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Au Cameroun, prison à vie pour un leader des séparatistes anglophones

Julius Ayuk Tabes dans une vidéo postée sur Youtube le 21 octobre 2017. (Youtube)

Un des leaders des séparatistes de la minorité anglophone du Cameroun, Julius Ayuk Tabes, a été condamné mardi à la perpétuité pour "terrorisme" et "sécession", un verdict qui risque d'envenimer un conflit déjà meurtrier dans l'ouest du pays.

Sisiku Ayuk Tabe, président du mouvement séparatiste anglophone au Cameroun, 31 octobre 2017. (Facebook/Sisiku Ayuka Tabe Julius)
Sisiku Ayuk Tabe, président du mouvement séparatiste anglophone au Cameroun, 31 octobre 2017. (Facebook/Sisiku Ayuka Tabe Julius)

Julius Ayuk Tabe, 54 ans, qui s'était autoproclamé en 2017 "président" de l'"Ambazonie", l'Etat que les séparatistes de la minorité anglophone veulent fonder, a été condamné à la perpétuité avec 9 autres de ses partisans par un tribunal militaire de Yaoundé, ont annoncé à l'AFP les avocats de l'Etat et de la Défense.

En 2016, une partie des habitants des régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ont commencé à manifester pour demander davantage de reconnaissance de l'Etat central. Face au refus des autorités et la répression, une partie des séparatistes a pris les armes en 2017 et les affrontements avec les forces de sécurité ont fait, depuis, plus de 2.000 morts selon Human Rights Watch (HRW).

M. Ayuk Tabe, considéré comme une figure de la contestatation séparatiste, milite depuis plusieurs années pour que les deux régions anglophones du Cameroun se séparent de la partie francophone du pays. Il s'est récemment dit ouvert au dialogue avec le gouvernement, sous conditions, plutôt que par les armes, ce qui lui vaut d'être contesté en tant que leader de cette cause par la branche radicale armée.

En janvier 2018, M. Ayuk Tabe avait été interpellé avec 46 autres indépendantistes à Abuja par les services de renseignement nigérians. Ils avaient ensuite été transférés à Yaoundé. Une extradition jugée illégale par la justice nigériane en mars 2019.

Le procès de M. Ayuke Tabe et des neuf autres séparatistes s'était ouvert fin décembre.

Le verdict prononcé mardi matin par le tribunal militaire de Yaoundé les condamnant à la prison à vie a été assorti d'une amende collective de 250 milliards de FCFA (381 millions d'euros), selon l'un des avocats de la défense, Me Joseph Fru.

Ces derniers n'ont pas encore indiqué s'ils allaient faire appel de cette sentence. Mais, ils ont qualifié le procès de "parodie de justice".

Risque de radicalisation

"Cette condamnation risque d’aggraver la situation sécuritaire en zone anglophone dans les prochaines semaines", estime un expert du Cameroun du groupe de réflexion International Crisis Group (ICG).

"Elle pourrait radicaliser, selon lui, une partie des séparatistes qui voyaient dans le fait que ces leaders n'avaient pas encore été condamnés comme une marque d'espoir".

Cette décision tombe au moment où, après trois ans de conflit, des signes d'ouverture avaient été enregistrés ces derniers mois.

Face aux pressions internationales, le président Paul Biya, 86 ans, s'était dit prêt en mai à organiser un dialogue pour résoudre la crise anglophone au Cameroun. Une ouverture tranchant avec l'intransigeance affichée jusque-là par Yaoundé.

En réponse, le leader séparatiste s’était dit disposé à participer à des pourparlers avec le gouvernement, mais uniquement à l'étranger, posant comme préalable sa libération, ainsi que celle de toutes les personnes détenues dans le cadre de la crise anglophone.

"M. Ayuk Tabe a beaucoup de poids chez les anglophones. Sa condamnation va rendre la résolution de la crise encore plus compliquée", a déclaré à l'AFP Denis Nkenlemo, le chargé de communication du principal parti d'opposition au Cameroun opposé à la sécession, le Social democratic front (SDF).

"Cette décision est un acte de provocation qui prouve, une fois de plus, que le gouvernement n'est pas prêt pour le dialogue (...) et nous mène droit dans le mur", a-t-il ajouté.

Combats quasi-quotidiens

Depuis le début du conflit en zone anglophone, la terreur règne, selon les ONG de défenses de droits de l'Homme. Des combats opposent quasi-quotidiennement l'armée, déployée en nombre, à des groupes épars de séparatistes armés qui, cachés dans la forêt équatoriale, attaquent gendarmeries et écoles et multiplient les enlèvements.

Des ONG pointent également régulièrement des exactions de l'armée contre les civils.

Le conflit a forcé plus de 530.000 personnes à quitter leur foyer, selon des chiffres de l'ONU.

