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Une jihadiste française condamnée, libérée et expulsable en Irak


Une photo prise lors de l'audience où comparaissait Mélina Bougedir , Bagdad, le 19 février 2018

La justice irakienne a ordonné la libération et l'expulsion d'une jihadiste française qu'elle a condamnée à sept mois de prison, un verdict qui tranche avec la sévérité contre les accusés d'appartenance au groupe Etat Islamique.

Mélina Boughedir, 27 ans, dont la peine est couverte par sa détention préventive, restera toutefois en détention jusqu'à ce que ses documents de sortie soient établis, a indiqué une source judiciaire après le verdict de la Cour pénale centrale de Bagdad.

La jeune femme, condamnée pour "entrée illégale en Irak", et non en vertu de la loi antiterroriste, avait été arrêtée cet été à Mossoul, ancien bastion de l'EI dans le nord du pays, avec ses quatre enfants dont trois ont déjà été rapatriés.

A l'annonce du verdict, la Française a souri de joie.

Mais elle n'en a pas terminé pour autant avec la justice. Elle est visée en France par un mandat de recherche délivré dans le cadre d'une information judiciaire ouverte à Paris le 2 août 2016, pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle".

Cette enquête confiée à des juges antiterroristes faisait suite à une enquête préliminaire du parquet de Paris ouverte en novembre 2015, après le départ de Melina et de son compagnon vers la zone irako-syrienne.

La jeune femme devrait donc, selon une source proche du dossier à Paris, être placée en garde à vue et entendue par les services antiterroristes à son arrivée en France.

Cependant, elle a été plus chanceuse qu'une jihadiste allemande, une mineure de 17 ans, condamnée la veille à six ans de prison pour appartenance à l'EI et entrée illégale dans le pays.

Une autre Allemande d'origine marocaine avait été condamnée à mort en janvier pour "soutien logistique et aide à une organisation terroriste". Une ressortissante turque a écopé elle dimanche de la peine capitale devant le même tribunal.

Vêtue d'une robe noire et d'une veste grise, coiffée d'un foulard mauve à motifs, Mélina est entrée dans la salle d'audience en tenant dans ses bras son fils, un blondinet habillé d'un blouson rose.

Face au président, la jeune femme a répondu calmement en arabe qu'elle était "Française", "femme au foyer" à Mossoul et qu'elle était entrée en Irak "en octobre 2015".

"Je suis entrée en Syrie avec mon passeport français mais Daech (acronyme en arabe de l'EI) me l'a pris. Je suis restée quatre jours en Syrie puis je suis venue à Mossoul avec mon mari et mes quatre enfants", a-t-elle expliqué.

'Elle restait à la maison'

L'accusée a aussi affirmé que son mari, "Maximilien", était "cuisinier chez Daech" et qu'il avait été tué lors de la bataille de Mossoul, la deuxième ville d'Irak, reprise aux jihadistes en juillet après neuf mois de combats.

Le président lui a alors demandé si elle regrettait ce qu'elle a fait. "Oui", a-t-elle répondu en français avant de se reprendre en arabe: "Naam".

Il lui a ensuite demandé si elle avait un avocat et, devant sa réponse négative, lui en a commis un d'office.

Ce dernier s'est borné à expliquer que l'accusée "était jeune" et qu'elle "n'avait pas participé à des actes de violence". "Elle restait à la maison", a-t-il dit.

Le président s'est alors adressé à elle: "Tu vas être condamnée en vertu de la loi sur les étrangers de 2017 car tu es rentrée sur le territoire irakien sans visa des autorités".

"Ta peine sera de 7 mois de détention et puisque tu es en prison depuis sept mois, tu va être libérée immédiatement (...)".

'Peine de mort'

A l'annonce de sa peine, ses deux avocats en France William Bourdon et Vincent Brengarth ont affirmé qu'ils l'assisteront en France "car elle sera selon toute vraisemblance judiciarisée".

Les autorités irakiennes ont proclamé en décembre la victoire militaire contre l'EI, qui avait fait trembler l'Irak pendant trois ans après s'être emparé du tiers du territoire.

Selon des commandants irakiens et kurdes, des centaines de jihadistes se seraient rendus et des milliers d'autres ont pu se faufiler parmi les déplacés ou rester sur place en retournant à la "vie civile".

Selon une source de sécurité, 509 étrangères, dont 300 Turques sont détenues en Irak avec 813 enfants.

Quelques dizaines de Français se trouvent actuellement dans des camps ou des prisons en Syrie, mais aucun en Irak. Une seule jihadiste française de 28 ans est actuellement détenue à Bagdad avec sa fille, née sur place, dans l'attente d'un procès.

Avec AFP

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