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Une tentative de sauver le rhinocéros blanc du Nord


Les défenseurs de l’environnement réunis à Ol Pejeta, au Kenya, tentent de trouver des solutions pour sauver cette espèce menacée d’extinction dans le monde. Il ne reste plus que 5 spécimens.

Avec des scientifiques, les défenseurs de l’environnement recherchent depuis mardi les possibilités de reproduction ou d’insémination de cinq derniers rhinocéros blancs du Nord dans le monde.

Sudan, dernier mâle de son espèce, vit dans un enclos de près de 300 hectares dans la réserve d'Ol Pejeta, dans le centre du Kenya.

Deux de dernières femelles de l’espèce, Najin et Fatu vivent dans le même enclos que Sudan. Deux autres femelles se trouvent dans deux zoos tchèque et américain.

"Notre combat, c'est de déterminer ce qui est scientifiquement possible dans le court délai qui nous est encore imparti", a expliqué à l'AFP Richard Vigne, directeur général d'Ol Pejeta.

Comme le reste de l'espèce, le rhinocéros blanc du Nord a souffert du braconnage qui ne cesse de s'intensifier ces dernières années. La corne de rhinocéros est recherchée en Asie pour ses prétendues vertus médicinales et au Yémen pour la fabrication de manches de dagues traditionnelles. Elle est revendue entre 60 et 80.000 dollars le kilo au marché noir, environ deux fois le cours actuel de l'or.

Mais cette sous-espèce a également souffert des conflits qui ont ravagé ses territoires traditionnels en Centrafrique, au Tchad, en République démocratique du Congo et au Soudan du Sud.

Suni, dernier mâle capable de se reproduire, est décédé en octobre à 34 ans, vraisemblablement de mort naturelle, à Ol Pejeta. Un autre mâle, Angalifu, est mort de vieillesse à 44 ans au zoo de San Diego (Etats-Unis) en décembre.

Le sperme de Sudan, qui comme deux des dernières femelles a dépassé les 40 ans - espérance de vie de ces rhinocéros -, est de mauvaise qualité et aucune des quatre femelles encore en vie n'est apte à la reproduction, selon les vétérinaires.

- 'Bébé rhinocéros éprouvette' -

L'espoir réside donc dans des méthodes de procréation artificielle. La meilleure chance semble la conception d'un "bébé rhinocéros éprouvette", par fécondation in-vitro, via une femelle porteuse d'une autre sous-espèce, le rhinocéros blanc du Sud, espèce moins menacée dans l'immédiat.

Mais aucun essai de "femelle porteuse" n'a jamais été mené et les tentatives de fécondation in-vitro sur des femelles rhinocéros blanc du Nord ont toutes échoué.

En l'état actuel des connaissances scientifiques, aucune de ces méthodes ne semble à même de fonctionner dans l'immédiat: "La science n'en est tout simplement pas encore là", explique M. Vigne.

Il semble donc que le rhinocéros blanc du Nord soit inéluctablement amené à disparaître, au moins temporairement, le temps que les progrès scientifiques permettent éventuellement, grâce aux stocks de sperme et d'ovules congelés, de ressusciter artificiellement l'espèce.

Contrairement à son cousin du Sud, quasi-éteint au début du XXe siècle et dont on compte aujourd'hui près de 20.000 individus grâce à des politiques de protection énergiques en Afrique du Sud, le rhinocéros blanc du Nord "est en déclin depuis de nombreuses années", selon Rob Brett, directeur Afrique de l'ONG Fauna and Flora International.

En 1975, six individus avaient été capturés au Sud-Soudan et transférés au zoo de Dvur Kralove (République tchèque), où quatre bébés sont nés. Mais la dernière naissance remonte à quinze ans. Le transfert de quatre rhinocéros blancs du Nord de Dvur Kralove à Ol Pejeta en 2009, dans l'espoir que plus de liberté dans un environnement naturel encouragerait la reproduction, n'a pas porté ses fruits.

La dernière vaste population de rhinocéros blanc du Nord survivait jusque dans les années 1990 dans le Parc national de la Garamba, dans une zone reculée de l'extrême nord-est de la République démocratique du Congo, mais a été décimée par le braconnage, notamment des rebelles venus du sud du Soudan voisin.

"C'est l'espèce de grand mammifère la plus menacée sur la planète", souligne M. Vigne. Derrière lui, Najin, femelle de 24 ans, se roule dans une piscine de boue pour combattre la chaleur. "Il y a des chances que nous assistions à la disparition d'une espèce. Voilà la réalité, ils vont s'éteindre ici".

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