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Canberra appelle Pékin à laisser sortir une mère ouïghoure et son fils australien

Prières dans une mosquée de l'Institut islamique du Xinjiang, Chine, le 3 janvier 2019.

Le gouvernement australien a appelé mercredi la Chine à laisser un enfant australien et sa mère ouïghoure quitter le pays, quelques jours avoir après co-signé une lettre dénonçant le traitement infligé par Pékin à cette minorité musulmane.

La Chine est soupçonnée d'avoir interné jusqu'à un million de personnes, surtout ouïghoures, dans des camps de rééducation de la province du Xinjiang, dans le nord-ouest. Pékin dément ce chiffre et parle de "centres de formation professionnelle" destinés à lutter contre la radicalisation islamiste.

Canberra avait dans un premier temps refusé la nationalité au petit Lutifeier, né au Xinjiang en août 2017 d'un père australien et d'une mère ouïghoure, avant de revenir sur sa décision suite à une procédure en justice.

Le père, Sadam Abdusalam, milite depuis des mois pour que son épouse ouïghoure, Nadila Wumaier, et leur fils qu'il n'a jamais rencontré puissent venir en Australie.

Mercredi, la ministre des Affaires étrangères Marise Payne a annoncé que "l'ambassade à Pékin a demandé officiellement que les autorités chinoises permettent à Mme Wumaier et à son fils (qui est un ressortissant australien) se rendent en Australie".

Cette annonce survient quelques jours après la décision de M. Abdusalam d'évoquer son cas en public pour la première fois, lors d'un entretien lundi avec la chaîne publique ABC.

Il a expliqué à l'AFP que sa femme avait été entendue par les autorités chinoises au lendemain de cet entretien mais avait été relâchée.

Mme Payne a dit être au courant des informations de presse sur cette affaire, soulignant cependant que les autorités consulaires n'avaient pas accès à Mme Wumaier du fait de son absence de nationalité australienne.

Canberra évite traditionnellement toute friction avec Pékin, son plus important partenaire commercial. Mais les tensions bilatérales se sont accrues du fait d'inquiétudes sur les questions de sécurité et la présence chinoise croissante dans le Pacifique.

L'Australie figure parmi 22 pays, dont le Royaume-Uni, la France, le Canada et le Japon, qui ont écrit la semaine dernière aux plus hauts responsables de l'ONU pour dénoncer les détentions arbitraires de minorités ethniques en Chine.

L'ambassade de Chine en Australie a dénoncé l'émission d'ABC comme autant "de mensonges, de distorsions et de préjugés".

M. Abdusalam s'est dit "vraiment heureux" que Canberra ait décidé d'agir mais l'a appelé à en faire davantage.

"Je vais continuer de faire pression sur la Chine et sur le gouvernement australien", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Le 31 août, (Lutifeier) aura deux ans. Je voudrais voir mon fils avant le 31 août pour que nous puissions célébrer son anniversaire en famille".

Avec AFP

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"Nous sommes en train de perdre la course" du climat, dit le chef de l'ONU

Le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, à Nassau, aux Bahamas, le 13 septembre 2019.

Antonio Guterres, le secrétaire général de l'ONU, a estimé mardi que l'accord de Paris sur le climat n'avait pas encore échoué, mais que le temps était compté pour éviter la catastrophe climatique.

"Je voudrais voir toute la société accroître la pression sur les gouvernements pour qu'ils comprennent qu'ils doivent aller plus vite, car nous sommes en train de perdre la course", a-t-il déclaré dans une interview à une collaboration de dizaines de médias internationaux, Covering Climate Now.

Samedi, Antonio Guterres accueillera un sommet de la jeunesse sur le climat à New York à l'ONU, puis lundi un sommet spécial climat avec des chefs de gouvernements et d'Etats, appelés à revoir leurs engagements à la hausse, pour limiter le réchauffement du globe à 1,5°C ou 2°C, par rapport à la période préindustrielle, au 19e siècle.

