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Agriculteurs et éleveurs ivoiriens dialoguent

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Arrestation de deux enseignants en grève à l'université d'Abidjan

Des policiers s’affrontent aux étudiants (non visibles) lors d'une manifestation contre la hausse des coûts de l'éducation à l'Université Felix Houphouet Boigny, à Abidjan, le 18 septembre 2017.

La cinquième semaine de grève des professeurs de l'université Félix Houphouët Boigny d'Abidjan en Côte d'Ivoire, a été marquée lundi par l'arrestation de deux enseignants, a annoncé l'administration universitaire.

"Dans leur volonté de perturber les cours et les examens, un groupe d'individus conduit par le secrétaire général de la Coordination nationale des enseignants-Chercheurs (CNEC), a fait irruption dans les amphis", a écrit la présidence de l'université dans un communiqué.

"Dans leur élan, ce même groupe s'est rendu dans un autre amphi pour y déloger les enseignants et les étudiants en plein travaux pratiques. Deux d'entre eux ont été appréhendés par la police", a-t-elle ajouté.

Ces incidents interviennent après l'exclusion de l'université de quatre enseignants, dont le responsable du premier syndicat chez les professeurs du supérieur, Johnson Zamina Kouassi, secrétaire général et porte-parole du CNEC. Ces quatre enseignants ont été "révoqués" par le conseil de discipline de l'université pour des "violences" perpétrées à la présidence de l'université.

Sept autres professeurs ont écopé de suspensions de toutes activités académiques, allant de "six à douze mois".

"C'est du jamais vu dans le monde universitaire en Côte d'Ivoire" a dénoncé M. Kouassi, avertissant qu'une "telle mesure va exacerber la grève. Nous allons durcir le mouvement".

La CNEC a annoncé, il y a une semaine, "un an de grève" à l'université d'Abidjan, pour exiger l'annulation des sanctions disciplinaires.

Ces grèves qui touchent également les enseignants des écoles primaires et secondaires paralysent tout le système éducatif du pays.

L'université Félix Houphouët Boigny compte 60.000 étudiants pour 2.300 professeurs, selon les chiffres de la CNEC, qui se présente comme indépendant et premier syndicat chez les professeurs du supérieur.

Le président de l'université, le professeur Abou Karamoko", dont la CNEC réclame la "révocation", avait averti que "toute tentative de perturbation des activités académiques sera puni de façon exemplaire".

Les grèves dans le secteur public sont récurrentes en Côte d'Ivoire depuis deux ans, malgré la signature d'un protocole d'accord entre le ministère de la Fonction publique et certains syndicats en août 2017.

Les écoles paralysées depuis près d’un mois

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L'écologie pour réconcilier paysans et éleveurs en Côte d'Ivoire

Malgré leur participation à l'école paysanne et le cacao de qualité qu'ils produisent, ces cacaoculteurs ne se réjouissent pas du fruit de leur labeur au Cameroun, le 25 mai 2017. (VOA/Emmanuel Ntap)

Un programme original a été lancé pour réconcilier les frères ennemis (éleveurs et agriculteurs) et aussi pour protéger le Parc national de la Comoé, classé au patrimoine mondial.

Traoré Brahima, un agriculteur, marche côte à côte avec Barry Soumaila, un jeune éleveur, près du barrage de Danoa, dans le nord-est de la Côte d'Ivoire, à quelques centaines de mètres de la frontière avec le Burkina Faso. Ils se parlent mais sont rivaux. Ici, comme dans les westerns américains, les différends entre les deux communautés sont souvent meurtriers.

En Afrique de l'Ouest et centrale, les affrontements entre éleveurs et agriculteurs, souvent nourris par des rivalités ethniques, ont fait des milliers de morts ces dernières années (Nigeria, Centrafrique, Tchad, Mali notamment).

La région de Bouna en Côte d'Ivoire a été le théâtre d'un pic de violence en mars 2016. A l'apogée de la saison sèche dans cette zone de savane, les violences entre éleveurs peuls et populations locales avaient fait 33 morts, une cinquantaine de blessés et 2.500 déplacés, d'après le bilan officiel. Un bilan qui, selon des sources locales, serait en réalité beaucoup plus lourd.

Lors de leur recherche de pâturages, les bovins abiment les cultures des populations sédentaires, Koulango (souvent propriétaires) et Lobi (souvent agriculteurs locataires), ce qui exacerbe les conflits.

