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Tsipras demande au parlement grec de soutenir ses réformes


Le Premier ministre grec Alexis Tsipras (Reuters)

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras (Reuters)

Les propositions du Premier ministre grec ont troublé des membres de son propre parti, Syriza, ainsi que ceux de son allié de la droite nationaliste Anel

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a appelé vendredi les élus de son parti de gauche Syriza à soutenir un programme de réformes qui reprend un grand nombre d'exigences des créanciers d'Athènes en échange d'une aide financière.

Les propositions d'Athènes sont actuellement examinées par les "institutions" (Fonds monétaire international, Commission européenne, Banque centrale européenne), qui livreront leur diagnostic d'ici la fin de la journée.

Si l'évalution est globalement positive, l'Eurogroupe des ministres des Finances de la zone euro, qui se réunit samedi à 13h00 GMT, décidera de l'utilité d'ouvrir des négociations avec Athènes pour un prêt sous condition du Mécanisme européen de stabilité (MES). La décision nécessite l'assentiment de pays représentant 80% du capital du MES.

Pour une analyse, Jacques Aristide a joint à Athènes l’économiste grec Thanos Contargiris :

Le premier accueil réservé aux propositions grecques a été jugé favorablement par les marchés financiers: l'euro a gagné plus de 1% contre le dollar, les Bourses européennes ont fini en forte hausse et les rendements des obligations d'Etat italiennes, espagnoles et portugaises se sont détendus.

Le gouvernement grec a transmis jeudi soir son programme, qui prévoit notamment une hausse des taxes sur le transport maritime et une suppression, pour la fin 2016, de la fiscalité avantageuse dont bénéficient les îles, composantes essentielles de l'industrie du tourisme.

En contrepartie des efforts consentis, Athènes réclame un financement de 53,5 milliards d'euros pour couvrir les obligations liées à sa dette jusqu'en 2018. Le gouvernement veut aussi que ses créanciers revoient les objectifs en matière d'excédent primaire pour les quatre prochaines années et un "reprofilage" de la dette à long terme.

Alexis Tsipras a demandé vendredi à la Vouli, le parlement monocaméral, de le mandater pour négocier avec les cranciers. Il a commencé par s'adresser dans la matinée au groupe parlementaire de Syriza, les exhortant à l'aider à maintenir la Grèce au sein de la zone euro.

"Nous sommes confrontés à des décisions capitales", a-t-il dit, cité par un responsable de son gouvernement. "Nous avons reçu mandat d'obtenir un meilleur accord que l'ultimatum que nous avait lancé l'Eurogroupe, mais certainement pas un mandat pour faire sortir la Grèce de la zone euro", a ajouté Alexis Tsipras, par allusion à la large victoire du "non" au référendum du 5 juillet, qui portait sur les propositions des créanciers en date du 25 juin.

Côté créanciers, il est encore difficile de savoir quels pays soutiendront ou rejetteront les nouvelles propositions d'Athènes, qui ressemblent fortement à celles que les Grecs ont rejetées dimanche dernier.

En Allemagne, principal Etat créancier de la Grèce, les partis de la coalition gouvernementale allemande sont apparus divisés vendredi, le Parti social-démocrate (SPD) saluant les concessions d'Alexis Tsipras tandis qu'un membre influent de l'Union chrétienne-sociale (CSU) a estimé qu'Athènes devait revenir à la drachme.

Dans l'entourage d'Angela Merkel, on affirme que la chancelière veut parvenir à un accord afin d'éviter un "Grexit" qui nuirait à l'image de l'Europe - et à la sienne. Mais elle a bien fait savoir qu'elle ne recherchait pas un accord "à tout prix".

La France, principal soutien de la Grèce au sein de la zone euro, s'est rapidement félicitée du contenu des propositions, jugées "sérieuses et crédibles" par François Hollande.

Le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a parlé d'un "document approfondi", sans entrer dans les détails.

La Slovaquie s'est demandée si les propositions allaient assez loin et la présidente lituanienne Dalia Grybauskaite, dont le pays est le dernier à avoir adopté l'euro, a jugé que le programme grec s'appuyait sur des statistiques dépassées et serait probablement insuffisant.

Le parlement estonien a quant à lui donné son aval à la négociation d'un prêt en faveur d'Athènes, à condition que la Commission européenne juge qu'il existe une base suffisante pour des discussions.

DIVISIONS AU SEIN DE SYRIZA

Les propositions d'Alexis Tsipras ont en revanche troublé des membres de son propre parti, ainsi que ceux de son allié de la droite nationaliste Anel.

"Ces propositions ne sont pas compatibles avec le programme de Syriza", a déclaré le ministre de l'Energie Panagiotis Lafazanis, qui appartient à l'aile gauche de Syriza.

Tout en risquant une fronde dans ses propres rangs, Alexis Tsipras pourrait obtenir l'appui des élus du centre (To Potami) et de la droite conservatrice (Nouvelle Démocratie).

Les propositions de la Grèce prévoient de porter la TVA à 23% dans la restauration (à 13% pour l'hôtellerie), de présenter une réforme des retraites et de fixer un calendrier ferme pour les privatisations de différentes propriétés de l'Etat dont le port du Pirée et les aéroports régionaux.

La Grèce propose notamment de supprimer par étapes à l'horizon fin 2019 le complément de pension pour les retraités les plus modestes (Ekas). Elle prévoit aussi de réduire les dépenses en matière de défense d'un montant de 300 millions d'euros d'ici la fin 2016.

La Grèce vit au rythme du contrôle des capitaux depuis le 29 juin avec des banques fermées et les retraits aux distributeurs de billets rationnés après l'échec des précédentes négociations de sauvetage.

Le 30 juin, le pays a fait défaut sur un remboursement de 1,6 milliard d'euros dû au FMI. Il doit aussi faire face à un remboursement de 3,49 milliards d'euros dû à la BCE le 20 juillet, auquel il ne pourra procéder sans aide.

Depuis 2010, la Grèce a bénéficié de deux plans de sauvetage de la part de la zone euro et du FMI qui prévoyaient des financements contre l'instauration de mesures d'austérité, mais dans le même temps, le produit intérieur brut (PIB) du pays a diminué du quart, tandis que le taux de chômage a grimpé à 25%.

Avec Reuters

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