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L'ex-maire de Dakar s'allie au candidat Idrissa Seck

Une banderole avec la photo de l'ex-maire de Dakar, Khalifa Sall, Sénégal, le 31 juillet 2017.

L'ex-maire de Dakar Khalifa Sall, écarté de l'élection présidentielle au Sénégal pour raisons judiciaires, a annoncé vendredi son soutien au candidat d'opposition Idrissa Seck, qui apparaît de plus en plus comme le principal concurrent du sortant Macky Sall.

Cette prise de position d'un des deux plus grands rivaux potentiels de Macky Sall éliminés de la course en raison de condamnations judiciaires, avec l'ex-ministre Karim Wade, intervient au lendemain du retour au Sénégal de l'ex-président Abdoulaye Wade (2000-2012), père de Karim Wade, qui a appelé à empêcher une élection "verrouillée".

Dans une déclaration écrite, Khalifa Sall, qui purge une peine de cinq ans de prison pour escroquerie portant sur des fonds publics --des déboires judiciaires qu'il a toujours imputés à son statut d'opposant-- annonce avoir décidé, avec les mouvements qui le soutiennent, "d'accepter l'offre d'alliance du candidat Idrissa Seck".

Dans ce texte publié quelques heures après le rejet par la Cour de justice de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) d'un recours pour lui permettre d'être candidat malgré sa condamnation, Khalifa Sall dit chercher ainsi à "défaire ce régime qui veut s'imposer sans gloire et à tout prix".

Idrissa Seck, 59 ans, ancien Premier ministre de M. Wade et brillant orateur, qui se présente pour la troisième fois à la magistrature suprême, a enregistré ces dernières semaines des ralliement de poids, dont ceux d'anciens chefs de gouvernement et d'un ancien président de l'Assemblée nationale et du Sénat.

Douchant les espoirs des candidats qui convoitaient l'électorat de Karim Wade, son père a réitéré jeudi soir devant les militant de sa formation, le Parti démocratique sénégalais (PDS), son appel au boycott du scrutin, sans rencontrer davantage d'écho que lors de son message vidéo diffusé deux jours auparavant.

"Macky Sall a déjà son pourcentage, 55% ou 65%. Le sachant, ne vous ridiculisez pas en participant à cette élection", a-t-il lancé à l'intention des quatre autres candidats, en référence à l'objectif du camp présidentiel de réélection au premier tour.

M. Wade a annoncé un programme de "meetings et marches" dans tout le pays, avant, pendant et après le jour du scrutin, appelant à "brûler les cartes d'électeur et les bulletins de vote"

Le pouvoir comme l'opposition ou la société civile, notamment les autorités religieuses, sont restés jusqu'à présent sourds à ces appels, exhortant les protagonistes à contribuer à la tenue d'élections libres, transparentes et apaisées.

Portrait de candidat : Macky Sall, seul contre tous

L'affiche de campagne Macky Sall.

Dans une série spéciale, le correspondant de VOA Afrique à Dakar présente les portraits des cinq candidats à la présidentielle du 24 février 2019. Président sortant, Macky Sall veut passer au premier tour face à quatre challengers. Il mise sur ses réalisations pour briguer un second mandat. Mais il fera face à une opposition déterminée.

Macky Sall a su s’imposer en 2012 pour battre son mentor Abdoulaye Wade au second tour de la présidentielle. Le 25 mars 2012, il accède à la magistrature suprême.

"Je jure de remplir fidèlement la charge de président de la République du Sénégal", avait-il déclaré.

A 51 ans, il devient le premier président né après les indépendances.

Le président sortant Macky Sall, Seul contre Tous
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Ingénieur géologue et géophysicien diplômé de l’Institut des sciences de la terre de Dakar, Macky Sall est un pur produit du système éducatif sénégalais.

Issu d’une famille modeste, le natif de Fatick est très tôt repéré par Abdoulaye Wade. En mai 2001 il est nommé ministre des mines, de l’Industrie et de l’Hydraulique. C’est le début d’une rapide ascension politique.