Les éleveurs peuls avaient aussi tendance à emmener leurs bêtes paître dans le parc de la Comoé, surtout en saison sèche, explique le commandant D'Angouss Kissi de l'Office ivoiriren de Parcs et réserves (OIPR).

- "Apaiser la situation" -

"Notre mission, c'est de protéger le parc. Mais nous nous sommes rendu compte que la surveillance seule ne permettait pas d'endiguer les entrées illégales de bovins. Il fallait trouver autre chose", dit-il. "Il fallait trouver des pâturages et de l'eau aux bouviers (éleveurs de bovins) à l'extérieur du parc. Tout en apaisant la situation et évitant de nouveaux conflits".

Avec le soutien de l'agence de coopération allemande GIZ, qui investit 1,2 million d'euros sur quatre ans, la Côte d'Ivoire a donc lancé un programme pilote qui prévoit la réhabilitation mais surtout la gestion concertée de points d'eau (barrages) avec des comités locaux de gestion (CLG) regroupant toutes les parties prenantes: éleveurs, propriétaires, paysans locataires ainsi que les entreprises locales ou les enseignants.

A Danoa, les villageois ont aligné des chaises en plastique sur la petite place centrale couronnée par un baobab et un neemier géants. D'un côté, entourant le roi du village en tenue d'apparat avec ses bijoux, les propriétaires koulango, qui se sont mis sur leur 31. De l'autre, avec des habits élimés, les agriculteurs lobi et les éleveurs peuls.

Le ton est cordial. Chacun prend la parole à tour de rôle sans interrompre quiconque. On a mis en place des couloirs de transhumance, qui mènent au barrage et à des zones de pâturage créés ex nihilo par l'OIPR, qui y plante des herbes destinées au bétail. On discute aussi du prix d'accès à l'eau. Il y a des tarifs "cassés" pour les membres de la communauté (2000 francs CFA, soit 3 euros, le mois par troupeau) contre 15.000 FCFA (23 euros) pour les éleveurs venant d'ailleurs.

"Avant, il y avait des palabres (disputes) tous les jours. Problème d'eau, d'herbe, pas de route pour les animaux. Du coup, pour éviter les conflits, on allait au Parc", explique l'éleveur Barry Bounangui.

"Aujourd'hui, agriculteurs et éleveurs se fréquentent, c'est une bonne chose. L'association a donné la force et la confiance. Les couloirs de transhumance nous aident beaucoup. Mais pour que ça continue, il faut que le barrage (qui fuit) soit réparé", conclut-il, à l'adresse du commandant Kissi.

- Sourires et grimaces -

Du côté des propriétaires, Amadou Ouattara, chef de terres (sorte de responsable traditionnel du cadastre), applaudit l'initiative. "On a fait des sacrifices. On a donné des terres pour les couloirs de transhumance. On a expliqué aux nôtres que c'était pour le bien commun. Il faut éviter les confits, c'est mieux pour tout le monde".

Les agriculteurs aussi se disent "heureux": "On a moins de dégâts", témoigne Kambou Tchourité.

"Après ce qui s'est passé (en 2016), j'avais peur. Tout le monde avait peur. Quand on est d'accord, c'est bon pour tout le monde", dit Awa Ouattara, présidente des femmes maraichères.

La réunion se termine. Après les sourires, les grimaces. Certains agriculteurs maugréent dans leur coin, maudissant les éleveurs. L'un des agriculteurs prend la parole, très énervé: "Les boeufs viennent dans les champs. Ils détruisent tout. J'ai dit à l'éleveur d'arrêter mais il recommence et il recommence... Ça ne peut plus durer!"

Du côté des éleveurs, on fait mine de sourire. En s'éloignant, l'un d'eux confie à l'AFP: "Les agriculteurs, ils veulent tout. Ils ne laissent pas passer, ils brûlent les champs et ils ne laissent pas un brin d'herbe".

"C'est un modèle en construction mais il faut amener les gens à se rencontrer, se parler et s'accepter. Rien que de les avoir mis à la même table, c'est déjà une victoire", explique Sanogo Issoufou, de la GIZ.

"Avec la gestion concertée, la situation économique est meilleure pour tout le monde et peut générer des revenus supplémentaires. On espère créer un cercle vertueux".

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