"La recherche scientifique nous dit que ces objectifs restent atteignables", a dit Antonio Guterres, en admettant que l'inaction des pays membres de l'ONU pouvait, au moins partiellement, être compensée par d'autres acteurs non-étatiques - en particulier aux Etats-Unis, où les Etats fédéraux comme la Californie prennent le relais.

"L'un des aspects les meilleurs de la société américaine est que c'est un pays fédéral, et que les décisions sont décentralisées", a-t-il dit. "Je serai donc toujours favorable à ce que les décisions relatives au changement climatique soient toujours aussi décentralisées que possible".

Il a noté que de grandes villes, des régions et des entreprises prenaient le relais, et que des banques et des fonds d'investissement se retiraient des secteurs du charbon et des énergies fossiles.

Il a aussi pris l'exemple de l'Union européenne, où seuls trois pays s'opposent encore à l'objectif de neutralité carbone d'ici 2050, disant percevoir un "nouveau souffle", notamment avec la croissance des énergies solaires en Inde et en Chine.

"Nous avons besoin de changer profondément la façon dont nous produisons notre nourriture, d'où vient l'énergie de nos économies, comment nos villes sont organisées, comment nous produisons notre énergie", a-t-il poursuivi.

"J'ai l'impression que de plus en plus de gens, d'entreprises, de villes et d'Etats comprennent qu'il faut le faire", a conclu Antonio Guterres.

Avec AFP

Aux confins d'Israël, les Bédouins votent sans trop d'espoir

Un drapeau israélien fait signe à l’ambassade à Moscou le 18 septembre 2018.

"Chaque voix peut faire la différence", explique ce père de 15 enfants, membre de la minorité des Arabes israéliens.

Lui dit avoir exercé son droit de citoyen en participant aux législatives de mardi, les deuxièmes en moins de six mois, le premier scrutin n'ayant accouché d'aucune coalition gouvernementale.

A l'instar des quelque 250.000 Bédouins du désert du Néguev (sud), il appartient à la minorité des Arabes israéliens, descendants des Palestiniens restés sur leurs terres à la création d'Israël en 1948. Ceux-ci, qui représentent environ 20% des neuf millions d'habitants du pays, dénoncent des discriminations par rapport à la majorité juive.

Assis droit sur sa chaise en plastique, au milieu d'un terrain vague où survivent de maigres arbres récemment plantés, le cheikh est le chef d'un village "illégal" dans le Néguev, zone désertique du sud d'Israël où vit la grande majorité des Bédouins du pays, descendants de langue arabe des nomades du désert.

Comme 34 autres villages de la région, le hameau d'Al-Araqib, n'est pas reconnu par l'Etat israélien. Pas d'accès à l'eau, pas d'école, de transport...

D'Al-Araqib, il ne reste que des abris de fortune adossés aux voitures et camionnettes des habitants, dans le cimetière. Le village a été détruit "161 fois", raconte le notable, retroussant sa longue tunique.

Vingt-deux familles résistent dont celle du cheikh, né sur place.

"Avec les morts"

Les Bédouins du Néguev vivent en marge de la société israélienne, souvent dans une grande pauvreté. Ils se plaignent des démolitions répétées de leurs villages par les autorités, de transferts forcés et de spoliation de leurs terres qu'ils refusent de quitter.

Les autorités israéliennes dénoncent pour leur part des constructions anarchiques, l'absence de titres de propriété et le souci d'améliorer les conditions de vie des Bédouins.

"Le gouvernement actuel est extrémiste et criminel", juge le cheikh Sayiah Al-Turi, 70 ans, qui dénonce un "Etat d'occupation" et a voté mardi contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

"Je n'attends rien de bien de ce pays, il est raciste. Je ne crois qu'en Dieu pour changer les choses", affirme le cheikh qui a pourtant voté.