Ministre d’État, ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, porte-parole du gouvernement, Premier ministre puis président de l’Assemblée nationale, Macky a occupé presque tous les postes au sommet de l’Etat.

Mais brusquement son cheminement avec le Président Abdoulaye Wade prend une mauvaise tournure. Il avait décidé de convoquer son fils Karim Wade à l’Assemblée nationale pour une audition sur les travaux de l’Agence nationale de l’organisation de la conférence islamique. C’est la rupture.

Son poste de numéro 2 du PDS au pouvoir est supprimé. Le mandat du président de l’hémicycle est réduit de cinq à un an. Il est accusé de blanchiment d’argent avant d’obtenir un non-lieu. Touché dans son orgueil, Macky Sall claque la porte de l’Assemblée.

"J’ai choisi de me départir de toutes les fonctions obtenues sous les couleurs du PDS", avait-il lancé.

Avec une trentaine de cadres du PDS, il lance sa propre formation politique nommée Alliance Pour la République (APR).

Homme de conviction, rigoureux dans le travail et persévérant selon ses proches Macky Sall arrive au pouvoir en déclarant sa ferme intention de servir la patrie avant le parti. Il crie haut et fort sa volonté de gouvernance "sobre et vertueuse".

A son accession à la magistrature suprême, il annonce sa volonté de prendre des mesures fortes parmi lesquelles celle de réduire le mandat présidentiel : "J’ai décidé de ramener à cinq ans le mandat de sept ans pour lequel je suis élu".

Macky Sall traine également des défauts. Il est jugé impulsif, manquant de sérénité et surtout acceptant difficilement les critiques selon ses opposants.

Il est aussi jugé comme un obsédé du pouvoir et limité dans le discours. L’homme des grandes réalisations comme l’appellent certains.

Macky Sall profite de cette période de campagne électorale pour inaugurer plusieurs infrastructures. Pour l’observateur politique Ibrahima Bakhoum, cela est une force qui cache une faiblesse.

"Les deux derniers mois, il les a très fortement utilisé en terme d’inauguration. Les infrastructures inaugurées n’ont pas forcément d’impact sur le quotidien des sénégalais mais le fait est là, il a obtenu une bonne communication autour de cela", explique Ibrahima Bakhoum. "Maintenant, il y a le bilan matériel et le bilan immatériel. Le bilan immatériel est catastrophique, la gouvernance zéro."

Pour autant, Macky Sall est confiant. Il défie ses adversaires comme le font les champions de lutte dans les arènes sénégalaises. Une manière pour lui de montrer qu’il compte réussir la passe de deux au soir du 24 février 2019.

Le président sortant Macky Sall, Seul contre Tous

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Portrait de candidat: Idrissa Seck, le challenger le plus expérimenté

L'affiche électorale d'Idrissa Seck.

Dans une série spéciale, le correspondant de VOA Afrique à Dakar présente les portraits des cinq candidats à la présidentielle du 24 février 2019. Ministre, ministre d'Etat, Premier ministre et aujourd'hui aspirant à la magistrature suprême, Idrissa Seck est le candidat de l'opposition le plus expérimenté.

Idrissa Seck est aussi le challenger le plus dangereux pour le Président Macky Sall. Fort de son expérience, il brigue la présidence sénégalaise pour la 3e fois après ses échecs de 2007 et 2012.

Idrissa Seck a eu une riche carrière politique. Né en 1959, il est directeur de campagne du candidat Abdoulaye Wade à la Présidentielle de 1988 puis ministre du commerce dans le gouvernement d'union nationale en 1995. Cinq ans après il est de nouveau directeur de campagne du candidat Abdoulaye Wade qui est élu pour un mandat de 7 ans en 2000.

Idrissa Seck est alors au cœur du régime libéral. Ministre d'État, Directeur de Cabinet du président puis Premier ministre en novembre 2002. Il se fait l’avocat de la bonne gouvernance. Les résultats sont au rendez-vous avec des taux de croissance record de 6,68% en 2003 et 5,87% en 2004.