Le Cameroun, pays d'Afrique centrale, est dirigé par Paul Biya depuis son arrivée au pouvoir en 1982.

Outre la crise dans les régions anglophones, le Cameroun est confronté à plusieurs défis. Notamment une crise politique, depuis la réélection de M. Biya à la magistrature suprême en octobre 2018, contestée par l'opposition.

Il fait également face à des défis sécuritaires immenses dans le nord du pays,où le groupe jihadiste nigérian Boko Haram multiplie les attaques.

L’un des principaux postes du réseau électrique endommagé à Yaoundé.

L’un des principaux postes du réseau électrique endommagé à Yaoundé.
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Le réseau électrique fortement perturbé à Yaoundé

Deux agents de la société Eneo Cameroon effectuent des travaux, à Douala. (Crédit/Eneo)

Yaoundé connait de fortes perturbations dans la distribution du courant électrique. Un incendie a endommagé partiellement l’un des principaux postes du réseau électrique de la ville le 7 août dernier.

La situation n’est pas sans conséquences mais le gouvernement tente de rassurer les populations sur un retour à la normale dans de meilleurs délais.

L’un des principaux postes du réseau électrique endommagé à Yaoundé.
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Entre temps, plusieurs quartiers de la capitale sont dans le noir. Comme, les quartiers mini ferme melen, carrefour des carreaux, biyem-assi ou encore nsimeyong. Les populations de ces endroits sont aux abois.

"Ce que nous avons comme provisions dans les congélateurs s’est gâté, ça fait 9 jours que nous n’avons de courant électrique", s’indigne Jean-Marc, rencontré par VOA Afrique, au lieu-dit carrefour des carreaux.

Des groupes électrogènes pour faire face aux perturbations du courant électrique au quartier Tsinga, à Yaoundé, le 15 août 2019. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)
Des groupes électrogènes pour faire face aux perturbations du courant électrique au quartier Tsinga, à Yaoundé, le 15 août 2019. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)

Une autre victime de ces perturbations retient à peine sa colère: "je n’ai pas d’électricité pour mettre mes téléphones en charge".

"On ne peut plus rien faire, le courant ne revient même pas comme dans d’autres quartiers. Je n’ai même plus le moindre franc à partir de mon activité pour nourrir ma famille", dit Christophe, réparateur des appareils électronique. ​

A Tsinga, un quartier populaire, et florissant pour les affaires, les perturbations de courant électrique vont de 9 heures du matin, jusqu’à tard dans la nuit.

Le centre-ville subi aussi les fortes perturbations dans la distribution du courant électrique, à Yaoundé, le 15 août 2019. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)
Le centre-ville subi aussi les fortes perturbations dans la distribution du courant électrique, à Yaoundé, le 15 août 2019. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)

Pour la survie des affaires, les moteurs de groupes électrogènes ronflent à longueur de journée dans les structures bancaires, de microfinance, de transfert électronique d’argent, les stations-service et chez quelques rares particuliers. Mais il y a déjà des désagréments.

"L’insécurité s’est aggravée. On ne dort plus profondément, on craint qu’à tout moment, un bandit surgisse, nous sommes découragés", témoigne sous anonymat un habitant du quartier.

Les responsables de sécurité du quartier Tsinga et ses environs n’ont pas souhaité faire de commentaires sur ces allégations. Les perturbations actuelles dans la fourniture du courant électrique à Yaoundé sont sans précèdent.

"Il y a eu un départ de feu dans la salle des commandes du poste source de melen", a expliqué Gaston Eloundou Essomba, ministre de l’Eau et de l’énergie au cours d’un point de presse.

"Ce départ de feu a engendré un incendie qui a consumé, dix-neuf cellules de la salle de contrôle, le poste est désormais hors service. A partir de cette salle, on approvisionnait 28% des ménages de Yaoundé, on ne peut plus le faire", a ajouté le ministre.

Seuls les hôpitaux, les stations de pompage et de traitement de l’eau sont alimentés 24h/24. Ailleurs, "nous avons décidé de procéder au retrait des lignes c’est ce qu’on appelle le délestage. On est obligé de couper le courant électrique dans certains ménages, cela de manière rotative pour qu’il y’ait plus d’équité", rappelle M. Essomba.

Les travaux de réhabilitation de la salle de commande endommagée ont débuté. Et un délai a été fixé pour un retour à la distribution normale du courant électrique à Yaoundé.

"Nous espérons que nous allons reconnecter tout le monde dans deux semaines. Le gouvernement nous pousse à le faire en 7 jours, c’est un challenge, nous allons faire tout ce qui est possible pour ramener la situation à la normale", a promis Joël Nana Kontchou, directeur général de Eneo Cameroon S.A, l’opérateur du secteur de l’électricité qui fournit ses services aux particuliers et entreprises.

