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Le Gabon et l'Union Européenne ont repris le dialogue politique

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Huit personnes incarcérées dans le cadre d'une opération anticorruption

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Huit personnes incarcérées dans le cadre d'une opération anticorruption

L'assemblée nationale à Libreville au Gabon, le janvier 2017. (VOA/Timothee Donangmaye)

Huit personnes ont été placées jeudi en détention provisoire dans le cadre d'une vaste opération anticorruption lancée au Gabon et touchant des proches de l'ancien homme fort de la présidence, Brice Laccruche Alihanga.

"Des poursuites sont exercées contre des compatriotes pour des faits de détournement de deniers publics et blanchiment de capitaux", a annoncé jeudi soir le procureur de Libreville, André Patrick Roponat, à la télévision nationale.

En tout, seize personnes ont été présentées devant un juge mercredi. Huit ont été placées en détention préventive, et d'autres en liberté provisoire, a ajouté le procureur.

Ces dernières semaines, une vague d'interpellations sur fond de soupçons de corruption et de malversations financières secouent le Gabon. Elles ont commencé après le limogeage de M. Laccruche à la direction du cabinet du président Ali Bongo Ondimba.

Il occupait ce poste depuis plus de deux ans, et il n'avait cessé de gagner en influence après un accident vasculaire cérébral (AVC) de M. Bongo en octobre 2018.

Ce pouvoir grandissant a suscité de très nombreuses critiques, notamment au moment où M. Laccruche plaçait plusieurs de ses proches à des postes clés. Il a depuis été nommé à la tête d'un ministère à l'intitulé singulier: celui du suivi de la "Stratégie des investissements humains et des objectifs de développement durable".

Au coeur de l'enquête en cours figure la gestion d'une entreprise publique, la Gabon Oil Compagny (GOC), où 85 milliards de francs CFA (129 millions d'euros) se seraient "volatilisées", selon un article publié mercredi par le quotidien pro-gouvernemental l'Union.

L'administrateur-directeur général de cette entreprise, Patrichi Tanasa, proche de M. Laccruche, fait partie des personnes incarcérées, a confirmé à l'AFP son avocat Jean Paul Moubembe.

L'enquête de l'Union cible notamment la Dupont Consulting Compagny, une société privée ayant passé plusieurs contrat avec la GOC, dont l'administrateur se trouve être le frère de M. Laccruche, Gregory Laccruche. Il a été interpellé mercredi mais ne fait pas partie des personnes présentées devant un juge jeudi, a indiqué à l'AFP une source proche du pouvoir.

- Opération Mamba -

De même, le porte-parole de la présidence, Ike Ngouoni, le bras droit de M. Laccruche, a été arrêté jeudi dernier, mais est toujours en garde à vue.

Plusieurs avocats des personnes interpellées ont dénoncé une "vendetta politique" et la presse d'opposition parle, elle, d'"une chasse aux sorcières".

De son côté, la présidence a appelé à "dépolitiser" l'enquête. "Quelle que soit votre place, s'il y a des soupçons, il n'y a pas d'impunité. Maintenant c'est à la justice de faire son travail, de trancher", a déclaré Jessye Ella Ekogha, qui remplace M. Ngouoni.

Selon lui, il s'agit surtout de la suite de l'opération Mamba, lancée en 2017 par le président pour lutter contre la corruption.

Vendredi, Ali Bongo Ondimba a présidé un conseil extraordinaire de la magistrature, une première en dix ans au pouvoir. Dans la foulée, le procureur de Libreville Olivier N'Zahou a perdu sa place au tribunal de première instance de Libreville pour être envoyé comme avocat général à Franceville, à l'autre bout du pays.

- Un procureur qui se cache -

"Aujourd'hui, M. N'Zahou se cache car il est suivi et il a l'impression qu'on veut en finir avec lui", assure son avocat Me Nzigou.

La présidence a également procédé à plusieurs changements à des postes clés des services de renseignement et de sécurité ces derniers jours.

Face à ce bouleversement de la vie politique gabonaise, une partie de l'opposition continue d'affirmer que le président Bongo n'est plus en capacité de diriger le pays.

Le collectif d'opposants Appel à agir, qui demande une expertise sur la santé du président depuis mars, estime que "les impostures se succèdent à la tête du pays". Il dénonce "une monarchisation" du Gabon, affirmant que les récents bouleversements témoignent du "pouvoir grandissant de l'épouse et du fils d'Ali Bongo".

"Parler d'inaptitude alors que le président a présidé un Conseil supérieur de la magistrature il y a quelques jours ne peut être pris au sérieux", rétorque le porte-parole de la présidence par intérim.

