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LIVE L'ex-dictateur tchadien Hissène Habré reconnu coupable pour crimes contre l'humanité


Le verdict du procès d'Hissène Habré est tombé lundi 30 mai 2016.

Le verdict du procès d'Hissène Habré est tombé lundi 30 mai 2016.

L'ex-président tchadien Hissène Habré, reconnu coupable de crimes contre l'humanité, viols, exécutions, esclavage et enlèvement, a été condamné lundi à la prison à perpétuité par le tribunal spécial africain qui le juge à Dakar.

"Hissène Habré, la Chambre (le tribunal spécial) vous condamne à la peine d'emprisonnement à perpétuité", a déclaré le président de la Cour, le magistrat burkinabè Gberdao Gustave Kam, soulignant qu'il disposait de quinze jours pour faire appel de cette décision.

L'annonce a été faite à 11h21, heure locale, ce lundi 30 mai 2016.

"La Chambre déclare Habré coupable d’exécutions sommaires, d'enlèvements, tortures et d'actes inhumains", a informé la chambre sur son compte Twitter. La perpétuité a été requise à l'encontre de l'accusé, reconnu coupable de crimes contre l'humanité et crimes de guerre.

Un procès historique

"Hissène Habré contrôlait la plupart des organes d'exécution", a déclaré lundi le président de la Cour, le magistrat burkinabè Gberdao Gustave Kam, quelques minutes avant l'annonce du verdict. "Habré avait entière connaissance de l'étendue de la mesure de l'entreprise commune", a-t-il ajouté lors de la lecture du verdict.

D'autre part, le tribunal "a été convaincu" par le témoignage de Khadija Hassan Zidane, qui avait affirmé pendant le procès avoir été violée par Hissène Habré, a indiqué M. Kam lors de la lecture du verdict, faisant état de "rapports sexuels non consentis à trois reprises et un rapport buccal non consenti".

Pendant le procès, Human Rights Watch a également posté les photographies de témoins qui parlent des viols et de l'esclavage sexuel commis et perpétrés pendant la dictature d'Hissène Habré.

La chambre a ainsi retenu les crimes de viols et d'esclavage sexuels des déténues contre l'accusé.

Une "immense victoire" pour Human Rights Watch

"Aujourd’hui restera cependant gravé dans l’Histoire comme le jour où un groupe déterminé de survivants ont réussi à faire traduire leur dictateur en justice", a déclaré Reed Brody, membre de l'organisation Human Rights Watch.

Il poursuit : "Nous espérons qu’à l’image des victimes de Hissène Habré qui ont été galvanisées par ce que les survivants de Pinochet avaient accompli, d’autres survivants, d’autres militants seront à présent inspirés par ce que les survivants du régime de Habré ont été capables de réaliser : la justice".

Le secrétaire d'État américain John Kerry a également perçu la nouvelle comme une victoire. Dans un communiqué, il déclare : "Sans la persévérance des victimes et de leur volonté de justice, Habré n'aurait peut-être jamais été devant une cour de justice. Je salue le courage d'une centaine de victimes qui ont témoigné, et j'espère que la vérité révélée lors du procès portera la paix sur les familles et les victimes".

Une première en Afrique

Ce procès devant les Chambres Africaines extraordinaires, mises en place en vertu d'un accord entre le Sénégal (où il vit en exil depuis décembre 1990) et l'Union africaine, a débuté le 20 juillet 2015. Il s’agit assurément d’une première en Afrique.

On pense ici aux griefs croissants contre la Cour pénale internationale (CPI), siégeant à La Haye, accusée de ne poursuivre que des dirigeants africains, en montrant que le continent peut les juger lui-même.

Hissène Habré, un militaire avant tout

Hissène Habré s'est emparé du pouvoir par les armes en 1982, devenant rapidement un bourreau implacable, architecte d'une répression terrible qui marquera les huit années de son règne. Lors de son procès à Dakar, l'ex-président a été qualifié de "véritable chef de service" de l'appareil de répression par le procureur spécial Mbacké Fall.

