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Sénégal

Le Parlement examine la suppression du poste de Premier ministre

Le président Macky Sall et le Premier ministre Dionne, à Dakar, le 8 avril 2019. (VOA/Seydina Aba Gueye)

Les députés sénégalais ont débuté samedi l'examen d'un projet de révision de la Constitution devant mener à la suppression du poste de Premier ministre, une initiative du pouvoir dénoncée par l'opposition et la société civile, deux mois après la réélection du président Macky Sall.

Dans un hémicycle complet, les députés ont entamé à 10H00 (locales et GMT) les débats sur ce projet, déjà entériné par la commission des lois de l'Assemblée, qui porte sur au moins 22 articles de la Constitution, et qui établit un nouvel équilibre entre les pouvoirs, en renforçant le caractère présidentiel du régime sénégalais, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Outre la suppression du poste de Premier ministre, l'autre grand changement serait que le président de la République ne pourra plus dissoudre l'Assemblée nationale, laquelle ne pourra plus déposer une motion de censure pour renverser le gouvernement.

Une centaine de députés devaient prendre la parole, promettant un long débat, mais dont l'issue ne fait guère de doute, le pouvoir disposant d'une confortable majorité pour l'adoption de cette réforme.

Quatre militants de la société civile, qui avaient appelé à manifester contre la révision, ont été arrêtés de façon musclée par la police devant l'Assemblée, a constaté l'AFP. Parmi eux figurait le leader du mouvement Frapp France Dégage, Guy Marius Sagna, qui scandait "Macky Sall dictateur !", avant de se faire embarquer.

Plusieurs organisations de la société civile avaient appelé à des manifestations devant l'Assemblée, mais les forces de l'ordre ont bouclé les accès au quartier du Plateau, le centre de Dakar, où toute manifestation est interdite en vertu d'un arrêté ministériel de 2011.

- absence de concertation -

Les principaux partis d'opposition s'opposent à la révision constitutionnelle.

Le Parti démocratique sénégalais (PDS) de l'ex-président Abdoulaye Wade l'a qualifié de "sans intérêt", notant dans un communiqué que cette réforme a été "volontairement dissimulée pendant la campagne électorale".

De fait, Macky Sall n'avait pas évoqué cette révision constitutionnelle pendant sa campagne, et il a surpris les Sénégalais en l'annonçant le 6 avril, quatre jours après avoir prêté serment pour un second mandat.

Ses quatre rivaux malheureux à la présidentielle du 24 février, l'ex-Premier ministre Idrissa Seck, le député Ousmane Sonko - figure montante de l'opposition-, l'ancien ministre Madické Niang et l'universitaire Ibrahima Sall, ont aussi dénoncé cette réforme.

Ils "réprouvent le fait que des modifications aussi substantielles de la Constitution aient été initiées en l’absence de toute forme de concertation", selon un communiqué commun.

Selon eux, "des réformes d’une si grande ampleur ne seraient légitimes que si elles sont effectuées par voie référendaire (...) d'autant plus que ce projet n’a été mentionné dans aucun des programmes proposés aux sénégalais lors de l’élection présidentielle".

Le Sénégal, l'une des figures de modèle démocratique en Afrique, s'était déjà passé de Premier ministre dans les années 1960 sous la présidence de Léopold Sédar Senghor et au début des années 1980 sous celle d'Abdou Diouf.

Le président Macky Sall, qui a promis d'accélérer les transformations de l'économie sénégalaise, veut par la suppression du poste de Premier ministre mettre fin aux "goulets d'étranglement" en étant "directement au contact avec les niveaux administratifs", selon ses services.

Au pouvoir depuis 2012, Macky Sall a été réélu dès le premier tour du scrutin le 24 février avec 58,26% des voix.

Le 6 avril, il a reconduit à la tête du gouvernement Mahammed Boun Abdallah Dionne, le chargeant de préparer lui-même la disparition à brève échéance de sa fonction.

Polémique autour de la proposition de supprimer le poste de Premier Ministre

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Verdict le 6 mai dans le procès du chef religieux Cheikh Bethio Thioune

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Verdict le 6 mai dans le procès du chef religieux Cheikh Bethio Thioune

Les disciples de Cheikh Béthio Thioune chantent et portent les clubs sur un marchon le 17 mars 2012 à Dakar en soutien au président Abdoulaye Wade.

Le verdict du procès du chef religieux musulman Cheikh Bethio Thioune et d'une vingtaine de ses disciples, poursuivis pour le meurtre de deux d'entre eux en 2012, sera rendu le 6 mai, a annoncé jeudi un tribunal sénégalais.

"Nous allons mettre en délibéré jusqu'au lundi (06 mai) à 09H00" (GMT et locales), a déclaré Thierno Niang, président de la chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Mbour, à 80 km au sud-est de Dakar.

Débuté le 23 avril, ce procès très médiatisé au Sénégal s'est déroulé en l'absence de Cheikh Bethio Thioune, jugé par contumace. Le guide religieux, âgé de près de 80 ans, est "en soins intensifs" à Bordeaux (France), selon sa défense.

Ce responsable mouride, une des plus influentes confréries de l'islam au Sénégal - pays à plus de 90% musulman -, compte de nombreux disciples, y compris à l'étranger.