Toutefois, ses relations avec le président Wade se gâtent de manière spectaculaire. Il est accusé de vouloir succéder à son père virtuel. Certains parlent de coup d'État rampant. Abdoulaye Wade l’accuse même d’avoir fouillé son bulletin de santé. Malgré toutes ses dénégations, il est limogé le 21 avril 2004.

"Ils m’ont sali, ils ont raconté n’importe quoi sur moi. Ils ont fait une propagande mensongère contre moi", avait-il déclaré.

C’est alors la disgrâce, qui ne s’arrête pas là. Idrissa Seck est accusé d’avoir détourné des sommes importantes dans l'affaire dite "des chantiers de Thiès". Il est arrêté le 23 juillet 2005. La majorité parlementaire vote sa mise en accusation devant la haute cour de justice pour détournement de fonds, corruption, faux et usage de faux, atteinte à la défense nationale et à la sûreté de l'Etat. Après plus de 6 mois à la prison de Rebeuss, il bénéficie d'un non-lieu. Il est libéré. Selon lui, ce sont les moments les plus douloureux de sa carrière politique.

"J’ai encore le souvenir frais de ma fille qui n’avait pas encore 5-6 ans, qui est venue s’enlacer contre moi en me disant: qu’est-ce qui se passe Papa? J’en ai encore le souvenir", a-t-il confié.


Rester en prison et en sortir avec un non-lieu lui a valu la sympathie de beaucoup de Sénégalais qui ont perçu sa détention comme injuste et arbitraire. Il essaie alors de rebondir et va se présenter à la présidentielle de 2007 face à son mentor Abdoulaye Wade qui rempile pour un second mandat.

Peu avant ces élections, le président reçoit son fils spirituel au Palais et annoncera devant les caméras que son "fils Idrissa Seck va revenir à la maison”. Les conséquences sont retentissantes. Abdoulaye Wade passe au premier tour et Idrissa Seck termine 2e avec un peu plus de 14% des voix.

Ce sera son meilleur score. En 2012 il n'a eu que 7% des suffrages, loin derrière le président élu Macky Sall. La relations entre les deux hommes restera plus que tendue.

Macky Sall, le président sortant est un ancien membre du PDS de l’ancien président Wade. Ils sont issus du même parti. M. Sall a été Premier Ministre et président de l’Assemblée nationale. C’est donc un choc d'ambition, une dualité non-avouée. Pour l'observateur politique Ibrahima Bakhoum, Idrissa Seck est l'adversaire le plus dangereux du président sortant.

"D’abord, il a pris le temps de construire son réseau et depuis lors, qu’est-ce qu’il fait ?", interroge le politologue, avant d'ajouter "Non seulement il pose des actes solides mais en plus il a eu beaucoup de gens qui se sont alliés avec lui parmi les candidats recalés par le parrainage. Jusqu’ici, on pense qu’Idrissa Seck est très fort et bien positionné dans l’opinion. Avec tout ce qu’il a comme coalition, s’il fait une bonne campagne, il peut faire très mal."

Avant l’an 2000, Idrissa Seck avait écrit sur son site “Idrissa.com” qu’il serait le troisième président du Sénégal après Léopold Sedar Senghor et Abdou Diouf.

Il a déjà fait deux tentatives et joue probablement la carte de la dernière chance. Mais en politique, comme le dit l’adage, on ne sait j’aimais de quoi demain sera fait. On le saura au soir du 24 février avec la proclamation des résultats de l’élection présidentielle.

Portrait de candidat : Ousmane Sonko, l'étoile montante

L'affiche de campagne officielle d'Ousmane Sonko.

Dans une série spéciale, le correspondant de VOA Afrique à Dakar présente les portraits des cinq candidats à la présidentielle du 24 février 2019. ​Candidat antisystème, Ousmane Sonko se présente à la présidentielle en révolutionnaire.

Très critique envers le pouvoir, il n’hésite jamais à partager son point de vue en public. C’est d’ailleurs ce qui est à l’origine de sa radiation de la fonction publique sénégalaise. Aujourd’hui député à l’Assemblée nationale, il veut être le plus jeune à accéder à la magistrature suprême.

