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Cameroun

"Usage disproportionné de la force par les forces de sécurité", selon l'UE

Maurice Kamto, chef du parti d'opposition camerounais Mouvement pour la renaissance du Cameroun lors d'un rassemblement de campagne pour la prochaine élection présidentielle, à Yaoundé, le 30 septembre 2018.

Les manifestations de samedi au Cameroun, à la suite desquelles le principal opposant Maurice Kamto a été arrêté, ont donné lieu à un "usage disproportionné de la force par les forces de sécurité", a estimé l'Union européenne (UE) dans un communiqué reçu vendredi.

Ces manifestations du parti de M. Kamto, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), non autorisées par Yaoundé, "ont donné lieu à un usage disproportionné de la force par les forces de sécurité", a déclaré Maja Kocijancic, porte-parole de l'UE.

Samedi, plusieurs centaines de personnes ont marché à l'appel du MRC dans plusieurs villes du pays, en présence d'un fort déploiement des forces de sécurité.

A Douala, des vidéos de violents face-à-face entre forces de l'ordre et manifestants ont circulé sur les réseaux sociaux.

Selon des militants du MRC, "plusieurs personnes ont été blessées par balle à Douala" samedi.

"Quelques échauffourées" ont eu lieu suite à l'attitude "particulièrement agressive" de "quelques participants" à la marche, a concédé le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi samedi soir.

"Aucun coup de feu à balle réelle n'a été tiré", a néanmoins assuré le ministre.

Depuis samedi, 200 personnes ont été interpellées, selon le MRC, dont Maurice Kamto lundi soir et une majorité des cadres du parti.

Yaoundé n'en compte que 147, selon René Sadi vendredi sur RFI.

Tous font l'objet d'une enquête préliminaire pour huit chefs d'accusation dont la "rébellion", l'"incitation à la haine" et l'"hostilité à la patrie", d'après le MRC.

34 personnes interpellées samedi ont comparu vendredi devant un tribunal de Yaoundé, a constaté un correspondant de l'AFP.

Parmi eux, le MRC revendique 12 militants, les autres étant, selon leurs proches, des gens qui avaient prévu une manifestation apolitique le même jour.

Il est reproché aux 34 prévenus d'avoir participé samedi à une manifestation non autorisée, d'avoir empêché les forces de maintien de l'ordre de disperser les manifestants et de ne pas s'être retirés à la première sommation de ces forces, selon l'acte d'accusation lu lors du procès.

Tous ont plaidé non coupables. Leur procès a été renvoyé au 15 mars, sans que le fond n'ait été abordé vendredi.

Deux journalistes camerounais ont aussi été interpellés lundi soir en marge de l'arrestation de M. Kamto. Ils ont été libérés vendredi midi, a indiqué leur journal, Le Jour, à l'AFP.

Vendredi matin, M. Sadi avait indiqué sur RFI qu'ils étaient des "citoyens qui ont participé à des manifestations non autorisées" qui "passeront devant les juridictions compétentes".

Depuis l'annonce des résultats de la présidentielle, fin octobre, le MRC a plusieurs fois marché contre ce qu'il qualifie de "hold-up électoral".

D'après les résultats du Conseil constitutionnel, Maurice Kamto est arrivé deuxième (14,23% des suffrages) derrière Paul Biya, 85 ans dont 36 au pouvoir, réélu pour un septième mandat consécutif avec 71,2% des voix.

Depuis 1982, M. Biya règne en maître absolu au Cameroun, où il a tout verrouillé pour assurer son maintien à la tête du pays, s'appuyant sur l'administration et sur un parti-Etat, le RDPC.

Plusieurs manifestations interdites à Yaoundé après l'arrestation de Kamto

Le président camerounais Paul Biya accueille les partisans lors d'une réunion électorale au stade de Maroua lors de sa visite dans la région de l'extrême-nord du Cameroun, le 29 septembre 2018.

Les manifestations prévues à Yaoundé les 1er, 2, 8 et 9 février ont été interdites jeudi, cinq jours après une vague de marches contre la réélection de Paul Biya à la tête du Cameroun à la suite desquelles le principal opposant Maurice Kamto a été arrêté.

"Les marches de revendication, de protestation et de désapprobation projetées (à) Yaoundé les 1er, 2, 8 et 9 février (...) sont interdites pour des nécessités de préservation de l'ordre public", a écrit dans un communiqué le préfet du département du Mfoundi (dont fait partie Yaoundé), Jean-Claude Tsila.

"Le préfet demande par conséquent à tous les organisateurs de ces marches de bien vouloir renoncer à leurs projets", selon le communiqué, lu à la radio d'Etat.

Le 1er était prévue une marche "en réplique aux manifestations illégales organisées par un parti d'opposition (MRC)", organisée par un collectif peu connu. Le 2 et le 9, des marches du MRC étaient prévues.

