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Soumaïla Cissé convaincu de pouvoir renverser la tendance au second tour au Mali


Le candidat de l'opposition au second tour de la présidentielle au Mali, Soumaïla Cissé, a appelé les candidats battus à former autour de lui un "large front démocratique" contre le président sortant Ibrahim Boubacar Keïta, au Mali, 3 août 2018. (Twitter/
Le candidat de l'opposition au second tour de la présidentielle au Mali, Soumaïla Cissé, a appelé les candidats battus à former autour de lui un "large front démocratique" contre le président sortant Ibrahim Boubacar Keïta, au Mali, 3 août 2018. (Twitter/

Le chef de l'opposition au Mali, Soumaïla Cissé, s'accroche à son rêve de couronner une brillante carrière politique en remportant dimanche le second tour de l'élection présidentielle, avertissant qu'une victoire du favori, le président sortant Ibrahim Boubacar Keïta, plongerait le pays dans "le chaos et l'abîme".

"Continuer sur la voie qu'ont empruntée ceux qui avaient la lourde responsabilité de présider aux destinées de notre pays nous précipiterait davantage vers le chaos et l'abîme, toutes choses que je ne puis me résoudre à accepter en votre nom !", a-t-il lancé vendredi, paraphrasant le général De Gaulle, au dernier jour d'une campagne d'entre-deux tours au climat pesant.

Combatif, l'ancien ministre de 68 ans n'a eu de cesse de dénoncer la "fraude" survenue lors du premier tour, le 29 juillet, qualifiant de "ni sincères, ni crédibles" les résultats lui attribuant 17,78% des suffrages, pour 41,70% à M. Keïta.

"Je suis convaincu de pouvoir renverser la tendance", affirme-t-il, en appelant à la "mobilisation massive" des électeurs.

Ses efforts pour faire invalider ces résultats ont fait chou blanc devant la Cour constitutionnelle. Surtout, il n'a pas su unir l'opposition, dont les autres ténors ont refusé de donner la moindre consigne de vote ou choisi de rallier le camp du président sortant qui, à 73 ans, semble en position de force pour décrocher un second mandat de cinq ans.

Peu charismatique, Soumaïla Cissé défend un programme se fondant notamment sur "la restauration de l'autorité de l'Etat" et "l'instauration d'un véritable dialogue entre les Maliens", dans un pays toujours confronté à la menace jihadiste et aux violences ethniques. Mais il se départit rarement d'un ton professoral.

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Cet intellectuel plutôt débonnaire, qui veut rendre leur "fierté" aux Maliens, entend aussi "réduire le train de vie de l'Etat" en supprimant voyages et réunions inutiles.

Et il promet la suppression de la vignette sur les motos et de taxes sur le bétail, contre-productives selon lui, ou encore s'engage à faciliter l'obtention du visa d'entrée en Chine pour les opérateurs économiques maliens.

- "Pas de leçon à recevoir" -

"Il y a, c'est vrai, le complexe de l'intellectuel. Mais j'ai milité très tôt. Je ne reste pas assis dans un bureau. Pour la démocratie au Mali en 1991, j'étais là. En 2012, lorsqu'un putsch a interrompu le processus démocratique, j'étais là aussi. Je n'ai pas de leçons de militantisme à recevoir de grand monde", avait-il déjà dit à l'AFP.

Farouche opposant au putsch du 22 mars 2012 qui a plongé son pays dans le chaos, il avait été brutalement arrêté par les hommes du capitaine Amadou Haya Sanogo. Blessé lors de cette arrestation, à son domicile de Bamako, qui a été saccagé, il a dû aller se faire soigner en France.

Cet homme élégant d'1,75 m environ est originaire de la ville de Niafounké, dans la région de Tombouctou, dans le vaste Nord malien tombé en 2012 sous la coupe des jihadistes, mais il est marié depuis 40 ans à Astan Traoré, issue d'une famille de notables du Sud.

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Après des études brillantes, Soumaïla Cissé connaît un parcours professionnel et politique sans faute, qui l'ont conduit jusqu'à la présidence de la Commission de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa) de 2004 à 2011.

- Déjà deux fois finaliste -

En France, il a travaillé au sein de grands groupes tels qu'IBM, Péchiney, ou Thomson. Il rentre au Mali en 1984 et intègre la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT), alors colonne vertébrale de l'économie du pays. Il est considéré comme le chef d'un groupe d'intellectuels bien décidés à jouer un rôle politique.

Sous Alpha Oumar Konaré (1992-2002), il est nommé secrétaire général de la présidence, puis ministre des Finances (1993-2000), côtoyant quelques mois au gouvernement Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) comme collègue, avant d'en être le ministre. En 2000, il devient "super ministre", cumulant plusieurs postes.

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En 2002, candidat du parti présidentiel, il est battu au second tour par Amadou Toumani Touré, un militaire qui a pris sa retraite de l'armée.

Avant de prendre la présidence de la Commission de l'Uémoa, il a créé en 2003 son propre parti, l'Union pour la République et la démocratie (URD), aujourd'hui deuxième force politique à l'Assemblée nationale.

En 2013, il accède au second tour de la présidentielle, mais est battu à plus de 77% par Ibrahim Boubacar Keïta.

Avec AFP

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