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Les ordinateurs en vol, armes potentielles pour Al-Qaïda et Daesh


Le Centre américain des opérations de cyber-sécurité à Columbus, Ohio, 20 mai 2015

L'interdiction d'emporter à bord de certains vols tout équipement électronique plus gros qu'un téléphone portable montre que le groupe Etat islamique mais surtout Al-Qaïda sont une menace constante pour le transport aérien en dépit du renforcement des mesures de sécurité dans les aéroports, estiment des experts.

Les Etats-Unis ont annoncé mardi l'interdiction, à partir de samedi, des ordinateurs portables, des tablettes et d'autres appareils électroniques dans les cabines d'avions sur les vols directs en provenance de sept pays arabes (la Jordanie, l'Egypte, l'Arabie saoudite, le Koweït, le Qatar, les Emirats arabes unis et le Maroc) et de la Turquie, invoquant un risque d'attentats "terroristes".

Le Royaume-Uni a pris une décision similaire visant six pays. La France et le Canada ont indiqué qu'ils réfléchissaient à des mesures identiques.

Selon les experts en contre-terrorisme, la décision a été prise à la suite d'informations fournies par les services de renseignement.

Selon le New York Times et la chaîne ABC, les agents américains ont appris que les jihadistes du groupe Etat islamique étaient en train de concevoir une bombe pouvant loger dans l'espace prévu pour les batteries d'un ordinateur portable.

Si cette organisation parvenait à ses fins, elle rivaliserait avec le réseau Al-Qaïda dans la Péninsule arabique (Aqpa), pour lequel l'artificier Ibrahim al-Asiri a passé des années à développer ces armes.

- Innovation permanente -

La sécurité dans les aéroports s'est beaucoup améliorée depuis quelques années, note Jay Ahern, ancien directeur des services américains de contrôle des frontières, le US Customs and Border Control.

"Mais clairement les organisations terroristes continuent à cibler les avions, et ils ont montré une vraie capacité à innover", a-t-il souligné à l'AFP.

Les récentes attaques contre des avions en Somalie et en Egypte montrent que les groupes jihadistes cherchent à développer des bombes toujours plus difficiles à détecter.

Le 2 février 2016, une bombe explose à bord d'un Airbus A321 de la compagnie somalienne Daallo Airlines et provoque un trou d'un mètre de diamètre dans le fuselage: elle aurait été fabriquée et insérée dans un ordinateur portable qui a ensuite été transporté dans la cabine passagers.

L'attaque a été revendiquée par les shebab, qui sont liés à la fois à l'EI et à Al-Qaïda.

Les autorités russes ont aussi avancé qu'une bombe transportée dans la cabine de l'avion serait à l'origine de l'attaque en octobre 2015 contre un avion russe en provenance de Charm el-Cheikh qui a fait 215 morts. Le groupe EI avait revendiqué l'attentat en expliquant que la bombe se trouvait dans une canette de soda.

- Asiri dans le viseur -

Les services de sécurité s'intéressent surtout à Asiri, le cerveau d'Aqpa en matière d'explosifs.

Il est soupçonné d'avoir dissimulé des bombes dans des imprimantes qu'Aqpa avait envoyées à destination des Etats-Unis par un avion cargo. Les services secrets saoudiens les ont interceptées en octobre 2010.

Il aurait aussi participé à la conception d'une bombe qui avait été portée dans les sous-vêtements d'un assaillant pour faire tomber un avion américain en 2009.

Asiri "était très innovant", affirme Frank Cilluffo, directeur du Centre sur la sécurité intérieure et la cybersécurité de l'université George Washington.

"La question porte clairement sur le nombre de disciples auxquels il a transmis son savoir, et si Aqpa a étendu ses tentacules jusqu'en Syrie", où est basé l'EI.

- Scanographie -

Le contenu des bagages en soute est contrôlé par des appareils utilisant une technique de scanographie appelée CAT ou CT, explique Nik Karnik, directeur à Morpho Detection, qui fabrique pour les aéroports ce genre d'appareils.

Cette technologie donne de meilleurs résultats que les traditionnels rayons X aux portiques de sécurité, selon M. Karnik.

Au lieu de scanner un bagage sous un seul angle, les appareils CAT-scan peuvent prendre une image à 360 degrés. Ils regardent "à la fois la masse et la densité pour essayer de déterminer si cela correspond aux menaces envisagées". Reste encore à installer ces appareils dans les aéroports pour inspecter les bagages à main.

Avec AFP

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