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La Maison-Blanche, impliquée dans une nouvelle polémique sur le racisme


L’administration s’est excusée auprès de Shirley Sherrod, une fonctionnaire noire du ministère de l'Agriculture en Géorgie dans le sud-est des États-Unis, forcée à démissionner lundi après avoir été accusée, à tord, de racisme.

L’administration s’est excusée auprès de Shirley Sherrod, une fonctionnaire noire du ministère de l'Agriculture en Géorgie dans le sud-est des États-Unis, forcée à démissionner lundi après avoir été accusée, à tord, de racisme.

Dans cette nouvelle affaire, l’administration Obama se voit accusée d’avoir réagi trop rapidement, sans attendre d’avoir pris pleinement connaissance des faits. On se rappellera que c’était le même reproche qu’on lui avait fait il y a un an, lorsque Barack Obama avait fustigé l’arrestation le 16 juillet 2009 à Cambridge dans le Massachusetts, du professeur de Harvard Henry Louis Gates Jr., un noir, par l’agent de police James Crowley, un blanc. Par la suite, le président avait reconnu s’être exprimé trop vite, et avait tenté d’arranger les choses en invitant tout le monde à prendre une bière à la Maison-Blanche.

Cette fois-ci, la Maison-Blanche s’est excusée auprès de Shirley Sherrod, une fonctionnaire noire du ministère de l'Agriculture en Géorgie dans le sud-est des États-Unis. Mme Sherrod a été forcée à démissionner lundi sous pression de sa hiérarchie, après la mise en ligne d’extraits vidéo d’une portion d’un discours qu’elle avait prononcé lors d’une réunion de l’Association nationale pour l'avancement des gens de couleur (NAACP).

Dans l’un de ces extraits, elle expliquait qu’il y a 24 ans, lorsqu’elle travaillait pour une organisation, elle n’avait pas aidé autant qu'elle l'aurait pu un agriculteur blanc qui avait pris des airs supérieurs avec elle, en se disant en substance : « J’ai compris alors que si je le referais a un agent blanc, il s’occuperait mieux de lui ».

Des propos qui ont immédiatement suscité une vive polémique parmi les conservateurs américains, d’autant que la NAACP est dans le collimateur de la droite ces jours-ci, pour avoir appelé le Tea Party, formation conservatrice et libertaire, à purger de ses rangs les éléments qui semblent favorables au racisme, au sectarisme et l’antisémitisme.

L’Internet et les média de droite aidant, Mme Sherrod s’est vue clouée au pilori publiquement, et forcée de démissionner dans des circonstances éprouvantes, ayant été jointe au téléphone dans sa voiture pour se faire intimer l’ordre de partir immédiatement.

Ce qu’elle a accepté de faire avant d’entamer sa défense, faisant valoir qu’en fait, ses propos avaient été pris hors de contexte. Dans son long discours, a-t-elle expliqué, elle avait justement souligné l’importance de reconnaitre ses propres préjugés et de les surmonter, l’importance de la réconciliation entre les races, tout en évoquant les difficultés rencontrées par les fermiers pauvres qu’ils soient noirs ou blancs.

Quant au fermier blanc et son épouse, rapidement localisés par les média, ils ont offert une défense vigoureuse de Mme Sherrod, démentant fermement qu’elle soit raciste.

Du coup, les mea culpa se succèdent. La NAACP qui l’avait immédiatement condamnée, a retiré ses propos et présenté des excuses. Même démarche de la part de certains dirigeants et media de droite, mais aussi de la Maison Blanche. Résumant bien le sentiment général, le porte parole du président Obama, Robert Gibbs, a déclaré: « Les membres de cette administration, des media, des différentes factions politiques – tous ont tiré leurs conclusions et jugé sans connaître tous les faits ». M. Gibbs a également présenté les excuses officielles de l’administration à Mme Sherrod, qui a dit qu’elle aimerait bien rencontrer le président Obama pour discuter des questions de race dans le pays.

Le secrétaire à l’Agriculture Tom Vilsack a de son côté téléphoné à Mme Sherrod. « J’ai commencé par lui offrir mes profondes excuses personnelles pour la souffrance et l’inquiétude qui lui ont été infligées à elle et à sa famille ces derniers jours » a déclaré M. Vilsak, en expliquant que Mme Sherrod savait pertinemment ce que c’était que la discrimination puisqu’elle et son époux avaient fait partie des plaignants dans un procès collectif contre le département de l’Agriculture pour pratiques discriminatoires, un procès intenté par des agriculteurs noirs dans les années 1960. Il a aussi indiqué qu'il allait proposer un nouvel emploi à Mme Sherrod.

Pour le député de Californie démocrate, Barbara Lee, qui préside le Congressional Black Caucus - l'un des groupes parlementaires représentant les élus Afro-américains – cet incident montre que le pays doit vraiment comprendre que les Américains doivent entamer un dialogue sur les races. « Nous ne pouvons pas croire qu’on soit dans une ère post-raciale » a-t-elle dit.

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