram ordonne aux populations de quitter leur foyer selon l'armée

Des Nigériens se déplacent vers un abri, le 25 mai 2015.

Les combattants du groupe jihadiste Boko Haram forcent les civils à quitter leurs foyers dans le nord-est du Nigeria, a affirmé jeudi l'armée nigériane, dans un contexte de recrudescence des violences.

Le porte-parole de l'armée Onyema Nwachukwu a dit dans un communiqué avoir des "informations crédibles" selon lesquelles les jihadistes ont "infiltré des villages" aux alentours de la capitale de l'Etat du Borno, Maiduguri.

"Ils menacent des habitants innocents et les mettent en garde de quitter leurs maisons", affirme l'armée.

Mercredi, les Nations Unies ont révélé que plus de 30.000 personnes étaient venues se réfugier à Maiduguri, fuyant les violences entre l'armée et Boko Haram dans la région de Baga et Monguno.

Cette annonce est un camouflet pour le gouvernement nigérian et l'armée, qui ne cessent de répéter que la situation est sous contrôle dans la région du Lac Tchad, malgré des attaques constantes contre les bases militaires, qui ont fait des dizaines voire des centaines de morts parmi les soldats.

Un membre des milices civiles, qui combattent Boko Haram aux côtés de l'armée, a expliqué à l'AFP que les combattants avaient prévenu les civils d'une attaque sur le village de Jakana, ainsi qu'à Mainok, sur la route entre Maiduguri et Damaturu (Etat de Yobe).

Les civils du nord-est du Nigeria sont au coeur d'un conflit qui a fait 27.000 morts depuis 2009, et pris en étau entre les insurgés et l'armée, souvent accusée de commettre des exactions et violations des droits de l'Homme.

Dans son communiqué, le porte-parole insiste d'ailleurs sur le fait que toute personne ne donnant pas d'informations sur les mouvements des combattants "sera considérée elle-même comme +terroriste+".

L'ONU estime que plus de 1,7 millions de personnes ne peuvent toujours pas regagner leur foyer, la grande majorité d'entre elles vivant dans des camps de déplacés et dépendant exclusivement de l'assistance humanitaire pour leur survie.

Plus de 30.000 personnes ont fui en trois semaines après des attaques de Boko Haram

Une procession funéraire d'un des agriculteurs tués par les militants de Boko Haram à Kalle, un village reculé situé à 17 km de la capitale Maiduguri, le 20 octobre 2018.

Plus de 30.000 personnes se sont réfugiées à Maiduguri, capitale de l'Etat du Borno, dans le nord-est du Nigeria, depuis le 20 décembre, à la suite d'une recrudescence des combats entre l'armée nigériane et le groupe jihadiste Boko Haram, ont annoncé mercredi les Nations unies.

"Plus de 30.000 déplacés sont arrivés à Maiduguri ces dernières semaines, majoritairement de Baga", ville dont Boko Haram a temporairement pris le contrôle, a révélé l'ONU dans un communiqué, parlant d'une "tragédie humanitaire", alors que les chiffres officiels donnaient jusqu'à présent seulement quelques milliers de déplacés.

"Les Nations unies sont extrêmement inquiètes des conséquences des violences sur les populations civiles, dans le nord-est du Nigeria, particulièrement dans l'Etat du Borno", coeur du conflit qui ravage le pays depuis près de dix ans, a dénoncé Edward Kallon, coordinateur de l'ONU pour le Nigeria, après une visite dans les camps.

"Quelque 260 travailleurs humanitaires ont été obligés de quitter les districts de Monguno, Kala/Balge et Kukawa, zones affectées par le conflit depuis novembre, mettant en péril l'assistance humanitaires pour des centaines de milliers de personnes", a regretté M. Kallon.

On estime qu'1,8 million de personnes ne peuvent toujours pas regagner leur foyer dans la région du Lac Tchad. Le conflit a fait plus de 27.000 morts depuis 2009.

Le président nigérian Muhammadu Buhari, qui avait régulièrement affirmé depuis décembre 2015 que l'insurrection jihadiste était "techniquement vaincue", a reconnu lundi que l'armée essuyait des revers dans sa lutte contre Boko Haram.

Les insurgés multiplient leurs attaques depuis six mois, notamment contre les bases militaires, et ont tué des dizaines, voire des centaines de soldats. Les militaires nigérians ont récemment posté de nombreuses vidéos sur les réseaux sociaux se plaignant de leur très mauvaises conditions de vie et de leur équipement hors d'usage.

- Camouflet -

La prise temporaire de la ville de Baga le 27 décembre est une nouvelle démonstration de force: en quelques heures, les assaillants ont mis en déroute les 500 à 600 soldats de la Force multinationale mixte (MNJTF), composée d'unités du Nigeria, du Niger, du Tchad et du Cameroun.

Mardi, le gouverneur de l'Etat du Borno s'est rendu à Monguno où, théâtralement, il a pleuré sur les victimes du conflit implorant de l'aide au gouvernement fédéral.

Le président Muhammadu Buhari, ancien général qui est candidat à sa propre succession pour les élections générales du 16 février prochain, avait été élu en 2015 sur la promesse d'éradiquer le groupe jihadiste et cette récente recrudescence des attaques est un sévère camouflet pour le chef de l'Etat qui est également chef des armées.

Dimanche l'armée a envahi les bureaux de Maiduguri du Daily Trust, un journal local, et ont arrêté deux journalistes, qu'ils accusent d'avoir révélé des informations confidentielles, avant de les relâcher plusieurs heures plus tard.

