Liens d'accessibilité

Le Cameroun marque le pas, selon le dernier classement de Transparency international


L’index de perceptions de la corruption, Transparency International 2016.

Dans les administrations publiques du Cameroun, les pots de vin ont déjà leur lexique : "mouiller la barbe, faire une geste, laisser une bière ou encore donner la bonne année".

Le dernier classement de Transparency international 2016 situe le Cameroun parmi les 30 pays les plus corrompus dans le monde.

Les usagers du service public sont les victimes de ce système à l’instar de Mathieu, aujourd’hui admis à la retraite.

"La manière dont la personne qui doit vous rendre service réagit, vous fait comprendre qu’il a besoin de quelque chose. Et là vous allez donner, 500, 1000 5000 parfois 10.000 frs cfa quand le dossier est consistant", explique Mathieu qui dit avoir gardé une mauvaise expérience de la réalité des pots de vins dans les administrations.

Certains départements ministériels au Cameroun passent au sein de l’opinion publique comme des fiefs des pots de vins. Pourtant, des cellules de lutte contre la corruption y ont été installées. Cependant la pratique des pots de vin y perdure.

"Les cellules de lutte contre la corruption ne sauraient fonctionner parce que le Cameroun est le seul pays au monde où l’on a baissé les salaires des agents de plus de 70%. Entre temps, les prix des denrées alimentaires sont passés du simple au quintuple. Les membres de la cellule de lutte contre la corruption mus par l’instinct de survie vont forcément se battre pour joindre les deux bouts. Ce serait faire la politique de l’autruche que de croire le contraire", argumente Jean Marc Bikoko, Président de la centrale du service public, un syndicat des fonctionnaires et agents de l’Etat.

Dans les rues, les chauffeurs de taxi ont régulièrement maille à partir avec les fonctionnaires de police incriminés dans les cas d’arnaques, d’extorsions de fonds lors des contrôles routiers. Ce qui a fini par exaspérer les syndicats des transports.

Après deux mots d’ordre de grève qui ont paralysés les grandes villes du Cameroun en 2006 et 2008, un cadre de concertation a finalement vu le jour.

La délégation Générale à la sûreté nationale qui supervise les activités de la police au Cameroun et les syndicats de transports sont parvenus à atténuer le phénomène de pots de vin par des mesures concrètes précise Collins Ndeffossokeng, responsable d’un syndicat de transport terrestre.

"Aujourd’hui, pour dénoncer les cas d’arnaque policière, il suffit d’appeler le numéro vert 1500. Les dénonciations des syndiqués font l’objet d’une grande attention. C’est un progrès notoire", soutient M. Ndeffossokeng.

Dans le secteur forestier, la pratique des pots de vin reste encore une préoccupation majeure, malgré la montée au créneau des organisations de la société civile à l’instar du centre pour l’environnement et le développement où travaille Téodyl Nkuintchua. Son constat est clair. Les niches de corruption sont importantes et se diversifient malheureusement dans ce secteur.

A titre d’exemple, ajoute-t-il, le bois non marqué circule au Cameroun, ce qui ne devrait pas être le cas si les chefs de poste forestiers assumaient leurs fonctions.

La commission nationale anticorruption (Conac) créée en 2016 pour contribuer à la lutte conte la corruption, a encore du pain sur la planche. Car le Cameroun est classé 30ème pays le plus corrompu au monde, selon l’indice 2016 de Transparency international.

Le pays occupe le 145eme sur 176. Avec 26 points au classement comme l'an dernier, le pays marque le pas sur place selon Transparency international.

Certes, le Cameroun n'est plus le pays le plus corrompu au monde comme en 1998 et 1999, mais il reste que la pratique des pots de vins résiste aux habitudes.

Les syndicats des transports, des forêts, du service public et ONGs essayent pourtant d'éradiquer la pratique des pots des vins. Mais le mal persiste.

Emmanuel Jules Ntap à Yaoundé

XS
SM
MD
LG