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Togo : l’opposition encore divisée à quatre jours de la présidentielle


Le président sortant du Togo Faure Gnassingbe lors de l'élection du 25 juillet 2013.

Le président sortant du Togo Faure Gnassingbe lors de l'élection du 25 juillet 2013.

L'opposition togolaise s'est au moins mise d'accord sur un slogan commun : "le changement en 2015".

L'opposition présentera quatre candidats face au président sortant Faure Gnassingbé.

L’intention des opposants togolais est, comme ils le disent, de mettre fin à 48 ans de règne d'une même famille (le général Gnassingbé Eyadéma qui a été remplacé après 38 ans de règne sans partage par son fils Faure depuis 10 ans).

Des observateurs estiment qu’il leur sera difficile de parvenir à leur but en y allant divisés, avec quatre candidats.

Jean-Pierre Fabre, le chef de l'Alliance nationale pour le changement (ANC), avait réussi à rassembler 33,93% des voix contre M. Gnassingbé (60,88% des voix) en 2010,

M.Fabre a cette année le soutien de quatre autres petits partis d'opposition, regroupés au sein du CAP 2015 (Combat pour l'alternance politique).

Mais cette coalition est née au forceps, l'été dernier, au terme de trois longs mois de débats passionnés, dont l'opposition est loin d'être sortie apaisée.

Trois petits partis d'opposition ont finalement décidé de présenter des candidats face à MM. Gnassinbé et Fabre: Tchabouré Gogué, pour l'Alliance des démocrates pour le développement intégral (ADDI), Komandega Taama, pour le Nouvel engagement togolais (NET) et Mouhamed Tchassona-Traoré du Mouvement citoyen pour la démocratie et le développement (MCD).

Un autre parti d'opposition, le Comité d'action pour le renouveau (CAR, 2,95% en 2010), a quant à lui appelé au boycott du scrutin, n'ayant pas obtenu les réformes constitutionnelles réclamées, notamment à l'instauration d'une présidentielle à deux tours et une limitation du nombre de mandats présidentiels, abrogée depuis 2002.

"Sans ces réformes, les élections n'ont aucun sens", répète souvent le président du CAR, Dodji Apévon.

Le CAP 2015 peut donc craindre une dispersion des voix et une faible mobilisation des militants de l'opposition, si l'appel au boycott est suivi. D'autant que la personnalité du fougueux Jean-Pierre Fabre est loin de faire d'unanimité.

Certains proches critiquent son intransigeance: "M. Fabre aime trop se cramponner sur sa position, il n'a pas une capacité d'écoute. Ce qui fait qu'il n'arrive pas à jouer son rôle de rassembleur" face à Faure Gnassingbé, commente un opposant sous couvert d'anonymat.

"Fabre peut en rebuter certains par sa flamme et sa radicalité", juge un diplomate européen.

Pour lui comme pour plusieurs observateurs interrogés par l'AFP, l'opposition, comme la campagne électorale d'une manière générale, ne passionnent pas les foules au Togo.

"Beaucoup de Togolais pensent que de toute façon, quoi que disent les urnes, Faure Gnassingbé restera en place" commente le diplomate.

Gilbert Tsolenyanou, porte-parole d'un important syndicat togolais, la STT (Synergie des travailleurs du Togo), est du même avis: "Il y a une lassitude, une résignation de la population vis-à-vis de la chose politique".

Lors des dernières législatives, en 2013, l'abstention a atteint 34% de l'électorat.

Pour M. Tsolenyanou, Jean-Pierre Fabre a tout de même une chance l'emporter, en cas de forte mobilisation de dernière minute.

Paul Amegakpo, directeur de la Concertation nationale de la société civile (CNSC) du Togo, une organisation qui a formé 1.200 observateurs électoraux pour le scrutin, estime pour sa part que "ça peut être très serré".

L'opposition a la possibilité de faire un meilleur score qu'en 2010, estime M. Amegakpo, notamment grâce à un regain de popularité dans le nord du pays, fief familial du général Eyadéma.

Du coup, "il y a de l'inquiétude chez le régime. La peur change de camp, en quelque sorte", sourit-il.

"C'est cette semaine que ça se décidera", conclut Tsolenyanou.

Avec AFP

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