Sa cousine Hakma a elle aussi voté. "J'ai l'espoir qu'il y ait un changement, pas uniquement pour moi, mais pour tous les bédouins du Néguev", dit-elle, montrant un réchaud de gaz à même le sol et des casseroles rangées dans un "placard" improvisé avec un frigo débranché.

"Regardez où je cuisine! Un jour je dors dans la maison, un jour dans le camion, un autre dans le cimetière", poursuit la petite femme vêtue de noir. "On partage l'électricité avec les morts", déplore la mère de neuf enfants.

"Démocratie bidon"

Dans la ville d'à côté, à Shaqef as-Salam, une foule s'agglutine sous les parasols de fortune, pour s'enregistrer pour le vote. A l'écart des regards, des hommes distribuent discrètement des bulletins de vote pour la "Liste unie" des partis arabes.

Saba, dissimulée sous un niqab noir comme la plupart des femmes autour d'elle, vote à chaque élection. "C'est mon droit, je suis citoyenne comme les autres", martèle-t-elle.

Mardi, elle est venue par ses propres moyens, depuis l'un des rares villages bédouins reconnus par Israël, Bir Haddaj. Une heure et demie de route pour glisser son bulletin dans l'urne, précise-t-elle.

Les associations dénoncent une volonté de limiter la participation des Bédouins. Dimanche, le Comité central pour les élections a interdit à l'organisation israélienne Zazim ("on bouge"), d'affréter des bus pour acheminer les habitants arabes les plus éloignés jusqu'aux urnes.

Assis sur le trottoir devant l'école transformée en bureau de vote, Bassel Zaanoun vote "pour qu'ils arrêtent de démolir nos maisons".

Sa maison a été démolie deux fois. "Pour l'instant, on habite dans une bicoque de fortune", lance celui qui a encore une tête de gamin, perdu au milieu du brouhaha.

Selon l'ONG Neguev Coexistence Forum for Civil Equality, 2.326 ordres de démolition ont été exécutés l'an dernier, dont plus de 600 pour des logements. Et, dans 88% des cas, ce sont les propriétaires qui sont contraints d'y procéder.

A Al-Araqib, "Docteur Awad" secoue la tête quand le cheikh parle des élections. "Je ne vote pas. Jamais", proteste le professeur d'université, lunettes de soleil dissimulant son regard. "Où sont les députés arabes?", dit-il, pointant l'emplacement du village désormais vide.

"Ils n'ont pas pu empêcher ne serait-ce qu'une démolition". "C'est une démocratie bidon", lâche-t-il avec mépris. "Je ne vais pas donner ma voix pour les légitimer".

Iran : le guide suprême exclut toute négociation avec les Etats-Unis

L'ayatollah Ali Khamenei reçoit Mohammed Abdul-Salam, à gauche,porte-parole des rebelles yéménites Houthis, à Téhéran, le 13 août 2019.

Le guide suprême iranien a exclu mardi toute possibilité de négociation avec les Etats-Unis à l'heure où le président américain dit être disposé à rencontrer son homologue iranien tout en menaçant Téhéran.

"De l'avis unanime de tous les responsables de la République islamique d'Iran, il n'y aura aucune négociation avec les Etats-Unis, à quelque niveau que ce soit", a déclaré l'ayatollah Ali Khamenei, selon son site internet officiel.

"Négocier avec les Etats-Unis [reviendrait à accepter] qu'ils imposent leurs exigences à l'Iran", indique un message du compte Twitter officiel en anglais de M. Khamenei.

Cela reviendrait à "montrer que la politique américaine de pression maximale [contre l'Iran] est un succès" ajoute le tweet, alors que, selon son compte internet, M. Khamenei a déclaré, en s'adressant à des étudiants, que cette politique était "vaine".

"Si les Etats-Unis se repentent et reviennent [à l'accord sur le nucléaire iranien] dont ils se sont retirés [en mai 2018], ils peuvent participer aux discussions qu'ont l'Iran et les autres membres" parties à cet accord, indique un autre message twitter du compte officiel du guide en anglais.