Avec AFP

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Une opération anticorruption rebat les cartes au sommet de l'Etat

La mairie à Libreville au Gabon, le 22 janvier 2017. (VOA/Timothee Donangmaye)

Des interpellations en série jusqu'au sein de la présidence, un procureur débarqué, des millions d'euros "volatilisés": une vaste opération anticorruption rebat brutalement les cartes du pouvoir au Gabon.

Dans ce pays d'Afrique centrale régulièrement pointé du doigt dans des affaires de détournement de fonds, un nouveau feuilleton politico-judiciaire a éclaté il y a quelques semaines. D'une ampleur inédite cette fois, car touchant l'entourage de l'ancien homme fort de la présidence gabonaise, Brice Laccruche Alihanga.

Son limogeage le 7 novembre du poste de directeur de cabinet de la présidence d'Ali Bongo Ondimba, fonction qu'il occupait depuis plus de deux ans, a sonné le coup d'envoi d'une vague d'interpellations sur fond de soupçons de corruption et de malversations financières.

Une vingtaine de personnes ont été interpellées, notamment, l'ancien directeur général de la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAMGS), Renaud Allogho Akoue, mais également le directeur de la communication présidentielle, Ike Ngouoni, considéré comme le bras droit de M. Laccruche.

Aujourd'hui simple ministre, M. Laccruche, fait profil bas, alors qu'il n'avait cessé de gagner en influence depuis l'accident vasculaire cérébral(AVC) du président Bongo, survenu en octobre 2018.

L'étau semble en tout cas se resserrer, avec la publication mercredi d'une double page dans le quotidien pro-gouvernemental l'Union affirmant que plus de 85 milliards de francs CFA, soit 129 millions d'euros, se sont "volatilisés" ces deux dernières années au sein de la Gabon Oil compagny (GOC). Une entreprise publique gérée par un certain Patrichi Tanasa, proche de M. Laccruche, en garde à vue depuis lundi.

L'enquête de l'Union cible notamment la Dupont Consulting Compagny, une société privée dont les administrateurs se trouvent être "Gregory Laccruche et M. Tony Ondo Mba", respectivement le frère de Brice Laccruche et l'actuel ministre de l'Energie.

- "vendetta politique" -

Selon l'avocat Anges Kévin Nzigou, qui représente une dizaine de personnes qui ont été placées en garde à vue, ses clients ne sont pas informés des motifs de leur incarcération. Et pour Boris Rosenthal, qui représente le porte-parole de la présidence M. Ngouoni, pas de doute: "il y a une vendetta politique".

Mais la présidence appelle, elle, à "dépolitiser" l'enquête. "Quelle que soit votre place, s'il y a des soupçons, il n'y a pas d'impunité. Maintenant c'est à la justice de faire son travail, de trancher", affirme Jessye Ella Ekogha, qui remplace M. Ngouoni.

Selon lui, il s'agit surtout de la suite de l'opération Mamba, lancée en 2017 par le président pour lutter contre la corruption.

Vendredi, Ali Bongo Ondimba a présidé un conseil extraordinaire de la magistrature, une première en dix ans au pouvoir.

Dans la foulée, le procureur de Libreville Olivier N'Zahou a perdu sa place au tribunal de première instance de Libreville pour être envoyé comme avocat général à Franceville, à l'autre bout du pays.

"Aujourd'hui, M. N'Zahou se cache car il est suivi et il a l'impression qu'on veut en finir avec lui", assure Me Nzigou, qui le représente également.

Le Syndicat des magistrats du Gabon (Synamag) a d'ores et déjà averti qu'il "s'opposera à l'arrestation (d'un magistrat) si celle-ci n'est pas faite dans les règles".

La présidence a également procédé à plusieurs changements à des postes clés des services de renseignement et de sécurité ces derniers jours.

- L'opposition accuse -

Face à ce bouleversement de la vie politique gabonaise, une partie de l'opposition continue, elle, d'affirmer que le président Bongo n'est plus en capacité de diriger le pays.

Le collectif d'opposants Appel à agir, qui demande une expertise sur la santé du président depuis mars, estime que "les impostures se succèdent à la tête du pays". Il dénonce "une monarchisation" du Gabon, affirmant, comme la presse d'opposition, que les récents bouleversements témoignent du "pouvoir grandissant de l'épouse et du fils d'Ali Bongo".

"Parler d'inaptitude alors que le président a présidé un Conseil supérieur de la magistrature il y a quelques jours ne peut être pris au sérieux", rétorque le porte-parole de la présidence par intérim.

"Nous n'avons pas encore suffisamment de recul pour comprendre ce qui se passe", avoue perplexe le politologue gabonais André Adjo. "Qui pouvait imaginer il y a quelques semaines que la situation allait évoluer ainsi?".

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