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La Turquie admet pour la première fois la possibilité d'"erreurs" dans la purge post-coup


Le vice-premier ministre turc Numan Kurtulmus flanqué du ministre de l'Intérieur Efkan Ala (à droite) et celui de la Santé, Mehmet Muezzinoglu (à gauche), lors d'une conférence de presse à Ankara, le 12 janvier 2016.

Le vice-premier ministre turc Numan Kurtulmus flanqué du ministre de l'Intérieur Efkan Ala (à droite) et celui de la Santé, Mehmet Muezzinoglu (à gauche), lors d'une conférence de presse à Ankara, le 12 janvier 2016.

La Turquie a admis pour la première fois lundi que la purge post-coup d'Etat avait pu donner lieu à "des erreurs", tout en exprimant fermement son mécontentent à l'Allemagne qui a empêché son président de parler à ses partisans.

Changement de ton notable à Ankara, deux hauts responsables ont admis que la purge implacable lancée dans la foulée du putsch du 15 juillet et très critiquée à l'étranger avait pu donner lieu à "des erreurs".

"S'il y a eu des erreurs, nous les corrigerons", a dit le vice-Premier ministre Numan Kurtulmus, tandis que "le grand ménage" des sympathisants du prédicateur exilé Fethullah Gülen -- accusé par Ankara du putsch avorté -- a laminé l'armée, la justice, l'éducation et les médias.

Les "citoyens qui n'ont pas d'affiliation avec eux (les sympathisants de Gülen) devraient se détendre" car "il ne leur sera fait aucun mal", a ajouté le vice-Premier ministre lors d'une conférence de presse.

Mais les autres "paieront le prix", a déclaré M. Kurtulmus, à propos des sympathisants de Gülen, dont Ankara a demandé l'extradition à Washington.

Environ 10.000 personnes font l'objet de poursuites et sont en détention préventive, dont des journalistes. Plus de 50.000 Turcs ont été limogés.

Le Premier ministre Binali Yildirim a évoqué lui aussi vendredi la possibilité que parmi les victimes de cette chasse aux sorcières, certaines l'aient été de manière abusive.

"Un travail méticuleux est en cours concernant ceux qui ont été limogés", a indiqué le chef du gouvernement cité par l'agence de presse officielle Anadolu.

"Il y en a certainement parmi eux qui ont été victimes de procédures injustes", a-t-il admis, adoptant lui aussi un ton conciliant peu coutumier en Turquie depuis le putsch qui a fait vaciller le pouvoir du président Recep Tayyip Erdogan.

"Nous n'affirmons pas (au sujet d'injustices): +il n'y en a pas+", a dit le chef de gouvernement.

- 'rien d'exceptionnel' -

La purge en Turquie a suscité les critiques de Washington, des capitales européennes et de nombreuses organisations de défense des droits de l'Homme et de la presse, qui l'ont perçue comme brutale et disproportionnée.

Le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, avait ainsi dénoncé des purges qui "dépassent toute mesure", ajoutant qu'"on ne pouvait se taire".

De son côté, le chef du gouvernement italien Matteo Renzi avait jugé qu'"un pays qui emprisonne ses propres professeurs et ses propres journalistes, met en prison (son) avenir".

Pour toute réponse, le président Erdogan avait conseillé vendredi aux Occidentaux de "se mêler de leurs affaires".

Toujours aussi ferme, la Turquie a convoqué le chargé d'affaires allemand, après la censure "inacceptable" de son président, empêché de parler dimanche par lien vidéo aux milliers de Turcs descendus dans les rues de Cologne (ouest) pour le soutenir.

La Cour constitutionnelle allemande avait interdit à M. Erdogan, redoutable tribun, d'intervenir devant ses sympathisants exilés, craignant des troubles parmi la diaspora turque en Allemagne, la plus importante du monde.

Prenant de haut une convocation qui n'a "rien d'exceptionnel" de son diplomate, Berlin a expliqué que "dans les relations entre Etats c'est une chose quotidienne". Il n'en reste pas moins que l'affaire de Cologne vient s'ajouter à une liste déjà longue de différends germano-turcs acrimonieux.

- relations dégradées -

Pour la première fois depuis le putsch, la Turquie devait avoir lundi des contacts de haut niveau avec un autre partenaire avec lequel les relations se sont assombries, les Etats-Unis, en recevant le chef d'état-major interarmées Joseph Dunford.

Le général américain devait s'entretenir à Ankara avec le chef d'état-major, le général Hulusi Akar, puis avec Binali Yildirim.

Les relations des deux partenaires clés au sein de l'Otan se sont nettement dégradées depuis qu'Ankara demande à Washington d'extrader Gülen, exilé en Pennsylvanie.

Le général Dunford devait également se rendre sur la base turque d'Incirlik (sud), d'où sont menées les opérations dirigées par les Etats-Unis contre les jihadistes en Syrie et en Irak.

La Turquie avait coupé l'électricité de la base le lendemain du putsch raté, pour une journée, suscitant l'émoi de ses partenaires de la coalition.

Dans l'ouest de la Turquie, la cavale de 11 soldats, accusés d'avoir fait partie du commando ayant attaqué l'hôtel de Marmaris où se trouvait le président Erdogan la nuit du putsch manqué, a été stoppée net, avec leur arrestation lundi.

Avec AFP

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