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Les ADF resserrent leur étau sur Béni, plus de 60 morts en trois semaines

Un soldat des FARDC (Forces Armées de la République démocratique du Congo) prend position lors d'échanges de tirs avec des membres de l'ADF (Forces Démocratiques Alliées) à Opira, Nord Kivu, 25 janvier 2018.

Les représailles visant les civils se multiplient dans l'est de la République démocratique du Congo, où des rebelles musulmans ougandais ont attaqué la ville de Beni, faisant au moins dix morts, au nez et à la barbe des unités de l'armée congolaise présente dans la région.

Présentes sur le terrain, à la recherche des victimes, des sources de la société civile parlent, elles, d'au moins 21 morts dans ces deux attaques simultanées mardi soir sur Beni-ville et près d'Oïcha, 30 km plus au nord.

Le baromètre sécuritaire du Kivu, co-animé par le Groupe des experts du Congo (GEC) et l'ONG Human Rights Watch avance lui un bilan de 14 morts.

Au total, entre 60 et 70 personnes ont été massacrées, souvent à l'arme blanche, dans la région de Beni (Nord-Kivu) depuis l'annonce fin octobre-début novembre d'opérations militaires de l'armée congolaise contre les bases des Forces démocratiques alliées (ADF).

Le prix Nobel de la paix 2018, Denis Mukwege, a lancé mercredi un appel au soutien militaire de l'Union européenne et de la France pour mettre fin aux massacres à Beni, dans le cadre du chapitre 7 de la Charte des Nations unies, qui prévoit notamment l'emploi de la force en cas de menace contre la paix.

Le gynécologue congolais, qui dirige une structure qui prend en charge les victimes de violences sexuelles, plaide pour "une opération militaire limitée dans le temps et dans l'espace", "inspirée du mandat de la mission Artemis", en référence à la force européenne sous commandement français qui avait mis fin aux massacres communautaires dans la province voisine de l'Ituri en 2003.

Après des mois d'accalmie, les tueries à répétition à Béni apparaissent comme des représailles menées par les rebelles musulmans ougandais des ADF pour briser le soutien des civils aux opérations de l'armée congolaise, d'après les observateurs.

- Béni, entre rebelles et Ebola -

Mardi soir, au moins sept personnes ont été tuées dans la ville même de Beni, attaquée pour la première fois par les ADF depuis octobre 2018, selon l'armée citée par la radio onusienne Okapi et la société civile.

Une dizaine de civils auraient également été kidnappés, d'après la société civile.

Beni-ville est en théorie la base arrière des militaires dans la zone. Ville de quelque 100.000 habitants, carrefour commercial, épicentre de l'actuelle épidémie d'Ebola qui a fait plus de 2.000 victimes en 18 mois, Beni est aussi le siège d'une base de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco) à l'aéroport, à 10 km au nord du centre-ville.

L'armée congolaise a lancé ses opérations sans demander le renfort de la force onusienne, qui lui fournit des renseignements et procède à des évacuations sanitaires.

Par ailleurs, 14 civils ont été massacrés plus au nord à Oïcha, d'après la société civile, bilan confirmé par l'enquête du baromètre sécuritaire du Kivu.

D'une rare intensité d'après les témoins, les attaques mardi soir sur des quartiers de Beni et d'Oïcha ont provoqué la fuite des populations.

"Ca tire à l'arme lourde et légère sans répit. Je ne sais pas si on va en sortir vivant", affirmait dans la nuit à l'AFP un religieux catholique de Beni.

Au petit matin mercredi, des manifestants ont protesté contre ces nouveaux massacres, en prenant pour cible entre autres la Monusco.

- Revendications jihadistes -

Le mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha) a affirmé sur Twitter que douze de ses militants "ont été arrêtés à Oïcha où nous avons organisé une marche pacifique pour exiger des mesures urgentes de sécurisation de la population en attendant la défaite totale des ADF".

Groupe armé parmi les plus violents dans l'est de la RDC, les ADF sont accusés du massacre d'un millier de civils dans le territoire de Beni depuis octobre 2014.

A l'origine, les ADF sont des rebelles ougandais musulmans hostiles au président Yoweri Museveni, qui se sont repliés dans l'est de l'actuelle RDC en 1995.

Un quart de siècle plus tard, ils n'attaquent plus les frontières voisines de l'Ouganda, vivent en autarcie dans la jungle et ne revendiquent aucun de leurs massacres en RDC. Leur recrutement s'est étendu à d'autres nationalités.

Le groupe jihadiste Etat islamique a revendiqué début 2019 quelques attaques dans la région de Beni, sans preuve formelle d'une quelconque affiliation des ADF à l'EI.

La population dénonce "l'inefficacité des services de renseignements". "Depuis vendredi la population signale la présence d'hommes armés près d'Oïcha", a souligné un membre de la société civile, Teddy Kataliko.

"La population a peur que les ADF se soient infiltrés dans les villes de la région, Beni, Oïcha, Mavivi...", ajoute-t-il. "Vous sentez qu'ils sont dans la ville. Ils se déguisent. On ne sait plus qui est civil, qui est policier".

Avec AFP

Plusieurs morts dans une attaque des milices ADF à Beni

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Motion de défiance envers le gouverneur de l'Ituri

Le gouverneur de l'Ituri Jean Bamanisa le 11 septembre 2011.

Le gouverneur de l'Ituri, province instable riche en or du nord-est de la République démocratique du Congo, a été la cible mercredi d'une motion de défiance très largement adoptée par les députés de l'assemblée provinciale.

Dans cette motion adoptée par 27 voix sur 28 votants, les députés reprochent en premier lieu au gouverneur Jean Bamanisa "la gestion opaque" d'un fond gouvernemental en faveur des déplacés dans la province.

Des dizaines de milliers de civils avaient fui des tueries fin 2017 et début 2018, puis en juin 2019, en territoire de Djugu dans le nord de la province.

La dernière flambée de violences de juin "avait contraint près de 360.000 personnes à se déplacer", a estimé mercredi le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies (UNHCR), en annonçant l'ouverture d'un camp dans la capitale provinciale Bunia.

Les députés reprochent également au gouverneur Jean Bamanisa, un homme d'affaires proche de l'ancien président Joseph Kabila, "l'achat de dix véhicules à la police pour un montant exorbitant" et "la vente de 12 lingots d'or confisqués par la justice militaire".

Les députés ont dû siéger en pleine rue car la police leur a empêché l'accès aux bâtiments de l'assemblée provinciale pour tenir leur séance plénière, selon un témoin sur place joint par l'AFP.

L'AFP a vainement tenté de joindre le gouverneur pour entendre sa propre version des faits et savoir s'il acceptait sa destitution par ces mêmes députés qui l'avaient élu à son poste au début de l'année. M. Bamanisa avait alors été élu en candidat indépendant.

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