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Un centre d'accueil pour migrants ouvre à Paris pour leur éviter la rue


Une femme se promène au milieu des tentes d'un camp de fortune de migrants à Paris, 4 novembre 2016.

Une femme se promène au milieu des tentes d'un camp de fortune de migrants à Paris, 4 novembre 2016.

Un centre humanitaire de 400 lits a ouvert jeudi à Paris pour accueillir et orienter "dignement" les migrants, dans un nouvel effort pour faire disparaître en France les campements indignes, après le démantèlement du bidonville de Calais (nord).

Jeudi matin, trois Erythréens, bonnet sur la tête et sac en main, ont franchi les portes du centre, accueillis par une pancarte leur souhaitant la "bienvenue" en plusieurs langues (français, arabe, espagnol, pachtoune, afghan, grec..).

Située dans le nord de la capitale, la nouvelle structure et ses 120 salariés accueilleront chaque jour entre 50 et 80 hommes seuls, soit le nombre de nouveaux migrants arrivant chaque jour à Paris, et dont la plupart finissaient jusqu'ici par dormir dans la rue, sous de petites tentes ou à même le trottoir.

Sur le site, les migrants seront hébergés entre 5 et 10 jours. Ils recevront des soins médicaux et des conseils sur les démarches pour demander l'asile avant d'être orientés vers d'autres centres d'accueil, selon leur situation.

"L'idée est de créer un endroit où chaque migrant primo-arrivant pourra recevoir un accueil et se verra proposer une mise à l'abri digne et humaine", explique Bruno Morel, le directeur général de l'ONG Emmaüs solidarités, qui pilote le centre.

Dans une halle de 10.000 m2 ont été créés huit "villages" de 50 places chacun, incluant des dortoirs dans des cabanons en bois, des espaces de bureaux, un réfectoire et des sanitaires. Sur le site sont installés des baby-foot, tables de ping-pong et des agrès.

Un autre centre dédié aux femmes et aux enfants, d'une capacité de 400 places, ouvrira début 2017 au sud-est de Paris. Les mineurs isolés, eux, seront transférés vers des structures existantes.

- 'alternative à la rue' -

Ce centre humanitaire, "c'est une alternative digne à la rue", a fait valoir la maire de Paris Anne Hidalgo, alors que la capitale française est confrontée depuis des mois à d'incessantes reconstitutions de campements indignes.

Vendredi dernier, les autorités françaises ont évacué vers des structures en dur environ 3.800 migrants installés sur des trottoirs dans le nord de Paris. Au total, depuis plus d'un an, une trentaine d'opérations ont été menées et plus de 21.000 migrants mis à l'abri dans la capitale.

Ce projet, au coût total de 16,4 millions d'euros (investissement et fonctionnement) vise à mettre fin à ce cycle de démantèlement et de reconstitution de camps de fortune.

Après le récent démantèlement de l'immense bidonville de Calais, face aux côtes anglaises, il s'agit aussi pour le gouvernement de montrer qu'il maîtrise la situation migratoire, un enjeu politique clé à six mois de la prochaine présidentielle.

En octobre, plus de 7.000 migrants, dont près de 2.000 mineurs, en majorité Afghans, Erythréens et Soudanais, ont été évacués de la "Jungle" de Calais pour être relogés dans des centres d'accueil sur l'ensemble du territoire.

L'Europe fait face à sa plus grave crise migratoire depuis la Seconde guerre mondiale: 1,5 million de migrants ont traversé la Méditerranée depuis 2014 pour échapper à la guerre et à la pauvreté au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie du Sud.

Longtemps considérée comme un pays de transit, la France est loin d'être en première ligne en nombre d'arrivées, n'enregistrant que 80.000 nouvelles demandes d'asile en 2015 quand l'Allemagne en recevait près d'un million. Cette année, le nombre de demandes devrait s'élever à 100.000. Une hausse certes modeste mais qui a forcé les autorités à trouver en urgence de nouvelles structures d'accueil.

"Ce centre (à Paris) est une nécessité, nous allons continuer à en ouvrir", a affirmé la ministre française du Logement Emmanuelle Cosse.

En attendant, sera-t-il suffisant pour absorber les flux de migrants qui convergent chaque jour vers la capitale française ? "Il va falloir essaimer, sans doute en régions, prédit Bruno Morel, de l'ONG Emmaüs. La solidarité doit s'exercer partout".

Avec AFP

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