"Sinon, aucune négociation n'aura lieu entre la République islamique et des responsables américains à quelque niveau, et que ce soit à New York ou ailleurs", ajoute le même message.

La Maison-Blanche a indiqué dimanche que M. Trump n'excluait pas l'hypothèse d'une rencontre avec le président iranien Hassan Rohani malgré les accusations de certains responsables américains tenant Téhéran pour responsable des attaques de drones ayant visé samedi des installations pétrolières en Arabie saoudite.

L'idée d'une telle rencontre, en marge de l'assemblée générale des Nations unies à New York fin septembre, est poussée par la France dans une tentative de faire baisser les tensions entre Téhéran et Washington, qui ont failli dégénérer en affrontement militaire direct en juin.

Le président iranien et d'autres responsables de la République islamique ont répété à plusieurs reprises ces derniers temps que toute rencontre entre MM. Trump et Rohani était exclue tant que les Etats-Unis maintiendraient les sanctions économiques qu'ils ont imposées ou réimposées à l'Iran depuis août 2018.

Lundi, les Etats-Unis ont indiqué préparer une réponse après les attaques contre les installations pétrolières en Arabie saoudite, qui ont fait flamber les prix du baril de brut.

Revendiquées par les rebelles yéménites Houthis, que Téhéran dit soutenir politiquement, ces attaques ont réveillé la crainte d'un affrontement militaire avec l'Iran, mis en cause plus ou moins directement par Washington et Ryad.

"Il semble" que Téhéran soit derrière les attaques, mais "pour le moment je veux savoir avec certitude qui est responsable", a néanmoins déclaré M. Trump.

Avec AFP

Attaques en Arabie saoudite: Washington met en cause l'Iran et prépare la riposte

Le président Donald Trump à la Maison-Blanche, le lundi 16 septembre 2019 à Washington. (Photo AP / Patrick Semansky)

Les Etats-Unis préparaient lundi la riposte après des attaques "sans précédent" contre des installations pétrolières en Arabie saoudite, qui ont réveillé la crainte d'une confrontation militaire avec l'Iran, mis en cause plus ou moins directement par Washington et Ryad.

Les tirs de samedi ont entraîné la réduction de moitié de la production de pétrole du premier exportateur mondial et donc porté un coup d'arrêt brutal à l'approvisionnement de la planète en or noir.

Donald Trump, qui s'est dit dès dimanche "prêt à riposter" et sur lequel tous les yeux sont braqués pour savoir s'il va ordonner des frappes contre l'Iran, a réuni lundi son équipe pour faire le point sur la situation.

"Je peux vous dire que c'était une très grosse attaque et notre pays pourrait très facilement y répondre par une attaque beaucoup plus grosse", a prévenu le président américain devant la presse.

Son ministre de la Défense Mark Esper a assuré que le Pentagone travaillait avec les "partenaires" des Etats-Unis "pour répondre à cette attaque sans précédent et défendre l'ordre international sapé par l'Iran".

- "Armes iraniennes" -

Comme durant le week-end, lorsqu'il s'est abstenu de mettre nommément en cause l'Iran pourtant pointé du doigt par son secrétaire d'Etat Mike Pompeo, Donald Trump a laissé une certaine place au doute.

"Il semble" que Téhéran soit derrière les attaques, mais "pour le moment je veux savoir avec certitude qui est responsable", a-t-il dit.

Le locataire de la Maison Blanche a insisté sur sa volonté de se coordonner avec les autorités saoudiennes pour les "aider", précisant que M. Pompeo "et d'autres se rendraient en Arabie saoudite" prochainement. Dimanche, il avait dit "attendre" que Ryad désigne "le coupable".

Or l'Arabie saoudite a fait un pas en ce sens lundi en affirmant que "les armes utilisées dans l'attaque étaient iraniennes", selon les premiers éléments de sa propre enquête qui "se poursuit" pour "identifier l'origine" des tirs.