Le Cameroun construit à 65 km au nord de Yaoundé, le barrage hydroélectrique der Nachtigal, qui va couvrir 30% des besoins énergétiques du pays.

Quartier messa, à Yaoundé, la pépinière du volley-ball camerounais

Lors une séance d’entraînement au stade de Messa, à Yaoundé, le 10 août 2019. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)

Les jeunes se forment de plus en plus sur le tas à la pratique du volley-ball. A Yaoundé, le quartier Messa, est le fief de cette formation dans la rue.

Les conditions de formation sont loin de respecter le standard internationalement reconnu.

Mais la passion des jeunes apprenants est à la dimension de leurs aspirations. Tous rêvent de devenir de grands noms du volley-ball camerounais.

Au Cameroun, le volley-ball suscite un engouement indéniable chez les jeunes
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William Ondo, dirige une séance d’entrainement au stade ce messa, à Yaoundé, le 10 août 2019. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)
William Ondo, dirige une séance d’entrainement au stade ce messa, à Yaoundé, le 10 août 2019. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)

"On lève le ballon vers le haut, on se déplace rapidement, on fléchit, et on pousse, on y va", lance sous un ton imposant ce samedi, William Ondo, le formateur des jeunes apprenants de volley-ball au quartier Messa.

C’est sous sa coordination, qu’une dizaine de jeunes, des garçons et des filles prennent part à la séance d’entrainement. "C’est une séance d’entrainement pour les enfants qui aiment le volley-ball" confie à VOA Afrique, William Ondo, entraineur de Team Messa volley-ball.

"Le club de formation de volley-ball compte toutes les tranches d’âge. Elle va de 4 ans à 12 ans, la deuxième tranche de 12 ans à 16 ans et enfin de 16 ans à 19 ans", précise William.

Carine, un produit de la Team messa volley-ball, à Yaoundé, le 10 août 2019. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)
Carine, un produit de la Team messa volley-ball, à Yaoundé, le 10 août 2019. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)

Dans un coin du stade ce jour, Christian a 10 ans, l’un des jeunes à la formation s’applique avec un ballon de volley-ball.

"Quand je viens, je m’étire, on s’entraîne à taper les ballons sur le mur, le volley-ball permet de donner de la force aux bras, on nous a appris à nous placer au stade, à réceptionner le ballon et à le renvoyer", explique le jeune enfant, qui ne lasse de frapper le ballon au mur.

Le stade est un espace ouvert aux intempéries, entouré d’une grille en fer, d’un mur en béton d’un mètre et demi. Quelques marches ont été aménagées sur un côté du terrain pour servir de gradins.

Les joueurs quant à eux, évoluent sur un sol dur en ciment. En cas de blessures, l’équipe dispose d’une petite infirmerie. "C’est vrai que c’est dangereux mais le pays n’a pas assez de moyens, donc on se bat avec", se console Carine. A 16 ans, elle dispute le championnat national cadet de volley-ball. Elle est un produit de la Team Messa volley-ball.

"Toute petite, je venais accompagner mon frère à jouer au volley-ball sur ce même stade, j’ai commencé à jouer moi-même dès l’âge de 10 ans, pendant les vacances, on s'entraîne de lundi à vendredi et pendant la période de classe c’est trois fois par semaine", raconte Carine avec passion, ses premiers amours avec le volley-ball.

Le graffiti avec grands noms du volley-ball camerounais ayant débuté dans le stade de messa, à Yaoundé, le 10 août 2019. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)
Le graffiti avec grands noms du volley-ball camerounais ayant débuté dans le stade de messa, à Yaoundé, le 10 août 2019. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)

Sur un graffiti du petit stade où sont encadrés les jeunes apprenants, sont gravés des noms d’illustres volleyeurs camerounais. "J’ai grandi à Messa et le volley- ball, c’est le sport phare de ce quartier, beaucoup de grands noms du volley ball camerounais sont nés ici ou ont grandi ici." Il est question de perpétuer la légende selon, William Ondo, entraineur de Team Messa volley-ball.

Le Cameroun est champion d’Afrique chez les dames, et vice-champion chez les messieurs. "Je suis attaquant réceptionniste, je sais qu’on va promouvoir ce sport au Cameroun un jour, quand cela se fera, il faut que nous soyons déjà des grands joueurs", évoque le jeune Gérard, dont le poste dur le terrain est attaquant-réceptionniste.

Avec une grande fierté, William cite quelques icones du volley-ball du quartier messa, "Ndongo Gaël qui, aujourd’hui est professionnel, il y a Tchamot, même Ngapeth, le coach de l’équipe nationale de France a vécu ici, ce sont eux qui nous ont inspirés, on a vu beaucoup de jeunes réussir leur vie par le volley-ball".

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