Ousmane Sonko est né le 15 juillet 1974 à Thiès, de parents fonctionnaires. Il grandit principalement en Casamance puis effectue ses études supérieures à l'université Gaston-Berger de Saint-Louis, où il obtient une maîtrise en droit public en 1999. La même année, il est major de sa promotion au concours d’entrée à l'École nationale d'administration (ENA) du Sénégal.

En 2001, Ousmane Sonko sort diplômé de l’ENA, section "Impôts et Domaines" et intègre l’administration publique sénégalaise. Son premier poste le conduit au Centre des services fiscaux de Pikine dans la banlieue dakaroise. Parallèlement, il continue ses études supérieures.



En 2003, il obtient un diplôme d’études approfondies (DEA) en finances publiques et fiscalité de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD). Il est aussi titulaire d’un Master 2 en Gestion et Finances Publiques de l’Institut Supérieur des Finances et également doctorant en droit public économique et fiscalité à l’Université Jean Moulin Lyon III.

Inspecteur principal des Impôts et des Domaines au début de sa carrière, Ousmane Sonko a été successivement vérificateur fiscal et chef de Brigade de vérification fiscale, chargé du secteur immobilier. Il a aussi été auditeur interne en charge de la rédaction de la charte de déontologie à la Direction du Contrôle Interne de la Direction Générale des Impôts et Domaines.

Après seulement trois ans dans l'administration, il participe à la création du Syndicat Autonome des Agents des Impôts et Domaines dont il est le Premier secrétaire général d'avril 2005 à juin 2012, avant de devenir Secrétaire général honoraire de juin 2012 à août 2016.

À cette période, il commence à critiquer le gouvernement et accuse l'Etat d'anomalies fiscales et budgétaires en mettant en cause le président Macky Sall.

"Voilà une Assemblée Nationale qui ne l’est que de nom, avec une majorité de députés qui ne comprennent absolument rien aux enjeux, beaucoup d’entre eux n’en ont même pas les compétences ou la formation, qui sont téléguidées ou télécommandées à partir du palais de la République", avait déclaré Ousmane Sonko.

Suite à cela, il est radié par le décret N°2016-1239 du président Macky Sall pour "manquement au droit de réserve". Cet épisode, largement relayé par la presse sénégalaise, a permis de révéler Ousmane Sonko au grand public.

Président du parti politique Pastef créé en janvier 2014, soit 2 ans avant sa radiation, il est élu député à l’Assemblée nationale du Sénégal aux élections législatives de 2017.



En janvier 2018, il sort le livre "Pétrole et gaz au Sénégal. Chronique d’une spoliation" où il accuse le président Macky Sall et son entourage de malversations dans la gestion des ressources naturelles du pays.

"Un président a été élu sur la base d’un certain nombre de slogans liés à la rupture, à la bonne gouvernance, au retour de l’Etat de droit et ainsi de suite. Et aujourd’hui on voit qu’il est en train de faire exactement tout le contraire de ce qu’il avait promis aux Sénégalais", écrit-il.

Le 16 septembre 2018, il déclare sa candidature à l’élection présidentielle de 2019. Le même jour, il publie un livre programme dénommé "Solutions". Dans cet ouvrage, il livre un diagnostic des problèmes sociaux et économiques du Sénégal et décline ses propositions pour y remédier.

La montée du leader du Pastef s'est internationalisée avec sa tournée dans la diaspora. Les Sénégalais répondent présent en investissant pleinement les salles. C’est d’ailleurs cette diaspora et la jeunesse qui constituent sa principale force, si l’on se fie à l’observateur politique Ibrahima Bakhoum.

"Ousmane Sonko a le profil jeune, il a le profil technique des jeunes, il a le discours des jeunes, il sait donc leur parler, galvaniser les foules. De ce point de vue-là, ça lui a donné le buzz. Ça lui a même donné une certaine popularité, au-delà des espérances de certains de ses supporters. Il est présent au Sénégal, il est présent dans la diaspora", explique Ibrahima Bakhoum.

Charismatique, Sonko compte principalement sur son entente avec la jeunesse pour maximiser ses chances d’être le président le plus jeune du Sénégal au soir du 24 février 2019.

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