Le leader du parti et principal opposant depuis la présidentielle où il est arrivé deuxième, Maurice Kamto, a été arrêté lundi, deux jours après une vague de manifestations du MRC non autorisées dans plusieurs villes du Cameroun.

Détenu au Groupement spécial d'opérations (GSO, unité d'élite de la police), il va faire l'objet d'une enquête pour huit infractions qui lui sont imputées, dont la "rébellion" et l'"incitation à l'insurrection", ont indiqué ses avocats dans la nuit de mercredi à jeudi.

Parmi les autres infractions imputées à Maurice Kamto figurent "l'attroupement", "l'hostilité à la patrie", "le trouble à l'ordre public, l'association de malfaiteurs", a déclaré l'un de ses quinze avocats, Me Sylvain Souop, au cours d'une conférence de presse.

Les 200 personnes qui ont été interpellées samedi, selon le parti, font l'objet d'enquêtes préliminaires pour les mêmes infractions.

"Il y a une qualification des faits avant même que les gens aient été entendus", a-t-il dénoncé.

"Il va bien, il a le moral, il est serein et il a été entendu en présence du directeur général de la Police judiciaire", a déclaré Me Souop après avoir indiqué l'avoir rencontré mercredi après-midi.

- "Confiance" dans la justice -

Lors du point de presse, le parti de Maurice Kamto, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), a démenti avoir organisé samedi des manifestations à l'étranger durant lesquelles plusieurs ambassades en Europe ont été saccagées par des manifestants.

"Kamto dénonce ce vandalisme des représentations diplomatiques, il n'a jamais envoyé qui que ce soit casser quoi que ce soit", a affirmé Me Souop.

M. Kamto, ancien ministre de la Justice de Paul Biya, "fait confiance à la justice du Cameroun", a conclu son avocat.

Maurice Kamto et plusieurs cadres de son parti avaient été arrêtés lundi soir à Douala et Yaoundé, deux jours après qu'une centaine de militants du parti, selon les autorités, eurent été interpellés samedi lors de marches non autorisées.

Deux journalistes camerounais ont aussi été interpellés lundi soir, après avoir été "confondus avec des activistes politiques dans l'exercice de leurs fonctions", selon le syndicat des journalistes camerounais. Ils étaient toujours détenus jeudi.

Depuis l'annonce des résultats de la présidentielle, fin octobre, plusieurs manifestations non autorisées ont été organisées par le MRC contre ce qu'il qualifie de "hold-up électoral".

Selon les résultats du Conseil constitutionnel, l'ex-candidat du MRC est arrivé deuxième (14,23% des suffrages) derrière Paul Biya, réélu pour un septième mandat consécutif avec 71,2% des voix.

Le procureur retient huit chefs d’accusation contre Kamto

Maurice Kamto, candidat à la présidence du Mouvement de la Renaissance (MRC), réagit alors qu'il tient une conférence de presse à son siège à Yaoundé, au Cameroun, le 8 octobre 2018.

Les 8 chefs d'accusation sont "l’attroupement, la rébellion en groupe, l’hostilité à la patrie, l’insurrection, le trouble à l’ordre public, l’association de malfaiteurs, l’incitation à l’insurrection et la complicité" selon l’avocat Sylvain Souop, qui dirige le collectif d’avocats pour la défense de Maurice Kamto.

L'annonce a été faite à Yaoundé au cours d’une conférence de presse nocturne, tenue par le collectif d’avocats commis à la défense de M. Kamto ainsi que des autres personnes interpellés lors des marches du 26 janvier.

La défense de l’opposant Kamto a regretté "qu’il ait eu qualification des faits avant même que M. Kamto soit entendu".

L'opposition, les ONG et la presse dénoncent l'arrestation de Maurice Kamto
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Selon son avocat, "c’est ce mercredi que l’opposant Kamto a été entendu à Yaoundé, à la base du Groupement Spécial d’Operations, GSO, une unité d’élite de la police camerounaise en présence du directeur de la police judiciaire".

"M. Kamto a pu voir les membres de sa famille pour la première fois après deux jours dans l’après-midi de mercredi", a déclaré Maître Souop.

Selon lui, "M. Kamto a dénoncé lors de son audition, les actes de vandalisme perpétrés dans les ambassades du cameroun, à Paris, Berlin et Bruxelles".

"Pr Kamto ne connait pas les personnes qui saccagé les représentations diplomatiques du cameroun à l’étranger, ce ne sont pas les militants du MRC", a ajouté son avocat.

Les avocats du MRC, le parti de Maurice Kamto ont révélé que "215 personnes au total ont été arrêtées dans trois régions du cameroun lors des marches pacifiques contre le hold-up électoral".

