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Un deuxième procès sur le génocide rwandais s'ouvre mardi en France


Crânes de victimes du génocide à l'Ecole Technique de Murambi, Rwanda

Crânes de victimes du génocide à l'Ecole Technique de Murambi, Rwanda

Il s'agit du deuxième procès en France pour les massacres de 1994 au Rwanda: deux anciens maires seront jugés à partir de mardi aux assises de Paris pour leur participation présumée au génocide.

Octavien Ngenzi et Tito Barahira, qui nient tous deux les faits, sont notamment accusés d'avoir directement participé au massacre de centaines de Tutsi réfugiés dans l'église de Kabarondo, une commune de l'est du Rwanda, le 13 avril 1994.

Les deux hommes, qui se sont succédé à la tête de la localité, comparaîtront pendant huit semaines pour "crimes contre l'humanité" et "génocide", pour "une pratique massive et systématique d'exécutions sommaires" en application d'un "plan concerté tendant à la destruction" du groupe ethnique tutsi.

Ce procès se tient plus de deux ans après celui de Pascal Simbikangwa, un ancien capitaine de l'armée rwandaise condamné à 25 ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes de génocide.

Un "verdict politique" pour la défense, qui a fait appel, dans un contexte de rapprochement entre Kigali et Paris après trois ans de rupture des relations diplomatiques (2006-2009).

Après un non-lieu en octobre 2015 pour le prêtre Wenceslas Munyeshyaka, premier Rwandais visé par une plainte en France, l'atmosphère s'est à nouveau refroidie. Le président rwandais Paul Kagame, qui accuse Paris d'avoir soutenu les génocidaires, a récemment invité la France à "clarifier sa position".

Vingt-six dossiers liés au génocide rwandais de 1994 sont actuellement instruits en France par un pôle d'enquêteurs et de magistrats spécialisés sur les crimes contre l'humanité. Ce dernier a été créé face à l'accumulation des plaintes sur le génocide rwandais, dont des auteurs s'étaient réfugiés dans l'Hexagone.

'Un génocide beaucoup plus concret'

A la différence du premier procès, qui portait sur des tueries à des barrages dans la région natale du président hutu Juvénal Habyarimana dont l'assassinat fut le déclencheur du génocide, celui des deux maires sera celui d'un huis clos provincial.

A Kabarondo, les massacres se sont déroulés dans un espace restreint, entre le stade de foot, la municipalité et la place du marché, et en un temps record. Dans cette commune proche de la frontière tanzanienne, les tueries avaient pris fin avant la fin avril, avec l'entrée de la rébellion tutsi du Front patriotique rwandais (FPR, actuellement au pouvoir). Alors que le génocide, qui fit au moins 800.000 morts, ne s'est terminé qu'en juillet à Kigali.

"Avec ce second procès, on sera face à un acte de génocide beaucoup plus concret, avec des victimes. On a une cinquantaine de témoins qui viennent du Rwanda", a déclaré à l'AFP Alain Gauthier, président du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), une association à l'origine de la plupart des enquêtes rwandaises.

L'enquête judiciaire décrit Tito Barahira et Octavien Ngenzi, bourgmestres (maires) respectivement en 1977-1986 et 1986-1994, comme des personnages clés d'une administration qui allait glisser au service des tueurs.

"Passif" face aux premiers massacres, Ngenzi est ensuite présenté comme un "donneur d'ordre", à l'instar de Barahira.

Leurs avocats Philippe Meilhac et Françoise Mathe répètent que leurs clients "nient toute participation aux massacres" et soulignent les "nombreuses contradictions des témoins qui les accusent".

Me Meilhac se dit aussi "extrêmement inquiet quant à la capacité de Tito Barahira", dont la santé est fragile, "à endurer un aussi long procès".

Détenu depuis 2010, Ngenzi avait été retrouvé sur l'île française de Mayotte, dans l'océan indien, où il avait, sous une fausse identité, sollicité le statut de réfugié politique. Barahira a été interpellé en 2013 à Toulouse (sud-ouest de la France) où il s'était installé.

Les deux hommes, incarcérés en France, n'ont jamais été extradés vers le Rwanda où, selon une source judiciaire, ils ont été condamnés en 2009 en leur absence à la prison à vie par des tribunaux populaires, les "gacaca".

Avec AFP

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