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Trois mois après la présidentielle, le Gabon en état de crise latente


Les affiches de la campagne électorale du président gabonais sortant Ali Bongo et de son rival Jean Ping de l’opposition, sont côte-à-côte, à Libreville, 26 août 2016. VOA/Idriss Fall

Les affiches de la campagne électorale du président gabonais sortant Ali Bongo et de son rival Jean Ping de l’opposition, sont côte-à-côte, à Libreville, 26 août 2016. VOA/Idriss Fall

Le Gabon vit toujours en état de crise latente trois mois après la réélection contestée d'Ali Bongo Ondimba face à Jean Ping, qui s'est de nouveau proclamé samedi le "président élu" à son retour à Libreville après une tournée en Europe et aux Etats-Unis.

Manifestations d'opposants brutalement réprimées, pillages, Assemblée incendiée, QG de Jean Ping pris d'assaut, interpellations par centaines...: entre le 31 août et le 4 septembre, le petit pays d'Afrique centrale a vécu un des épisodes les plus violents de son histoire dès la proclamation de la réélection d'Ali Bongo, après le scrutin à un tour du 27 août.

Les troubles ont fait trois morts selon les autorités, alors que des partisans de Jean Ping parlent d'un bilan d'au moins 26 victimes et de plusieurs disparus.

En apparence, les 1,8 million de Gabonais et étrangers vivant dans le pays ont repris une vie normale après la validation de la victoire d'Ali Bongo par la Cour constitutionnelle, qui a rejeté le recours de Jean Ping le 23 septembre.

Tous les barrages policiers ont progressivement été levés à Libreville. Investi pour un second septennat, le président Bongo, que l'opposition accusait de ne plus oser quitter le pays, a repris ses déplacements à Marrakech pour la COP22, à Malabo pour une rencontre Afrique/Monde arabe et à Madagascar ce week-end pour le sommet de la Francophonie.

Après bien des reports, la rentrée scolaire dans les établissements publics a finalement eu lieu le 31 octobre, même si un syndicat d'enseignants a voté samedi la poursuite d'une grève illimitée.

La crise politique est pourtant toujours là. A sa descente d'avion après un mois à Paris, Bruxelles et Washington, Jean Ping a fait savoir qu'il gardait la même stratégie.

"Toutes les chancelleries savent avec certitude que c'est moi, Jean Ping, que vous avez élu président de la République gabonaise le 27 août 2016", a-t-il déclaré à ses partisans venus à l'aéroport et à son QG.

Son retour a suscité un important déploiement sécuritaire, avec la police filtrant l'accès à l'aéroport, et bloquant en sens inverse la voie rapide qui mène vers son QG.

"Ne perdez pas espoir", a lancé M. Ping a ses partisans en évoquant la présentation du rapport final des observateurs électoraux de l'Union européenne (UE) prévue début décembre à Libreville.

Ce rapport "dévoilera la vérité de l'imposture" et "constituera le dernier acte de procédure de l'élection présidentielle historique", a-t-il assuré.

M. Ping a rendu hommage à des opposants emprisonnés, dont l'ex-député Betrand Zibi, qui avait publiquement défié Ali Bongo fin juillet.

- Forfaiture -

Ex-puissance coloniale, la France surveille d'un oeil inquiet ses intérêts à Libreville (ressortissants, base militaire et entreprises). "Il est vrai que la situation politique du Gabon nous préoccupe, notamment sur le plan sécuritaire", a déclaré mercredi à l'Assemblée nationale le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault: "car aujourd'hui il y a bien une crise politique, dont il faut pouvoir sortir sans violence".

Lors d'une rencontre avec le président Bongo à Marrakech, la sous-secrétaire d'Etat américaine aux Affaires africaines, Linda Thomas-Greenfield, a jugé nécessaire "une forme de stabilité pour permettre un regain d'intérêt des entreprises américaines au Gabon".

Nommé en septembre, le nouveau Premier ministre Emmanuel Issoze-Ngondet devait former un gouvernement d'ouverture et lancer un "dialogue national" avec l'opposition avant la tenue des élections législatives prévues en principe fin décembre.

L'ouverture s'est limitée à un ex-petit candidat à l'élection présidentielle, Bruno Ben Moubamba (0,5% des voix), promu vice-Premier ministre en charge du Logement. Le gouvernement peut aussi mettre à l'actif de ses "prises de guerre" l'ex-directeur de campagne de Jean Ping, René Ndemezo'o Obiang, qui a accepté la main tendue d'Ali Bongo.

Mais malgré quelques flottements, le "front du refus" tient toujours. "Nous ne prendrons pas part au dialogue national", affirme à l'AFP le président de l'Union nationale (UN), Zacharie Myboto, artisan de l'alliance des ténors de l'opposition autour de la candidature de Jean Ping. "On ne va pas légitimer la forfaiture d'Ali Bongo".

Faute de "dialogue", les élections législatives sont reportées de facto, de l'aveu même de plusieurs ministres.

C'est dans ce contexte que le Gabon s'apprête à accueillir la Coupe d'Afrique des Nations (CAN-2017) de football du 14 janvier au 5 février.

La puissance organisatrice, la Confédération africaine de football (CAF), s'est sentie obligée de démentir des "rumeurs persistantes" d'une "délocalisation" de la CAN dans un autre pays. Le pouvoir promet que les stades seront prêts en temps et en heure, un signe, espère-t-il, du retour à la normale.

Avec AFP

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