L’ONU demande le respect des libertés d’association et d’expression

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Arrestation au Cameroun du principal opposant: un moment politique crucial, selon un chercheur

Le Camerounais Maurice Kamto annonce sa victoire à la présidentielle camerounaise en conférence de presse à Yaoundé, le 8 octobre 2018. (VOA/Bagassi Koura)

L'arrestation lundi du principal opposant camerounais, Maurice Kamto, arrivé deuxième derrière Paul Biya à la présidentielle d'octobre, est un moment crucial pour la politique camerounaise, estime Hans de Marie Heungoup, du centre de réflexion International Crisis Group (ICG).

L'opposant revendique la victoire de la dernière présidentielle. M. Kamto, "l'homme à abattre pour Yaoundé", pourrait s'ancrer comme le principal challenger de Paul Biya en cas de libération rapide, mais aussi tomber dans l'oubli s'il reste en détention, estime-t-il.

Q: L'arrestation de Maurice Kamto, qui va de pair avec une accentuation de la répression des manifestations politiques, est-elle un signe de durcissement du système Biya vis-a-vis de ses détracteurs?

R: "Yaoundé a franchi un nouveau cap dans la restriction des libertés publiques et semble dorénavant réagir essentiellement par à-coups et instinct de survie.

Même pour un pouvoir structurellement autoritaire comme celui-là, jamais sur les dix dernières années le principal leader de l'opposition n'a été arrêté avec toute son équipe et autant de militants, sans que le pouvoir ait entre ses mains des arguments juridiques valables.

Il s'agit d'une configuration classique de conflit entre légalité (les marches organisées étaient non autorisées, ndlr) et légitimité.

De quelle légitimé peut se prévaloir une loi qui est appliquée de façon grossièrement injuste?

Les marches et meetings de l'opposition ou d'ONG qui ne font pas l'apologie du pouvoir en place sont quasi systématiquement interdites et violemment réprimées, alors que celles du parti au pouvoir et d'associations satellites sont non seulement autorisées et encouragées, mais surtout sponsorisées par les fonds publics.

De fait, cette arrestation est plus cardinale qu'on ne le pense, et les hiérarques du pouvoir qui l'ont ordonnée font plus mal à leur champion que l'inverse.

Le pouvoir est aujourd'hui confronté à un dilemme. S'il garde Maurice Kamto longtemps, cela pourrait plonger le pays dans une conjoncture politique nocive, envenimer davantage les relations entre communautés et, à terme, pousser les radicaux de son parti à des actions violentes à Douala et Yaoundé.

Et si Maurice Kamto est libéré au bout de quelques jours ou semaines, il en sortira auréolé et jouira d'un capital de crédibilité national et international immense.

Q : Maurice Kamto fait-il plus peur à Paul Biya que John Fru Ndi, qui a mené l'opposition durant plus de vingt ans?

R : "Il y a longtemps que le Cameroun n'avait pas eu un opposant de cette envergure. Il a démissionné du gouvernement, fait rare au Cameroun et vécu par le président Paul Biya comme une attitude de défiance personnelle.

Celui que même certains opposants décrivaient comme mollasson à ses débuts se révèle finalement être un véritable entêté politique.

Le fait est que, durant les récentes manifestations et nonobstant le verrouillage sécuritaire, Maurice Kamto a été capable de mobiliser le même jour à Yaoundé, Douala et dans cinq villes de la région de l'Ouest.

C'est quelque chose qu'on n'avait pas observé au Cameroun depuis février 2008 (lors d'émeutes urbaines qui avaient fait des dizaines de morts).

Le Social Democratic Front (SDF, le parti de John Fru Ndi, ndlr)), de sa création en 1990 aux années 2000, incarnait véritablement l'opposition, en menant d'importants combats pour la justice sociale au Cameroun. Mais ses leaders se sont avec le temps peu ou prou rapprochés de l'orbite du pouvoir, faisant même des arrangements avec le parti au pouvoir lors des élections sénatoriales en 2013.

Avec Maurice Kamto, l'opposition retrouve une certaine contenance et virulence: il conteste la légitimité de Paul Biya comme président, refuse de se voir appliquer des lois iniques et refuse que le rôle de l'opposition soit réduit au +temps électoral+.

Dans la configuration politique camerounaise d'aujourd'hui, Maurice Kamto est un homme à abattre."

Q : Pourquoi, comme ce fut le cas dans d'autres pays d'Afrique par le passé, la communauté internationale n'a-t-elle pas réagi à l'arrestation du principal opposant?

R : "Le président Paul Biya a toujours eu une attitude rusée: il fait profil bas, n'a jamais défié ouvertement les Occidentaux et continue de leur accorder des parts de marché importantes dans l'économie camerounaise, malgré la pénétration de la Chine.

Cela a toujours fait de lui le +bon diable+ ou le moindre mal dont pouvait s'accommoder la communauté internationale.

Lorsque les Occidentaux regardent dans la sous-région, leur réflexe immédiat est de penser qu'il y a pire que Paul Biya.

Au fond, les Occidentaux comme les Camerounais vivent dans le mythe qu'après Biya, cela pourrait être pire. Et donc, ils le tolèrent."

Avec AFP

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