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Protestations contre un décret controversé en Turquie


Le président turc Tayyip Erdogan à Istanbul, le 15 décembre 2017.

Des avocats et responsables politiques turcs ont protesté lundi contre un décret-loi publié la veille accordant une immunité judiciaire aux civils ayant affronté les putschistes lors de la tentative de coup d'Etat du 15 juillet 2016.

Le texte controversé, paru dimanche au Journal officiel, met à l'abri de poursuites judiciaires les civils ayant agi pour déjouer un "putsch", ainsi que les événements s'inscrivant dans leur "prolongement".

Si le décret-loi ne mentionne pas spécifiquement la tentative de putsch de 2016, le gouvernement turc a assuré qu'il ne s'appliquerait qu'à cet événement.

Cette mesure suscite l'inquiétude d'opposants politiques et d'avocats qui estiment qu'elle pourrait favoriser un sentiment d'impunité et ouvrir la voie à des violences extrajudicaires contre des personnes accusées d'être liées au putsch manqué l'an dernier.

Le prédécesseur du président Recep Tayyip Erdogan, Abdullah Gül, a même émis une rare critique contre l'"ambiguïté" de ce décret-loi qu'il a qualifiée de "préoccupante".

"J'espère qu'il (le texte) sera réexaminé afin d'éviter que ne se produisent à l'avenir des développements susceptibles de tous nous attrister", a-t-il ajouté sur Twitter.

Le président de l'Union des barreaux de Turquie, Metin Feyzioglu, s'est dit "horrifié" à la lecture du décret-loi. "Les gens vont commencer à tirer dans la tête d'autres gens dans la rue (...) Qu'avez-vous fait ?", s'est-il exclamé.

"Cherchez-vous à pousser la Turquie dans un brasier ?", a renchéri le porte-parole du principal parti d'opposition turc (CHP, social-démocrate), Bülent Tezcan, ajoutant que sa formation saisirait la Cour constitutionnelle pour demander l'abrogation du décret-loi.

Devant cette levée de boucliers, le ministre de la Justice Abdulhamit Gül a affirmé que la mesure ne concernerait "que les actes visant à empêcher" la tentative de putsch du 15 au 16 juillet 2016.

"Si un concitoyen a commis des actes de torture contre une autre personne (...) en dehors de la tentative de coup, il sera jugé", a-t-il ajouté.

Environ 250 personnes, hors putschistes, ont été tuées lors de la tentative de coup, imputée par Ankara aux partisans du prédicateur Fethullah Gülen. Celui dernier dément toute implication.

Le coup de force a été mis en échec par des membres des forces de sécurité loyalistes, mais aussi par des milliers de civils descendus dans les rues à l'appel de M. Erdogan pour affronter les putschistes.

Le décret-loi publié dimanche a été pris dans le cadre de l'état d'urgence en vigueur depuis le putsch avorté.

Avec AFP

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