Le procureur Youssou Diallo avait requis lundi une peine de travaux forcés à perpétuité contre lui et 16 des prévenus, poursuivis pour meurtre avec actes de barbarie, association de malfaiteurs, recel de cadavres, inhumation sans autorisation administrative, détention d'armes sans autorisation et non-dénonciation de crime. Il avait également demandé un mandat d'arrêt international contre le guide religieux.

Le parquet avait en outre demandé 10 ans de travaux forcés à l'encontre des trois prévenus en liberté provisoire.

Les avocats des parties civiles ont réclamé trois milliards de francs CFA (4,5 millions d'euros) en dommages et intérêts.

Les avocats des prévenus ont de leur côté réclamé la relaxe de leurs clients dans un dossier où, selon l'un deux, Me Ibrahima Mbengue, il n'y a "nulle preuve".

Les avocats de Cheikh Bethio Thioune n'ont pas été autorisés à plaider durant le procès, en raison de son absence.

En liberté provisoire depuis février 2013, Cheikh Bethio Thioune avait été arrêté le 23 avril 2012, à la suite de la mort de deux de ses disciples lors d'une rixe dans le village de Keur Samba Laobé (ouest), où il possède une résidence.

Le festival de jazz de Saint-Louis menacé, sur une île en sursis

La star du festival de jazz de Saint-Louis, Manou Gallo, à gauche, avec Heather Maxwell de VOA, le 15 septembre 2017

Des concerts, des master-classes et des jam-sessions: pendant près d'une semaine, Saint-Louis, ville historique du Sénégal, bat au rythme de son 27e festival de jazz, un événement menacé par des problèmes financiers, sur une île elle-même attaquée par l'érosion côtière.

Dans les rues ensablées, l'atmosphère est fébrile. Sur la place Faidherbe, au coeur de la ville classée au patrimoine mondial de l'Unesco pour son architecture coloniale française, les accords de répétition générale se mêlent au bruissement du trafic, au concert des klaxons et à la mélopée des vendeurs ambulants.

Le festival s'est ouvert le 26 avril et s'achèvera le 30, par un concert du pianiste français Lorenzo Naccarato. Cette édition, placée sous le sceau de la parité avec une majorité d'artistes féminines, a pourtant bien failli ne jamais voir le jour.

"Cette année a été compliquée", reconnaît Birame Seck, responsable de la programmation du festival: "Il y a eu des tensions de trésorerie terribles". Certains partenaires historiques du festival ont retiré leurs financements. "Un mois avant le lancement, on ne savait toujours pas si le festival allait avoir lieu", soupire M. Seck. "On a perdu beaucoup d'artistes pourtant programmés à cause de ce flottement".

Quand, vers minuit, résonnent les dernières notes du concert place Faidherbe, le "off" bat son plein. Il n'est alors pas un bar, pas une discothèque ni un restaurant qui ne produise des talents venus de tout le Sénégal.

"Dans le off, on voit nos artistes émerger", se réjouit David Lapolice, originaire de Saint-Louis. Fou de jazz, le jeune homme y revient tous les ans pour le festival. "On peut les voir, prendre des photos avec eux, communiquer, échanger. Je ne manquerais ça pour rien au monde", assure le jeune consultant économique.

- Rendez-vous immanquable -

"Si le festival disparaît, ce serait la fin d'un événement culturel majeur, qui donne une voix aux artistes sénégalais et africains", estime Christine Traoré, jeune consultante indépendante venue spécialement de Dakar pour la troisième année d'affilée.

"Saint-Louis, c'est le jazz, et le jazz, c'est Saint-Louis", résume Malick Sall, Saint-Louisien qui ne compte plus le nombre de festivals à son actif. Ce jeune professeur est cependant soucieux. "Tout est en péril ici: la musique comme la lagune. Il faut protéger Saint-Louis, comme son festival".

Edifiée sur une île à l'embouchure du fleuve Sénégal, à 260 km au nord de la capitale Dakar, et menacée par l'érosion côtière, Saint-Louis pourrait disparaître sous les assauts de l'océan Atlantique. Quelque 200 familles ont déjà été contraintes de déménager. A terme, "plus de 10.000 personnes devront être relogées", indiquait en 2018 à l'AFP Louise Cord, la directrice des opérations de la Banque mondiale au Sénégal.

Sans compter que le patrimoine architectural de la ville, insuffisamment entretenu, est en déclin.

Ce péril annoncé n'empêche pas des centaines d'amoureux de la note bleue d'affluer, à la nuit tombée, sur la place Faidherbe. Deux semaines avant le concert inaugural, tous les hôtels de la ville affichaient déjà complet. Selon les organisateurs, le festival a attiré 92.000 visiteurs d'une trentaine de pays en 2018.

Cette année, les festivaliers ont découvert Manou Gallo, bassiste ivoirienne qui a régalé l'assistance de sa virtuosité audacieuse et de sa voix puissante. "Elle est fantastique", se réjouit Fatou Diop, étudiante Saint-Louisienne. "C'est encourageant de voir toutes ces femmes africaines dans la programmation. C'est un signal fort pour les femmes, et pour l'Afrique".

Birame Seck, le programmateur, veut croire en l'avenir du festival malgré les problèmes. "Tous les ans, on a des difficultés, mais on réussit à faire le festival malgré tout. C'est un rendez-vous immanquable et une véritable aubaine économique pour Saint-Louis".

Avec AFP

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