L'attaque a été revendiquée par les rebelles Houthis du Yémen, soutenus par l'Iran face au gouvernement yéménite appuyé par une coalition militaire dirigée par Ryad.

Mais l'armée saoudienne a rejeté cette version, et Mike Pompeo a estimé qu'il n'y avait aucune preuve que cette "attaque sans précédent contre l'approvisionnement énergétique mondial" soit venue du Yémen.

L'Irak, pris en étau entre ses deux grands parrains, Téhéran et Washington, a assuré lundi que le chef de la diplomatie américaine avait reconnu que le territoire irakien, où évoluent de nombreuses milices pro-iraniennes, n'avait pas été utilisé pour lancer ces tirs.

- Flambée des prix -

L'administration américaine accuse donc l'Iran mais n'est pas allée à ce stade jusqu'à affirmer que c'est le régime iranien qui a mené l'attaque depuis son propre sol.

Le gouvernement iranien a en tout cas rejeté des accusations "insensées" et "incompréhensibles".

"Le Yémen est la cible de bombardements quotidiens", a lancé le président iranien Hassan Rohani, faisant écho depuis Ankara à la revendication des Houthis. "Le peuple du Yémen a été obligé de répondre. Ils ne font que se défendre", a-t-il martelé.

En visite à Bagdad, le patron de l'Otan Jens Stoltenberg s'est dit lundi, dans un entretien avec l'AFP, "extrêmement inquiet du risque d'escalade", accusant Téhéran de "déstabiliser l'ensemble" du Moyen-Orient.

Cet accès de fièvre intervient alors que Washington et Téhéran ont déjà frôlé la confrontation militaire en juin, lorsque Donald Trump a dit avoir annulé in extremis des frappes contre des cibles iraniennes. Ces dernières semaines, le milliardaire républicain semblait pourtant privilégier la voie diplomatique pour faire retomber la tension et, peut-être, rencontrer Hassan Rohani lors d'un tête-à-tête historique.

L'infrastructure énergétique saoudienne avait déjà été visée par les Houthis notamment en mai et en août.

Mais les attaques de samedi contre l'usine d'Abqaiq et le gisement de Khurais, dans l'est de l'Arabie saoudite, sont d'une autre envergure: elles ont entraîné une chute de moitié de la production saoudienne, à hauteur de 5,7 millions de barils par jour, soit environ 6% de l'approvisionnement mondial.

Les prix du brut sont montés en flèche. Le baril de référence sur le marché mondial, le Brent de la mer du Nord, a bondi lundi de 14,6% pour finir à 69,02 dollars, soit sa plus forte progression depuis que ce contrat a été formalisé en 1988.

Dans ce contexte, les autorités saoudiennes étudient la possibilité de reporter l'entrée en Bourse très attendue du géant pétrolier Aramco, ont indiqué lundi à l'AFP des sources proches du dossier.

Donald Trump a assuré lundi que son pays n'avait "pas besoin du pétrole et du gaz du Moyen-Orient" mais a promis "d'aider" ses alliés. Son ministre de l'Energie, Rick Perry, a tenté de freiner la flambée des cours, soulignant la "quantité substantielle de pétrole disponible".

Il a jugé "prématuré" d'envisager le recours aux réserves stratégiques américaines.

Avec AFP

Cinéma et jeux vidéo, un mariage de raison encore difficile

Des joueurs jouent à Minecraft lors de la Paris Games Week (PGW), un salon dédié aux jeux vidéo à Paris, en France.

Découvrir une aventure sur grand écran avant de la poursuivre sur sa console: ce réflexe fait partie depuis longtemps des habitudes des "gamers", mais les adaptations de films en jeux vidéo donnent parfois des résultats inégaux.

Dernier exemple d'un transfert d'univers: le jeu Blair Witch, sorti pour célébrer les 20 ans du film à succès de la fin des années 1990, et qui replonge le joueur dans son ambiance angoissante.

