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Un an après l'ouverture aux réfugiés, Merkel menacée par la droite populiste sur ses terres


La chancelière allemande Angela Merkel assiste à une réunion avant la 18e réunion du cabinet français-allemand à Metz, France 07 Avril 2016. EPA / THIBAULT CARMUS / POOL

La chancelière allemande Angela Merkel assiste à une réunion avant la 18e réunion du cabinet français-allemand à Metz, France 07 Avril 2016. EPA / THIBAULT CARMUS / POOL

Un an après la décision d'Angela Merkel d'ouvrir l'Allemagne aux réfugiés, le Mecklembourg-Poméranie occidentale (nord-est) renouvelle dimanche son Parlement régional, un scrutin qui pourrait voir les populistes anti-migrants de l'AfD s'installer devant le parti de la chancelière.

Les électeurs de cette région de l'ex-RDA communiste ont commencé à voter à 06H00 GMT et de premières projections de résultats sont attendues peu après la fermeture des bureaux de vote à 16H00 GMT. A la mi-journée, la participation était de 32,8%, en hausse de trois points par rapport à 2011.

Pour sa première participation à une élection dans cette région, certains sondages placent l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) en 2e position avec 23%, devant la CDU. Les sociaux-démocrates (SPD) restent eux en tête (28%) mais en forte baisse par rapport au 35% obtenus cinq ans plus tôt.

"On peut dire dès maintenant que le gagnant sera l'AfD", résume le site internet de l'hebdomadaire de référence, Der Spiegel au sujet de ce parti fondé en 2013.

La problématique de l'intégration du million de demandeurs d'asile arrivés l'an dernier a monopolisé la campagne électorale dans cet État-région de l'ex-RDA communiste, offrant un terrain fertile aux populistes anti-immigration.

"Colère" anti-migrants

Car même si seuls quelques milliers de réfugiés sont installés dans le Mecklembourg, "la politique migratoire a provoqué un grand sentiment d'insécurité", explique à l'AFP Frieder Weinhold, candidat CDU à Wismar, ville de 42.000 âmes sur la Baltique.

"Je vote AfD. La raison principale, c'est la question des demandeurs d'asile", confirme un retraité de Ludwig. "Pour eux, il y a de l'argent, pas pour les retraites (...) Ca me met en colère".

Faute d'alliés, ce parti n'a cependant guère de chance d'accéder à des responsabilités gouvernementales dans la région mais un gros score pourrait compliquer la formation d'une majorité.

L'AfD renforcerait aussi sa position sur la scène nationale, le parti étant déjà représenté dans la moitié des 16 Länder avec ses succès électoraux dans trois régions au printemps. Or ce scrutin, avec celui de Berlin le 18 septembre, fait figure de répétition générale à un an des législatives.

En difficulté -- seulement 44% lui font confiance pour un quatrième mandat --, la chancelière s'est rendu samedi au Mecklembourg, où se trouve sa propre circonscription électorale, pour mobiliser les foules contre les populistes, ces "gens qui provoquent mais qui n'ont rien fait pour ce Land". Elle attendra les résultats en Chine où elle se trouve pour cause de G20.

Dans la presse, on se fait déjà une raison. "Désormais l'Allemagne a ce qui n'avait jamais existé depuis la fin de la guerre (en 1945): un parti d'extrême droite", regrette le quotidien Die Welt.

Rejet des élites

Les néo-nazis du NPD, dont le Mecklembourg est le bastion, jouent pour leur part leur place au parlement régional et ne sont pas sûrs de passer la barre des 5%.

Pour Hajo Funke, professeur de sciences politiques à l'Université libre de Berlin, le succès que rencontre l'AfD est une "lame de fond" et les grands partis, SPD et CDU, s'apprêtent à recevoir une "gifle".

Car au-delà de la question des réfugiés, l'AfD tire sa force du fait que "beaucoup de gens ne se sentent plus représentés", reconnaît M. Weinhold. Un rejet des élites, nourri par une politique d'austérité régionale, sur lequel les populistes surfent malgré les progrès économiques de ce Land.

Désemparés par le succès des populistes, qui ont déjà raflé 24% des voix en Saxe-Anhalt (ex-RDA) en mars, certains responsables ciblent directement la chancelière et sa politique migratoire.

Sa décision il y a un an jour pour jour d'accueillir les réfugiés en masse a "provoqué une scission dans notre société", peste le chef du gouvernement régional sortant, Erwin Sellering (SPD).

Angela Merkel souligne pour sa part toujours que ce choix s'imposait en 2015, même si depuis les deux attaques commises fin juillet par des demandeurs d'asile et revendiquées par l'État islamique, elle a donné un accent plus sécuritaire à sa politique.

Avec AFP

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