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Tchad: déployée en force, la police empêche une marche anti-Deby


Le président tchadien Idriss Deby à Lancaster House à Londres le 13 février 2014. (AP Photo/Alastair Grant, Pool)

Le président tchadien Idriss Deby à Lancaster House à Londres le 13 février 2014. (AP Photo/Alastair Grant, Pool)

La police tchadienne a empêché mardi à N'Djamena la tenue d'une manifestation de l'opposition, interdite par les autorités.

Cette manifestation de l'opposition s'inscrit dans un contexte global de contestation du long pouvoir sans partage du président Idriss Deby Itno, en place depuis 26 ans, mais est distincte de celles des lycéens qui, dans plusieurs villes du pays, protestent contre le viol de la jeune Tchadienne Zouhoura par des fils de dignitaires.

Mardi, le lieu de rassemblement des manifestants de l'opposition dans la capitale, l'espace Fest Afrika, a été quadrillé par un important dispositif de gendarmes et de policiers. Les forces de l'ordre occupaient également les ronds-points sur le trajet de la marche pacifique prévue par les manifestants, opposés au président Idriss Deby Itno, qui va se présenter à la présidentielle du 10 avril pour un 5ème mandat.

Quelques dizaines de manifestants ont réussi cependant à se réunir dans la matinée devant le domicile du chef de l'opposition, Saleh Kebzabo, avant de se disperser, indique l'AFP.

Vu le dispositif sécuritaire, M. Kebzabo a annulé la marche. Une décision qui a contrarié d’autres leaders de l’opposition.

Saleh Kebzabo, ancien ministre de d’Idriss Deby de 1993 à 2001, avant de passer dans les rangs de l'opposition, est le président de l'Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR). Il est candidat, après avoir boycotté les scrutins de 2006 et 2011.

Lundi soir, le ministre de la Sécurité, Ahmat Bachir Mahamat, avait pris un arrêté interdisant la manifestation dans la capitale.

A N'Djamena, des lycéens ont poursuivi mardi leur grève des cours en ne se présentant pas dans leurs établissements, en signe de protestation contre le viol de la jeune Zouhoura.

Joint par VOA Afrique lundi, Mahamat Zène Chérif, président du CAMOJET, le Collectif des Associations et Mouvement de Jeunes du Tchad, a précisé que certains lycées et universités étaient encerclés par des policiers, «forçant de fait la grève des étudiants, qui ont peur de leur présence».

Dans l'Extrême nord tchadien, l'armée quadrillait mardi la ville de Faya Largeau pour empêcher toute nouvelle manifestation de lycéens.

La veille, un lycéen de 15 ans y a été tué par balle et cinq personnes ont été blessées par des militaires pendant la dispersion d'une manifestation qui dénonçait ce viol.

Le mouvement de protestation des lycéens a débuté le 15 février quand plusieurs centaines d'entre eux ont manifesté à N'Djamena. Un de ces étudiants, Abachou Hassan Ousmane, 17 ans, a été tué par balle par la police pendant la dispersion.

Les cinq violeurs présumés, dont trois enfants de généraux, qui avaient posté sur les réseaux sociaux des photos de leur victime, ont été depuis arrêtés. Quatre complices présumés, dont un fils du ministre des Affaires étrangères, ont également été interpelés.

La plate-forme "Ça suffit" organise mercredi une journée "villes mortes" dans tout le Tchad. Le CAMOJET, présent dans 18 régions et regroupant une quarantaine d’associations de jeunes, a dit à VOA Afrique que les manifestations pacifiques continueront après la journée du 24.

«La jeunesse a de sérieux problèmes, et ces problèmes poussent la jeunesse à manifester de manière pacifique pour exprimer vraiment ce (qu’elle) ressent (…) Il ne faut pas que les manifestations qui sont autorisées par la constitution de notre pays soient réprimées par la violence. Il y a d’autres moyens pour tempérer un peu les jeunes (…) Donc il faut que le gouvernement ait une culture de dialogue avec sa jeunesse», a déclaré Mahamat Zène Chérif, réclamant justice pour les lycéens abattus lors de manifestations.

Avec AFP

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