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Touadéra, un fidèle collaborateur de Bozizé pour sortir la Centrafrique de l'ornière


Faustin-Archange Touadera, au centre, a été élu président de la Centrafrique, parle à la presse, lors de la campagne électorale, à Bangui, 5 janvier 2016.

Faustin-Archange Touadera, au centre, a été élu président de la Centrafrique, parle à la presse, lors de la campagne électorale, à Bangui, 5 janvier 2016.

Dernier Premier ministre de l'ex-président François Bozizé dont le renversement en 2013 avait précipité la Centrafrique dans un cycle de tueries intercommunautaires, Faustin-Archange Touadéra, investi président mercredi, prend la tête d'un pays à la dérive, miné par la pauvreté et l'instabilité.

Homme discret, M. Touadéra, 58 ans, mathématicien de formation et enseignant à l'université de Bangui, a été très confortablement élu le 14 février au second tour de la présidentielle avec 62,71% des suffrages face à Anicet-Georges Dologuélé.

Il avait créé la surprise au premier tour en recueillant 19,42% des voix comme candidat "indépendant" qui avait fait une campagne discrète avec moins de moyens financiers que son adversaire.

Ses très bonnes performances enregistrées dans les fiefs bozizistes de l'ouest lui ont valu le surnom de "candidat du peuple". Il a bénéficié d'une frange importante de l'électorat traditionnel de Bozizé, dont le parti avait pourtant appelé à voter pour M. Dologuélé.

D'où lui vient cette popularité? Les fonctionnaires lui doivent d'abord la bancarisation de leurs salaires après plusieurs décennies d'atermoiements les conduisant à s'endetter lourdement, à cause de retards répétés dans les versements et des primes impayées.

"Il restera comme celui qui a payé les fonctionnaires, et il est très apprécié pour cela", souligne une source diplomatique à Bangui.

Sur le plan politique, M. Touadéra a conduit le dialogue réunissant à Bangui fin 2008 le pouvoir, l'opposition, la société civile et les mouvements rebelles, à l'issue duquel ont été signés plusieurs accords de paix avec les rébellions.

Ces accords n'auront cependant pas évité à la Centrafrique de sombrer en 2013.

Une équation complexe

Le renversement du président François Bozizé, en mars 2013, par la rébellion à dominante musulmane de la Séléka de Michel Djotodia avait précipité la Centrafrique dans un cycle de violences intercommunautaires qui a culminé fin 2013 par des massacres à grande échelle et le déplacement forcé de centaines de milliers de personnes.

D'un naturel effacé et modeste, M. Touadéra a la réputation d'être un "bosseur". D'ailleurs, durant sa primature, il n'a pas cessé d'enseigner à l'université de Bangui.

Professeur en mathématiques pures, diplômé de l'université de Lille 1 (France) et de Yaoundé où il a obtenu un doctorat d'État, l'universitaire a été longtemps enseignant à l'École normale supérieure (ENS) de Bangui, avant de devenir recteur de l'université de Bangui en 2005.

Un de ses proches affirme qu'"il n'a pas couru vers la politique. C'est plutôt la politique qui est venue vers lui pour exploiter ses qualités".

Ses qualités et ses talents de mathématicien seront très rapidement sollicités pour résoudre une équation particulièrement complexe: remettre sur les rails un pays meurtri et déchiré, à l'économie dévastée et dont l'administration a disparu dans des régions entières, sous la coupe de bandes armées depuis des années.

Sans mettre en doute son intégrité, certains s'interrogent cependant sur sa force de caractère pour tenir tête à des militaires, miliciens et autres combattants aussi indisciplinés que prompts à s'en prendre à la population.

"Rien ne nous permet aujourd'hui de dire s'il a de la poigne pour faire face à ces militaires qui avaient semé la terreur, la haine sous Bozizé au point de plonger le pays dans la crise. Les mêmes sont en train de l'entourer et de s'imposer dans sa garde rapprochée", s'alarme ainsi un étudiant de l'université de Bangui, Euloge Ngaté Linzonzo.

Aussi, comme ses prédécesseurs, il devra compter sur la communauté internationale pour faire fonctionner l'Etat et assurer la sécurité d'un pays marqué par les coups d'Etat, les rébellions et les mutineries.

Actuellement 10.000 Casques bleus et environ 900 soldats français de la force Sangaris sont chargés de cette mission.

AFP

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