"Combattant du désert", "homme des maquis", "chef de guerre": les qualificatifs abondent pour décrire les qualités militaires de Hissène Habré aux traits et au regard acérés, resté silencieux et impassible pendant toute la durée des audiences, hormis pour récuser le tribunal et ses avocats.

Mais après l'énoncé du verdict, l'accusé, en turban et boubou blancs, lunettes noires, a levé les bras en saluant ses partisans et crié: "A bas la Françafrique!".

Son parcours dans les années 1970 et 1980 s'inscrit dans l'histoire agitée du Tchad indépendant dont il a été le troisième président.

Né en 1942 à Faya-Largeau (nord), il grandit dans le désert du Djourab, au milieu de bergers nomades. Intelligent, il est remarqué par ses maîtres.

Devenu sous-préfet, il part étudier en France en 1963, à l'Institut des hautes études d'Outre-mer. Il étudie ensuite le droit à Paris, y fréquente l'Institut d'études politiques et fait son éducation politique en dévorant Frantz Fanon, Ernesto "Che" Guevara, Raymond Aron.

De retour au Tchad en 1971, il rejoint le Front de libération nationale du Tchad (Frolinat), dont il prend la tête, avant de fonder avec un autre nordiste, Goukouni Weddeye, le conseil des Forces armées du Nord (Fan).

A partir de 1974, il se fait connaître à l'étranger en retenant en otage - durant trois ans - l'ethnologue française Françoise Claustre, obligeant la France à négocier avec la rébellion.

Il sera ensuite Premier ministre du président Félix Malloum, avec qui il rompra, puis ministre de la Défense de Goukouni Weddeye, président du Gouvernement d'union nationale créé en 1979.

Opposants arrêtés, torturés, exécutés

Nationaliste convaincu et farouchement opposé au dirigeant libyen de l'époque Mouammar Kadhafi, qui a les sympathies de Weddeye, il rompt peu après avec son ancien allié, déclenchant une guerre civile à N'Djamena, qu'il doit évacuer fin 1980.

Depuis l'est du Tchad où il a repris le maquis, il combat le régime de Goukouni Weddeye soutenu par Tripoli, pour rentrer victorieusement à N'Djamena en 1982.

Son régime, soutenu face à Kadhafi par la France et les Etats-Unis, durera huit ans.

Cette période est marquée par une terrible répression: les opposants - réels ou supposés - sont arrêtés par la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS, police politique), torturés, souvent exécutés.

Une commission d'enquête estimera à plus de 40.000 le nombre de personnes mortes en détention ou exécutées sous son règne, dont 4.000 identifiées nommément.

En décembre 1990, Habré quitte précipitamment N'Djamena, fuyant l'attaque éclair des rebelles d'Idriss Déby Itno (l'actuel président tchadien), un de ses généraux qui a fait défection 18 mois plus tôt et a envahi le pays depuis le Soudan.

Habré trouve alors refuge à Dakar pour un exil qui sera paisible pendant plus de vingt ans.

Au Sénégal, le dirigeant déchu troque treillis et casquette kaki pour un grand boubou et un calot blanc. Musulman pratiquant, il se fait apprécier de ses voisins, avec lesquels il prie lors des fêtes religieuses, se montre discret et généreux en participant à la construction de mosquées ou au financement du club de foot...

En 2011, quand le président sénégalais Abdoulaye Wade crée la surprise en voulant finalement l'expulser vers N'Djamena, des habitants du quartier de Ouakam manifestent leur soutien à M. Habré, en soulignant qu'il a une femme et des enfants sénégalais.

Il est finalement arrêté le 30 juin 2013 à Dakar puis inculpé par un tribunal spécial créé par l'Union africaine et placé en détention provisoire jusqu'à l'ouverture de son procès, le 20 juillet 2015.

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