Au même moment, "des soldats armés ont fait une descente" dans le siège du Daily Trust d'Abuja, ainsi qu'au bureau de Lagos selon des sources au sein de la rédaction, où des téléphones portables et des ordinateurs ont été saisis.

Le porte-parole de l'armée, le général Sani Usman, a déclaré que le quotidien "avait divulgué des informations militaires classifiées, portant ainsi atteinte à la sécurité nationale", ayant révélé l'attaque "imminente" de l'armée sur Baga.

Le Daily Trust avait publié une longue enquête sur les conditions de vie déplorables des soldats il y a plusieurs semaines et est dans le collimateur des autorités.

Le gouvernement n'est "pas sur le point de bâillonner la presse", a déclaré à la presse le ministre de l'information, Lai Mohammed mardi.

"Mais les médias doivent faire preuve de retenue et de plus de responsabilité dans la couverture de l'insurrection", a-t-il souligné, en guise d'avertissement.

Mi-décembre, l'armée a suspendu les opérations de l'UNICEF, organisation onusienne présente dans le nord-est auprès des populations déplacées, les accusant d'espionnage. Le gouvernement avait réagi, et demandé à rétablir les opérations quelques heures plus tard.

Quelques jours plus tard, l'armée a demandé la fermeture des bureaux de l'ONG Amnesty International, organe de surveillance des droits de l'Homme qui dénonce les exactions des services de sécurité nigérians, ce que le gouvernement a rejeté, mais se disant toutefois "très préoccupé du rôle que joue Amnesty dans la guerre contre la terreur au Nigeria".

Boko Haram : le Nigeria appelle les médias à la "retenue"

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Deux journalistes interpellés pour des articles liés à Boko Haram

Maisons incendiées par Boko Haram dans le village de Maiborti, à la périphérie de Maiduguri, dans le nord-est du Nigéria, le 17 décembre 2018.

Les forces de sécurité ont arrêté dimanche deux journalistes à Maiduguri, dans le nord-est du Nigeria, pour des articles sur l'insurrection jihadiste de Boko Haram, ont déclaré à l'AFP des sources au sein de leur rédaction.

Ces sources ont également évoqué des descentes de "soldats armés" dans les bureaux de leur journal, le Daily Trust, à Abuja et à Lagos.

Une équipe composée d'agents des services de renseignement, de soldats et de paramilitaires ont effectué une descente dans le bureau local du quotidien et interpellé son rédacteur en chef, Uthman Abubakar, et un journaliste, Ibrahim Sawab.

Ils ont saisi les ordinateurs portables et les téléphones portables des deux journalistes lors de leur arrestation, ont dit à l'AFP des sources au siège du journal à Abuja, la capitale du Nigeria.

"Les services de sécurité ont effectué une descente dans notre bureau régional de Maiduguri et ont arrêté deux de nos journalistes et saisi des ordinateurs portables et des téléphones portables", a déclaré une source au sein du Daily Trust.

Dans la soirée, "des soldats armés ont fait une descente à notre siège", dans le disctrict d'Utako à Abuja, ainsi qu'au bureau de Lagos selon des sources au sein de la rédaction.

"Ils ont fait irruption dans la salle de rédaction au troisième étage et ont saisi des ordinateurs et portables avant d'ordonner à tout le monde d'évacuer le bâtiment", a confié l'une d'elles.

"Ils ont fermé l'immeuble. Cela signifie que nous ne serons pas dans les kiosques demain pour la première fois en 20 ans", a-t-elle ajouté.

Selon un autre journaliste s'exprimant sous couvert de l'anonymat, "le raid est une réponse à notre couverture d'aujourd'hui (dimanche), qui racontait les préparatifs de l'armée pour reprendre le contrôle de la ville de Baga (nord-est) dont Boko Haram s'est emparé la semaine dernière".

A Maiduguri, "ils sont venus chercher notre journaliste, Hamza Idris, qui a écrit le reportage, mais ils ne l'ont pas trouvé, alors ils ont arrêté les deux journalistes" qui se trouvaient sur place, a confirmé la première source.

Contactés par l'AFP, les porte-parole de la Défense et de l'armée n'étaient pas disponibles dans l'immédiat pour commenter ces informations.

La veille du Nouvel An, le Daily Trust avait déjà publié un article sur la prise de contrôle par Boko Haram de six localités dans l'Etat du Borno, dont Baga, contestant les affirmations de l'armée selon lesquelles les jihadistes ne contrôlaient aucun territoire de la région.

Cette offensive s'inscrivait dans le cadre d'une série d'attaques, Boko Haram ayant intensifié ses raids contre des objectifs militaires depuis six mois, obligeant souvent les soldats à battre en retraite.

A la suite de la diffusion de ces informations, l'armée a publié un communiqué, menaçant de prendre des mesures contre "les éléments peu scrupuleux" et des "informations erronées (diffusés) par une partie des médias".

Les autorités prennent régulièrement des sanctions contre des journalistes et les organes de presse au Nigeria.

Un raid similaire de l'armée avait eu lieu dans le même journal en 2013 après un article sur l'insurrection jihadiste ayant déplu aux autorités.

En juin 2014, des soldats avaient saisi des journaux et des fourgons de livraison du Daily Trust et de trois autres médias après avoir reçu des informations selon lesquelles "ils présentaient l'armée nigériane était sous un mauvais jour".

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