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Evacuation d'un campement de 3.800 migrants à Paris


Des migrants dans le nord de Paris, 16 septembre 2016.

Des migrants dans le nord de Paris, 16 septembre 2016.

Les autorités françaises ont évacué le plus grand campement de migrants à Paris, comptant plus de 3.800 personnes.

Organisée dans la foulée du démantèlement de l'ex-"Jungle" de Calais (nord), l'évacuation avait commencé aux alentours de 05H00 GMT dans le nord-est de la capitale, où ces exilés vivaient dans des tentes posées à même les trottoirs.

Après avoir démantelé la "Jungle" de Calais, les autorités françaises ont évacué vendredi environ 3.800 migrants installés sur des trottoirs de Paris, pour les transférer dans des centres d'hébergement ou des gymnases de la capitale et sa région.

Peu avant 05H00 GMT, les hommes, femmes et enfants installés sous une ligne de métro aérien dans le nord de la capitale ont été réveillés pour être transportés par autocars vers des structures en dur.

Sac sous le bras, les uns terminant une toilette sommaire, les autres déjà prêts, attendent patiemment leur tour, soulagés de quitter leurs tentes ou matelas posés à même le macadam, mais sans certitude sur l'avenir. "On emmène les gens où ? A Paris ou en province ?" s'inquiète Abderrahmane, 19 ans, Guinéen.

L'arrivée du premier car est saluée par des cris de joie. Les hommes se pressent pour être les premiers à monter. "Slowly! Guys don't push!", crie un gendarme mobile. "Heureusement qu'on part. C'est terrible ici. C'est la première fois que je vis dans ces conditions" explique Anarzalah, un ingénieur afghan de 28 ans.

Six heures plus tard, les derniers cars emportent les derniers résidents, tandis que les services de nettoyage déblayent tentes, matelas et couvertures abandonnées.

Déjà plusieurs fois évacué, le campement insalubre s'était reconstitué rapidement au cours des dernières semaines, sur plusieurs centaines de mètres dans un quartier populaire et multi-ethnique de la capitale.

Alors que le thermomètre chute, que la varicelle a fait son apparition dans le campement et que l'échéance de la prochaine présidentielle dans six mois se rapproche, les autorités ont décidé de "mettre à l'abri" ses occupants.

Après le démantèlement la semaine dernière de l'immense bidonville de Calais, face aux côtes anglaises, il s'agit aussi de montrer qu'elles gardent le contrôle de la situation. "Nous ne pouvons plus tolérer les camps", a martelé samedi le président socialiste François Hollande, en souhaitant offrir un "accueil digne" aux exilés.

Plus de 6.000 migrants, en majorité Afghans, Eyrthréens et Soudanais, ont été évacués de Calais pour être relogés dans des centres d'accueil sur l'ensemble du territoire.

- 'Places pour tout le monde' -

L'Europe fait face à sa plus grave crise migratoire depuis la Seconde guerre mondiale, avec 1,5 million de migrants ayant traversé la Méditerranée depuis 2014 pour échapper à la guerre et à la pauvreté au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie du Sud.

Longtemps considérée comme un pays de transit, la France a été plutôt épargnée par ces arrivées, n'enregistrant que 80.000 nouvelles demandes d'asile en 2015 quand l'Allemagne en recevait près d'un million. Cette année, le nombre de demandes devrait s'élever à 100.000.

Même si cette hausse est modeste par comparaison avec d'autres pays, il a fallu trouver en urgence de nouvelles structures d'accueil. Et ce problème s'est posé avec une nouvelle acuité vendredi à Paris.

"On a les places pour héberger tout le monde", a assuré la ministre du Logement Emmanuelle Cosse, présente sur le site du campement parisien.

Mais les associations de défense des exilés s'inquiétent de la qualité des hébergements offerts, des centaines de migrants devant notamment être relogés dans des gymnases ou dans des hôtels de bas de gamme.

"Les dispositifs des abris ne sont absolument pas standardisés", déplore Valérie Osouf, une Parisienne qui aide bénévolement ses nouveaux voisins migrants. "On ne prévient pas les gens des destinations où ils vont, ce n'est pas très respectueux", ajoute-t-elle.

D'autres riverains restent sceptiques. "C'est comme vider l'océan avec une petite cuillère. Revenez dans un mois, il y aura autant de monde", lance un homme d'une cinquantaine d'années.

Le campement parisien a déjà connu deux évacuations record ces derniers mois, le 26 juillet (près de 2.500 personnes) et le 16 septembre (près de 2.100). Mais il s'est régulièrement reconstitué dans ce quartier proche de la gare du Nord, alimenté par des arrivées depuis la Méditerranée et des aller-retours entre la capitale et Calais.

Pour empêcher sa reconstitution, la maire de Paris, Anne Hidalgo, a décidé d'ouvrir prochainement un "centre d'accueil humanitaire". Doté de 400 lits, il accueillera les migrants quelques jours, avant de les répartir dans d'autres centres de plus long terme.

Avec AFP

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