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Erdogan menace de laisser passer les migrants vers l'Europe


Le président turc Recep Tayyip Erdogan, lors d’une réunion à Istanbul, vendredi 25 Novembre 2016, accuse l'Union européenne de malhonnêteté et de trahison, et menace de supprimer les contrôles des frontières de son pays, inondant l'Europe des centaines de milliers de demandeurs d'asile et d'autres migrants. (Murat Cetinmuhurdar/Presidential Press Service, Pool photo via AP)

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, lors d’une réunion à Istanbul, vendredi 25 Novembre 2016, accuse l'Union européenne de malhonnêteté et de trahison, et menace de supprimer les contrôles des frontières de son pays, inondant l'Europe des centaines de milliers de demandeurs d'asile et d'autres migrants. (Murat Cetinmuhurdar/Presidential Press Service, Pool photo via AP)

Le président Recep Tayyip Erdogan a menacé d'ouvrir les frontières de la Turquie pour laisser passer les migrants vers l'Europe, au lendemain d'un vote du Parlement européen demandant le gel des négociations d'adhésion de son pays.

L'Allemagne a immédiatement répliqué, affirmant que "menacer" le pacte UE-Turquie sur les migrants "n'avance à rien". Même message de la France, pour qui "les surenchères et polémiques sont tout à fait contre-productives".

Les déclarations d'Erdogan surviennent après des semaines d'échanges acerbes entre Ankara et Bruxelles, qui accuse les autorités turques de matraquer l'opposition dans la foulée de la tentative de coup d'Etat en juillet.

Cette tempête diplomatique fait tanguer un pacte conclu en mars entre le gouvernement turc et l'UE qui a permis d'assécher le flux de passages clandestins vers l'Europe via les îles grecques en mer Egée.

"Lorsque 50.000 migrants se sont amassés au poste-frontière de Kapikule (à la frontière turco-bulgare), vous avez crié à l'aide. Vous avez commencé à vous demander: +Que ferons-nous si la Turquie ouvre ses frontières ?+", a déclaré vendredi le président Erdogan.

"Ecoutez-moi bien. Si vous allez plus loin, ces frontières s'ouvriront, mettez-vous ça dans la tête", a lancé le chef de l'Etat turc lors d'un discours à Istanbul.

Cet avertissement abrupt survient à quelques mois de scrutins majeurs en Europe, dont une élection présidentielle en France et des élections fédérales en Allemagne, deux piliers européens confrontés à la montée des populismes et où la question migratoire risque d'être centrale.

L'accord sur les migrants a permis de réduire à quelques dizaines le nombre de personnes gagnant quotidiennement les îles grecques en mer Egée, contre plusieurs milliers au pic de l'exode vers l'Europe au cours de l'été 2015.

Un peu plus de 171.000 migrants ont gagné la Grèce depuis le début de l'année, contre près de 740.000 sur la même période en 2015, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

"Nous considérons l'accord entre la Turquie et l'Union européenne comme un succès commun et la poursuite de cet accord est dans l'intérêt de tous les acteurs (...). Des menaces des deux côtés n'avancent à rien", a déclaré Ulrike Demmer, porte-parole du gouvernement allemand.

La Commission européenne reste "pleinement engagée à l'application de l'accord UE-Turquie", a déclaré son porte-parole, Margaritis Schinas.

En contrepartie de cet accord, Ankara a notamment demandé une exemption des visas Schengen pour ses ressortissants, l'ouverture de nouveaux chapitres du processus d'adhésion et une aide financière pour l'accueil des réfugiés sur son sol.

Mais l'accord sur les visas est embourbé, l'UE reprochant à la Turquie de n'avoir pas rempli tous les critères. Ankara a affirmé que le pacte sur les migrants connaîtrait une "mort naturelle" si aucune avancée n'était enregistrée au sujet sur les visas.

Le gouvernement turc accuse par ailleurs les pays européens de ne pas envoyer l'aide financière promise pour l'accueil des réfugiés, ce que Bruxelles dément.

"C'est nous qui accueillons plus de trois millions de réfugiés dans ce pays, et vous qui n'avez pas tenu vos promesses", a déclaré vendredi M. Erdogan.

Le président turc a évoqué au début du mois l'option d'un référendum sur la poursuite ou non des négociations d'adhésion si aucune avancée n'était enregistrée sur la question d'ici la fin de l'année.

Le Parlement européen a demandé jeudi le "gel temporaire" de ce même processus d'adhésion en votant une résolution non contraignante, estimant "disproportionnées" les "mesures répressives prises par le gouvernement turc" après le putsch avorté du 15 juillet.

Après cette tentative de coup d'Etat, les autorités turques ont lancé de vastes purges. Plus de 36.000 personnes ont été incarcérées, selon les chiffres officiels.

Dans un rapport publié la semaine dernière, et rejeté par Ankara, la Commission européenne avait critiqué le "retour en arrière" de la Turquie sur les critères d'adhésion, en particulier en ce qui concerne la liberté d'expression et l'Etat de droit.

Si le processus d'adhésion semble mal en point, la plupart des pays membres de l'UE soulignent la nécessité de garder les "canaux de communication ouverts" avec Ankara.

Avec AFP

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