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L'Italie s'interrogeait jeudi sur un plan prévoyant d'autoriser l'abattage de 5% de ses loups, une mesure qui provoque un tollé dans un pays où la présence de ces animaux, pourtant plus marquée qu'en France, faisait peu débat.

Face à la polémique, la conférence Etat-régions, qui devait valider jeudi à Rome ce "Plan de protection et de gestion" avant un passage au Parlement, a reporté le vote au plus tôt au 23 février.

Protégés depuis 1971, les loups italiens sont entre 100 et 150 dans les Alpes et entre 1.070 et 2.472 dans les Appenins -- contre 300 en France --, selon les estimations fournies dans le plan.

Mais il n'y a pas de recensement précis pour l'instant, aucune statistique globale n'est disponible sur les dégâts qu'ils causent et les médias italiens, qui s'intéressent plutôt aux ours, s'en font très peu l'écho.

Selon Stefano Masini, responsable de la section Environnement et Territoires à la Coldiretti, le principal syndicat d'agriculteurs en Italie, la situation a évolué depuis quelques années.

Le nombre de loups est en forte augmentation "et les attaques contre le bétail se multiplient, désormais même de jour", explique-t-il à l'AFP.

Pour favoriser la cohabitation, le nouveau plan prévoit 22 mesures allant d'un recensement plus complet à la mise en place de clôtures électriques, d'une accélération des procédures de remboursement pour les agriculteurs lésés à la lutte contre les croisements entre chiens et loups.

Mais l'une des mesures a mis le feu aux poudres: l'autorisation d'abattre jusqu'à 5% des loups de la péninsule, ce qui pourrait représenter entre 75 et 90 animaux par an. En France, le quota était de 36 jusqu'au 30 juin mais pourrait passer à 40.

- 'Les 21 autres mesures' -

Pour les défenseurs des animaux, c'est hors de question. Le Fonds mondial pour la nature (WWF) a lancé une vaste mobilisation sur les réseaux sociaux au cri de "SOS Loup", des pétitions circulent et plusieurs dizaines de personnes ont manifesté jeudi devant l'immeuble où se tenait la réunion.

Quelque 138 militants d'EcoRadicali (EcoRadicaux) ont même annoncé mardi entamer deux jours de grève de la faim contre le projet.

Pour le WWF, "tirer sur les loups (...) ne résout rien", surtout que les informations restent partielles sur les loups italiens et que les techniques de prévention comme les clôtures électriques ou les chiens de garde ont déjà prouvé leur efficacité.

"Chaque année en Italie, 300 loups sont tués par des braconniers", assure dans un communiqué Fabrizio Cianci, secrétaire des EcoRadicali, estimant que le plan n'est qu'une "libéralisation" proposée par des autorités peu motivées pour "mener les contrôles nécessaires au respect du droit".

Le ministre de l'Environnement, Gian Luca Galletti, s'est en revanche emporté: "La conservation du loup est un sujet trop sérieux pour se plier à la clameur médiatique ou au populisme de quelques-uns", avait-il affirmé mercredi dans un communiqué.

Après le report du vote jeudi, le ministre a assuré devant la presse que les 22 mesures étaient essentielles à la préservation de l'espèce, y compris les abattages, qui devraient avoir lieu dans un cadre bien balisé et uniquement "dans des cas exceptionnels".

"Si les 21 autres mesures sont appliquées correctement, avec les ressources financières nécessaires, il n'y aura pas besoin de procéder au moindre abattage", assure d'ailleurs M. Masoni, de la Coldiretti.

Eleveurs et défenseurs de l'environnement se retrouvent aussi sur un point: le vrai danger ne vient pas des loups, mais des chiens errants, laissés libres ou abandonnés en dépit des différentes lois ayant tenté de s'attaquer au phénomène.

"Bien plus nombreux que les loups, les chiens errants entrent en compétition avec les loups pour les ressources, représentent un grave danger sur le plan sanitaire et pour les risques d'hybridation, et enveniment le conflit avec les éleveurs en raison des dégâts qu'ils provoquent dans les cheptels, attribués à tort aux loups", rappelle le plan.

Avec AFP

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