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Côte d'Ivoire

La procureure de la CPI fait appel de l'acquittement de Laurent Gbagbo

L'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, lors d'une audience devant la CPI, à la Haye, le 19 février 2013.

La procureure de la Cour pénale internationale (CPI) a fait appel lundi contre l'acquittement de crimes contre l'humanité prononcé en janvier à l'encontre de l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo et de l'un de ses proches, Charles Blé Goudé.

"L'appel démontrera que la chambre de première instance a commis des erreurs de droit et de procédure qui ont abouti à l'acquittement de M. Gbagbo et de M. Blé Goudé pour tous les chefs d'accusation", a déclaré dans un communiqué le bureau de la procureure, Fatou Bensouda.

Laurent Gbagbo a été reconnu non coupable de crimes contre l'humanité commis en 2010 et 2011 au cours des violences post-électorales en Côte d'Ivoire, et libéré en février sous conditions.

Les juges ont acquitté les deux hommes "sans formuler correctement et sans appliquer de manière cohérente une norme de preuve clairement définie", a déclaré Mme Bensouda.

La Belgique avait accepté d'accueillir Laurent Gbagbo, 73 ans, libéré en février. Il est actuellement en liberté conditionnelle à Bruxelles en attendant un éventuel procès en appel. Blé Goudé vit aux Pays-Bas dans des conditions similaires.

Maintenu en détention pendant plus de sept ans, Laurent Gbagbo était jugé pour des crimes commis pendant la crise de 2010-2011, née de son refus de céder le pouvoir à son rival, l'actuel président ivoirien Alassane Ouattara. Les violences avaient fait plus de 3.000 morts en cinq mois.

Il avait été arrêté en avril 2011 par les forces du président Ouattara, soutenues par l'ONU et la France. Il est le premier ancien chef d'Etat à avoir été remis directement à la CPI.

MM. Gbagbo et Blé Goudé étaient accusés de quatre chefs de crimes contre l'humanité: meurtres, viols, persécutions et autres actes inhumains, pour lesquels ils ont toujours plaidé non coupable.

Succès des programmes d'alphabétisation à Grand Bassam

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La télémédecine révolutionne la prise en charge des malades du coeur

Utilisation d'une tablette tactile dans le service pionnier de télémédecine dédié aux maladies cardiaques de l'hôpital de Bouaké, en Côte d'Ivoire le 20 juin 2019.

"Un ouf de soulagement !" pour les malades du coeur en Côte d'Ivoire : le développement de la télémédecine, qui permet d'effectuer à distance des diagnostics et de prescrire des traitements, change la donne en simplifiant la prise en charge des patients.

"Entre le transport, la nourriture et l'hébergement", qui s'ajoutent au coût de la consultation (3 à 5.000 francs CFA, soit 4,50 à 7,50 euros), venir régulièrement à l'hôpital pour faire soigner son fils cardiaque de 19 ans occasionne des frais élevés pour Catherine Coulibaly, alors que la famille n'a que des revenus modestes.

La vie de plusieurs milliers de patients comme la famille Coulibaly a changé avec la mise en place d'un service pionnier de télémédecine au Centre hospitalier universitaire de Bouaké, en train de s'étendre à tout le nord de la Côte d'Ivoire.

La télémédecine, "c'est un ouf de soulagement pour la population de Bouaké, de Boundiali, de Korhogo, de tout le monde", témoigne Auguste Dosso, président de l'association "P'tit coeur", qui aide les familles des petits cardiaques.

A l'origine du projet, le docteur Florent Diby, cardiologue au CHU de Bouaké, a créé une ONG, "Wake Up Africa", pour promouvoir dans son pays la technologie de la télémédecine, déjà largement utilisée dans le monde mais très peu en Afrique de l'Ouest.

Améliorer les soins aux patients cardiaques est en effet devenu une question de santé publique dans cette région.

- Explosion des maladies cardiovasculaires -

"On observe dans notre pratique quotidienne une émergence des maladies cardiovasculaires. On pense que c'est dû aux changements de mode de vie: l'urbanisation qui rend la population plus sédentaire, la hausse de la consommation de tabac, les changements dans l'alimentation, le stress... Il y a une explosion des maladies comme l'hypertension ou le diabète", autrefois des maladies de pays riches, explique le Dr Diby.

"Un quart de la population ivoirienne est aujourd'hui touchée par l'hypertension, contre seulement 13% dans les années 1980", précise-t-il. Soit un taux comparable à la France. Mais seulement moins de la moitié des malades ivoiriens sont traités, faute d'infrastructure de soins suffisantes.

"90% des infarctus peuvent être diagnostiqués par la télémédecine. Pour nous cardiologues, c'est une technologie révolutionnaire", se félicite le Dr Diby.

Les unités de cardiologie bien équipées sont rares en Côte d'Ivoire (Abidjan, Yamoussoukro et Bouaké), d'où l'idée de miser sur la médecine à distance.

En pratique, ni le médecin ni le patient ne se déplacent plus. Le patient cardiaque réalise un examen, comme un électrocardiogramme, avec l'aide d'un technicien dans un centre de santé local, relié par ordinateur au service de cardiologie du CHU de Bouaké. Le cardiologue du CHU peut voir les résultats en temps réel, les interpréter, délivrer un diagnostic et prescrire un traitement.

Lancé il y a cinq ans, le projet mené par Wake Up Africa a déjà permis de relier dix centres de santé. Il entre désormais dans une nouvelle phase, avec l'objectif de relier un pool de sept cardiologues de Bouaké à 20 centres de santé et donc de couvrir une large partie du nord et de l'ouest de la Côte d'Ivoire.

- 'Un projet stratégique' -

Le service de cardiologie du CHU de Bouaké a soigné l'an dernier 4.800 patients dans ses locaux, et autant grâce au réseau de télémédecine. Avec l'extension du réseau, ce sont 14.000 patients de plus par an qui pourront être pris en charge, se réjouit le Dr Diby.

"La télémédecine permet de résoudre le problème des déserts médicaux et du manque d'expertise médicale" dans le pays. Elle offre donc "un meilleur accès au soins pour les patients", particulièrement pour les familles qui devaient engager des frais importants pour venir à l'hôpital, explique le Dr Diby.

Quelque 45% de la population ivoirienne vit sous le seuil de pauvreté, selon la dernière estimation de la Banque mondiale, en 2017. Et le salaire minimum mensuel - pas toujours respecté - ne se monte qu'à 60.000 FCFA (90 euros), dans ce pays où il n'existe pas d'assurance maladie publique.

Expertise France, l'agence française de coopération technique internationale, subventionne l'extension du réseau de télécardiologie à hauteur de 185.000 euros pour payer le matériel informatique nécessaire (ordinateurs, tablettes, logiciels d'intelligence artificielle, connexion internet).

"C'est un projet stratégique. Dans cette région, la télémédecine est une solution d'avenir", estime l'ambassadeur de France en Côte d'Ivoire Gilles Huberson.

Au CHU de Bouaké, le service de cardiologie, devenu trop exigu, va se développer grâce à la création d'un Institut de cardiologie de 12.000 m2, qui devrait ouvrir ses portes d'ici deux à trois ans.

Le Dr Diby prône maintenant une extension de la télémédecine à d'autres spécialités médicales : neurologie, ORL, néphrologie, psychiatrie... non seulement en Côte d'Ivoire mais dans toute l'Afrique de l'Ouest.

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