Il ne sera pas seul: Star Wars: Fallen Order, inspiré de l'univers créé par George Lucas, et Marvel's Avengers sont, entre autres, prévus dans les prochains mois.

Dans ces deux cas, le joueur connaîtra de nouvelles aventures, tout en restant dans un univers familier.

"C'est le type de jeu qui marche le plus souvent", souligne Fanny Renard, animatrice de communauté pour le studio indépendant Goblinz: "un même univers, parfois les mêmes personnages mais une histoire différente, qui vient compléter celle existante".

Un choix assumé par les créateurs de Blair Witch qui se savent "attendus au tournant avec un film aussi emblématique".

"Nous voulions développer notre propre histoire mais en gardant l'esprit du film. Le sentiment d'isolement est important, pris au piège sans savoir quoi faire", explique Barbara Kciuk, auteure principale chez Bloober Team, le studio en charge de l'adaptation.

- "une simple commande" -

Une logique également appliquée avec succès par LucasArts, la filiale vidéoludique de Lucas Films, les créateurs de Star Wars, dont plusieurs jeux, tels que les Jedi Knights ou Galactic Battleground, sont devenus des références.

Ce parti pris n'est pourtant pas celui de la majorité des adaptations de succès cinématographiques. Souvent trop proches du scénario du film, parfois bâclées, les adaptations, qui apparaissent dès le début des années 1980, sont rarement une réussite.

"Atari avait réalisé une adaptation du film E.T., un produit qui les a littéralement tués", rappelle Andrew Kitson, de Fitch Solutions. "Atari avait mis les moyens mais n'avait donné que cinq semaines aux développeurs et un brouillon du script du film pour travailler. Sans surprise, le jeu était pauvre et l'histoire très éloignée de celle du film".

Deux ans après la sortie du film, le pionnier des jeux vidéo cessera de faire des consoles, avant de se vendre au japonais Namco en 1985.

"Le problème vient de la commande. Lorsqu'un jeu est une simple commande, il ne sera pas fait avec le même soin, on aura souvent une oeuvre vidéoludique plus étriquée", souligne Laurent Michaud, directeur d'études pour l'Idate.

"Le développement du jeu commence tard dans le processus de production du film et des produits mal terminés sont mis en vente mais pour les studios peu importe, un mauvais jeu ne viendra pas entacher la réputation d'un film", ajoute M. Kitson.

- Le jeu vidéo investit le cinéma -

Si le cinéma voit surtout le jeu vidéo comme une source de revenus additionnels, il y cherche également de plus en plus de l'inspiration.

Depuis le milieu des années 1990, environ 150 films ont ainsi vu le jour en s'inspirant de jeux vidéo, de Doom à Mario Bros. en passant par Street Fighter ou Prince of Persia. Mais bien peu ont connu un réel succès, à l'exception sans doute des adaptations de Lara Croft (Tomb Raider), ou des Resident Evil, avec Milla Jovovich.

Certains éditeurs, comme le français Ubisoft, ont même décidé de lancer leur propre société de production afin d'adapter leurs licences en films ou séries.

Ubisoft a commencé en 2016 avec une adaptation de son jeu à succès Assassin's Creed, un film qui n'a pas su convaincre la critique mais qui n'enlève rien aux ambitions du groupe: près d'une dizaine de films tirés de ses jeux sont prévus dans les prochaines années.

Pour l'heure cependant, le jeu vidéo n'a pas encore trouvé son oeuvre cinématographique majeure, qui le ferait basculer, au même titre que la littérature, comme une source d'inspiration légitime.

"Le Seigneur des Anneaux a été adapté plusieurs fois au cinéma avant le succès de Peter Jackson, les précédentes versions n'étaient pas brillantes. Il a fallu le temps nécessaire, les bonnes technologies et le bon réalisateur, qui connaissait bien l'oeuvre de J.R.R. Tolkien. Il en sera de même pour les adaptations de jeux vidéo", insiste M. Michaud.

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