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Une longue précarité pour les migrants subsahariens en France


Des policiers Police in Ventimiglia, Italy drag Eritrean and Sudanese refugees from encampments near the French border last June. Paris officials refused to let them cross into France.

Des policiers Police in Ventimiglia, Italy drag Eritrean and Sudanese refugees from encampments near the French border last June. Paris officials refused to let them cross into France.

Six ans après leur arrivée, la moitié des migrants d'Afrique subsaharienne n'ont toujours pas de situation stable en France, montrent les résultats d'une enquête publiée mercredi dans la revue de l'Institut national d'études démographiques.

L'étude quantifie les difficultés que rencontre ce groupe de migrants : avant de détenir un titre de séjour, un logement personnel et d'avoir un travail - les trois critères d'une véritable "installation" en France, ils vivent plusieurs années de précarité.

Après onze à douze ans en métropole, un quart des hommes et femmes étudiés, qu'ils soient migrants économiques, réfugiés ou viennent rejoindre leur famille, n'ont toujours pas réuni ces trois éléments.

Il faut entre trois et quatre ans à la moitié des personnes interrogées pour obtenir un titre administratif autorisant un séjour d'au moins un an, (trois ans pour les femmes, quatre pour les hommes).

Toujours dans la moitié des cas, l'obtention d'un logement personnel prend deux à trois ans. Pour un quart des hommes installés, il prend en outre la forme d'une chambre en foyer de travailleurs.

Cas particuliers, les étudiants qui poursuivent un diplôme du supérieur en France, et surtout les étudiantes, obtiennent plus rapidement un logement et un titre de séjour.

Pour plus d'un tiers des hommes, l'entrée sur le marché du travail se fait par de "petits boulots". L'obtention d'un emploi, déclaré ou non, qui permette à lui seul de subvenir aux besoins prend lui aussi plusieurs années en moyenne.

"Cette longue période de précarité après l'arrivée en France tient plus aux conditions d'accueil (longueur du processus de régularisation, marché du travail segmenté, discriminations) qu'aux caractéristiques individuelles des arrivants", dit l'étude.

"La situation des migrants subsahariens finit par se stabiliser, mais pour beaucoup d'entre eux, c'est au prix du passage par une longue période d'insécurité", poursuit-elle.

Loin de se résorber, ces difficultés s'accentuent depuis quelques années. L'accès au logement est de plus en plus tardif pour les femmes, celui à un emploi prend de plus en plus de temps pour les hommes.

Menée entre 2012 et 2013, l'enquête publiée dans la revue "Populations et Sociétés" de l'Ined porte sur 513 personnes d'Afrique subsaharienne arrivées en France entre 1972 et 2011 et principalement issues de l'ouest du continent - Cameroun, Congo (RDC et Brazzaville), Guinée, Côte d'Ivoire, Mali, ou encore Sénégal.

Elle ne prend pas en compte les migrants qui sont repartis, ou ont été expulsés.

Avec Reuters

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