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Trêve en Syrie : des espoirs mais aussi beaucoup d'interrogations


Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov et son homologue américain John Kerry, le 12 février à Munich, en Allemagne.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov et son homologue américain John Kerry, le 12 février à Munich, en Allemagne.

L'accord entre les grandes puissances sur une cessation des hostilités en Syrie s'annonce fragile mais il constitue l'unique voie pour espérer relancer le processus de paix et stopper l'engrenage guerrier, ont estimé pays impliqués et experts.

A l'issue d'intenses négociations à Munich (sud de l'Allemagne), les Etats-Unis, la Russie et leurs principaux alliés -en dehors des parties syriennes- sur ce dossier ont appelé dans la nuit de jeudi à vendredi à une trêve qui, si elle se confirme, constituera un premier pas concret pour faire taire les armes dans ce conflit qui a fait 260.000 morts depuis 2011.

Celle-ci exclut les groupes djihadistes tels que l'Etat islamique (EI) et al-Nosra - branche locale d'al-Qaïda - et donc l'arrêt des bombardements occidentaux et russes visant ces groupes.

Annonçant cette "cessation des hostilités dans tout le pays dans un délai d'une semaine", le chef de la diplomatie américaine John Kerry a néanmoins souligné ne pas se faire d'"illusions" sur la difficulté à faire mettre en oeuvre cette décision par les rebelles et les forces gouvernementales syriennes.

Les parties ont aussi convenu d'intensifier dès les prochains jours l'aide humanitaire en direction des villes assiégées par le régime de Damas ou l'EI, par voie terrestre ou aérienne.

Mais pour les Occidentaux, les Russes, principaux soutiens avec Téhéran du régime de Bachar al-Assad, doivent désormais montrer l'exemple.

"Les mots doivent être suivis de faits (...) et c'est à la Russie que revient la principale responsabilité", a insisté une porte-parole du gouvernement allemand, Christine Wirtz, appelant à ce qu'il n'y ait pas d'"accentuation" des bombardements russes qui visent actuellement le bastion rebelle d'Alep.

- "Combattre les terroristes" -

Du côté de l'opposition syrienne, on s'est montré circonspect, ses dirigeants ayant annoncé qu'il revenait aux groupes armés sur le terrain de décider de leur position.

"Le projet de cessation provisoire des hostilités sera examiné par les factions rebelles sur le terrain", a déclaré George Sabra, un membre du Haut comité des négociations (HCN), organe constitué de représentants des principaux partis d'opposition et mouvements rebelles.

Autre difficulté, les Occidentaux reprochent depuis des mois aux Russes de frapper sans discrimination groupes extrémistes et rebelles modérés, susceptibles d'être des partenaires de négociations. Ils craignent que cela ne continue malgré l'accord de Munich, Moscou classant de nombreux groupes sous la même étiquette de "terroriste".

"Al-Nosra est actif à Alep et plusieurs groupes ont des liens avec cette organisation. C'est un feu vert donné aux Russes pour poursuivre leurs actions militaires tout en faisant semblant de respecter l'accord", commente Julien Barnes-Dacey, expert à l'European Council on Foreign Relations à Londres.

"Nous continuerons, de même que la coalition conduite par les Etats-Unis, à combattre" les groupes "terroristes", s'est borné à dire le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov.

Le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg a souligné que "jusqu'à présent la Russie a surtout visé les groupes d'opposition et pas l'EI", ce qui a miné "les efforts en vue d'un règlement négocié" du conflit.

Prudent, Mazen Darwich, un défenseur des droits de l'Homme emprisonné pendant trois ans par le régime, a relevé que "tous les efforts étaient bienvenus" mais appelé à bien "évaluer sur le terrain" le bon vouloir de Moscou.

-Négociations de Genève-

Pour la Turquie, vers laquelle se pressent les civils fuyant les bombardements, l'accord de Munich est un "pas important sur la voie d'un règlement de la crise syrienne". Il convient désormais de "stopper les frappes aériennes" et de fournir un "accès aux humanitaires", a toutefois insisté le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu.

Les 17 pays membres du Groupe international de soutien à la Syrie (ISSG) doivent se réunir dès vendredi à 16H00 (15H00 GMT) à Genève pour mettre en oeuvre le volet humanitaire de l'accord.

Les négociations intersyriennes, suspendues début février en pleine offensive du régime appuyée par l'aviation russe sur Alep (nord), doivent par ailleurs "reprendre dès que possible", a insisté John Kerry à Munich.

Ces négociations doivent avoir lieu "sans ultimatums et conditions préalables", a souligné de son côté Sergueï Lavrov.

Moscou refuse notamment de faire du départ de Bachar al-Assad un préalable alors que les Occidentaux estiment qu'avec lui aucune solution durable n'est possible.

L'opposition syrienne réclame des signes concrets au plan humanitaire et l'arrêt des bombardements avant de reprendre ces négociations reportées pour le moment au 25 février.

"La Russie avait appelé tout le monde à s'asseoir à la table de négociations tout en continuant à bombarder l'un des participants (aux pourparlers). Cela ne menait nulle part et les Russes l'ont compris", espère Alexeï Malachenko, expert au centre d'études Carnegie de Moscou.

Avec AFP

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